13/10/2019 15:12
Quito s'enfonçait samedi 12 octobre dans le chaos malgré l'entrée en vigueur d'un couvre-feu et du contrôle militaire, au 11e jour d'une crise sociale sans précédent provoquée par des réformes économiques liées à un prêt du FMI.

>>Equateur/Manifestations : Federica Mogherini appelle à la "retenue" et à éviter une escalade
 

Évacuation d'un manifestant blessé à Quito, le 12 octobre.
Photo : AFP/VNA/CVN


En milieu d'après-midi, plusieurs nuages de fumée surplombaient la ville située à 2.850 mètres d'altitude, reflétant les tirs croisés de fusées artisanales et de grenades lacrymogènes entre manifestants et forces de l'ordre.

Des manifestants encagoulés ont en outre mis le feu au bureau de l'Inspection générale des finances, dans le nord de Quito.

Le bâtiment a été attaqué à l'aide de cocktails Molotov et, peu après, un groupe d'hommes, la plupart avec le visage masqué ou portant des casques, y est entré, le saccageant. Selon le parquet, 34 personnes ont été arrêtées.

D'autres attaques ont visé les locaux de la chaîne de télévision Teleamazonas et du journal El Mercurio à Quito. Les images ont montré des vitres brisées, un véhicule incendié et une forte présence policière sur place.

"Pendant près d'une demi-heure, nous avons été attaqués, ils ont commencé à nous jeter des pierres, à forcer les portes et ensuite à lancer des cocktails Molotov", a raconté à l'antenne de Teleamazonas le présentateur Milton Pérez.

"Rétablir l'ordre" 

Le mouvement indigène, fer de lance de la contestation, s'est empressé de démentir toute implication dans ces attaques, quelques heures avoir accepté publiquement l'offre de dialogue du président Lenin Moreno.

Confronté à la pire crise depuis son élection en 2017, le chef de l'
État avait déjà transféré, lundi 7 octobre, le siège du gouvernement à Guayaquil (Sud-Ouest), tandis que l'état d'urgence avait été décrété pour 60 jours, avec le déploiement de 74.000 militaires et policiers.

"Nous allons rétablir l'ordre dans tout l'
Équateur", a assuré samedi 12 octobre le président Moreno, un libéral élu sous l'étiquette socialiste, invitant les habitants à "rentrer chez eux".

La veille, il avait jugé "indispensable de faire diminuer la violence", appelant les dirigeants indigènes à "dialoguer directement" afin de "trouver des solutions" à la crise déclenchée par son annonce de réformes, imposées par le Fonds monétaire international (FMI) en contrepartie d'un prêt de 4,2 milliards de dollars.

"Après un processus de consultation avec les communautés, organisations, peuples, nationalités et organisations sociales, nous avons décidé de participer (à ce) dialogue direct", lui a répondu samedi 12 octobre la Confédération des nationalités indigènes de l'
Équateur (Conaie).
 

Des manifestants encagoulés mettent le feu au bureau de l'Inspection générale des finances, dans le nord de Quito, le 12 octobre. Photo : AFP/VNA/CVN


La veille, cette même organisation avait d'abord dit non, estimant que cette offre de dialogue "manqu(ait) de crédibilité" et exigeant d'abord que soit "abrogé" le décret supprimant les subventions sur le carburant, la mesure la plus controversée car elle implique une hausse de plus de 100% des prix à la pompe.

L'organisation accepte désormais de discuter du "retrait ou (de) la révision du décret".

"On est en guerre !" 

Depuis le 3 octobre, le bilan des manifestations est de six morts, 937 blessés et 1.121 arrestations, selon le bureau du Défenseur du peuple, organisme public de défense des droits.

"Il y a de plus en plus de répression policière", dénonçait samedi un manifestant, visage masqué par un foulard, qui n'a pas voulu donner son nom. "Ils sont en train de nous tuer, on est en guerre!".

"Où sont les mères de ces policiers, les fils, les frères? Ils ne leur disent pas d'arrêter de nous tuer ?", s'exclamait aussi, en larmes, Nancy Quinyupani, une indigène.

Dans la matinée, une marche pacifique de femmes a été organisée aux cris de "Nous ne voulons plus de morts !" et "Dehors le FMI !"

"Gouvernement, écoute les femmes. Nous voulons qu'il n'y ait pas un mort de plus !", lançait, mégaphone à la main, Cristina Yallico, une indigène en tête du cortège.

Les indigènes - 25% des 17,3 millions d'habitants - rejettent la suppression des subventions sur le carburant, qui les affecte de plein fouet: constituant 68% des pauvres dans le pays, ils travaillent principalement dans l'agriculture et voient s'envoler les coûts de transport pour l'écoulement de leurs produits.

Les blocages de routes continuaient samedi de paralyser une grande partie du pays, tandis que les transports publics étaient quasi-inexistants.

Par ailleurs, se poursuivaient aussi plusieurs mouvements de grève et des blocages de puits pétroliers en Amazonie, ce qui a déjà forcé l'
Équateur à suspendre la distribution de près de 70% de sa production de brut.


AFP/VNA/CVN

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