17/11/2019 14:30
Le nombre de Vietnamiens partis travailler à l’étranger continue d’augmenter rapidement. Cependant, l’amélioration de leurs compétences et la question des départs par "voie non officielle" demeurent des lacunes à combler.
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Les travailleurs vietnamiens à l’étranger envoient une somme de devises considérable, contribuant au développement socio-économique du pays.
Photo : VNA/CVN

Évaluant le travail d’envoi de main-d’œuvre au cours de ces dernières années, la vice-ministre du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales, Nguyên Thi Hà, a mis en exergue des chiffres édifiants. "En 2017, plus de 134.000 travailleurs sont partis à l’étranger, un nombre record, dépassant de 28,3% le plan annuel. 2018 a aussi été une année de succès avec plus de 142.000 Vietnamiens, dépassant de plus de 30% le plan annuel. C’était aussi la 5e année consécutive que le chiffre de 100.000 personnes est franchi".

Au cours des neuf premiers mois de 2019, l’Association vietnamienne pour l’exportation de main-d’œuvre (VAMAS) a informé que 104.317 Vietnamiens ont été envoyés à l’étranger, soit une augmentation de 2,15% par rapport à la même période de 2018. Rien qu’en septembre, ils ont été 12.656 (+8,45%).

Des marchés traditionnels

Le Vietnam dispose de marchés dits "traditionnels" stables, qui recrutent le plus de travailleurs. Au cours des neuf premiers mois de l’année, l’Asie du Nord-Est a accueilli 100.869 Vietnamiens, soit une hausse de 4,17% par rapport à la même période de 2018. C’est 96,69% du nombre total de travailleurs envoyés à l’étranger.

Dans cette région, c’est Taïwan (Chine) qui a accueilli le plus de Vietnamiens avec 41.174, soit une moyenne mensuelle de 4.574 personnes. Pour le marché japonais, une croissance de 21,87% a été enregistrée. En moyenne, chaque mois, ce pays en a reçus 5.956. L’envoi de travailleurs en Corée du Sud et à Macao (Chine) a également le vent en poupe, avec une hausse respective de 14% et 73%.

En Asie du Sud-Est, bien qu’on enregistre une baisse de la demande, 496 Vietnamiens ont été envoyés dans les pays de la région, dont 61,29% en Malaisie. En moyenne, ce pays en a reçu 33 chaque mois. Le Moyen-Orient et l’Afrique, quant à eux, n’ont accueilli que 1,03% du total des envois. Et l’Europe, seulement 1,46%. La VAMAS a précisé les quatre pays et territoire qui avaient accueilli chacun 1.000 travailleurs ou plus lors des neuf premiers mois de l’année : Taïwan, Japon, République de Corée et Roumanie. Taïwan et le Japon représentent, à eux seuls, 91% du total.

Lors d’une récente conférence sur l’envoi de main-d’œuvre, co-organisée à Quang Ninh par le Département de gestion des travailleurs à l’étranger et le journal en ligne Lao dông và Xa hôi (Travail et Affaires sociales), le Pr.-Dr. Nguyên Canh Toàn, de l’université Thang Long, a souligné l’efficacité de cette activité.

Citant le rapport sur la supervision de l’exportation de main-d'œuvre de l’Assemblée nationale pour la période 2013-2017, il a dévoilé les chiffres suivants : revenu des travailleurs de 400 - 600 USD/mois au Moyen-Orient, de 700 - 800 USD/mois à Taïwan, et de  1000 - 1200 USD/mois en République de Corée et au Japon.

Les travailleurs vietnamiens à l’étranger envoient une somme de devises considérable, contribuant au développement socio-économique du pays. En moyenne, environ 2,5 milliards d’USD sont transférés au pays chaque année. Pour la province de Hà Tinh (Centre), le rapport du Comité populaire provincial a dévoilé qu’une année, cette localité a connu un pic avec plus de 4.000 milliards de dôngs, soit environ 50% de ses recettes budgétaires.

Ces acquis ne peuvent cependant pas cacher les faiblesses qui demeurent, en tête une qualité insatisfaisante de la main-d’œuvre et le phénomène des départs "non officiels" à l’étranger. Toujours selon M. Toàn, le nombre d’ingénieurs et d’architectes capables de satisfaire les normes professionnelles de l’ASEAN est inférieur à celui d’autres pays, l’Indonésie et le Myanmar par exemple. Les travailleurs vietnamiens sont faibles en communication en anglais, et manquent de connaissances sur la loi, les us et coutumes des pays d’accueil.

Des risques des activités "non officielles"

L’envoi de main-d’œuvre à l’étranger s’accompagne de plusieurs phénomènes négatifs dont la "fuite des travailleurs" qui est observée dans plusieurs pays en Asie. Concrètement, après l’expiration de son contrat, et même si son visa arrive à échéance, le travailleur "disparaît dans la nature" pour rechercher un autre emploi qu’il exercera de manière illégale car non déclarée. Ce phénomène influence négativement les activités d’exportation de main-d’œuvre du Vietnam. Il y a aussi des travailleurs qui rompent leur contrat pour trouver un travail mieux rémunéré. 

Au cours des neuf premiers mois de l’année, l’Asie du Nord-Est a accueilli 100.869 Vietnamiens, soit une hausse de 4,17% par rapport à la même période de 2018.  
Photo : Anh Tuân/CVN

Analysant cette situation, Nguyên Ngoc Quynh, vice-président de la VAMAS, a constaté que les travailleurs vietnamiens étaient moins disciplinés que ceux d’autres pays, citant les cas de ceux qui "ont disparu des radars" en République de Corée.

Le pays compte environ 400 entreprises autorisées à envoyer de la main-d’œuvre à l’étranger. Mais, le ministre du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales, Dào Ngoc Dung, a reconnu l’existence de l’envoi illégal de personnes à l’étranger par des entreprises non autorisées, que ce soit pour trouver un travail ou immigrer illégalement.

Tout récemment, beaucoup d’entreprises d’envoi de travailleurs de la province de Hà Tinh (Centre) ont été détectées par les inspecteurs pour avoir violé la Loi sur les travailleurs vietnamiens partis à l’étranger sous contrat car elles opéraient sans permis. De nombreux habitants des provinces de Nghê An, Hà Tinh, Quang Binh (Centre) sont partis travailler à l’étranger. Outre la voie légale, plusieurs d’entre eux ont choisi "la voie non officielle" en recourant soit aux entreprises sans permis, soit au réseau de passeurs organisé au niveau international afin d’entrer illégalement en Europe, leur destination finale étant souvent l’Angleterre, considérée comme un eldorado.

Nghê An compte 13.000 travailleurs partis à l’étranger selon "la voie non officielle" et 2.358 autres qui, une fois leur contrat expiré, sont restés illégalement en République de Corée. L’affaire des 39 immigrants illégaux retrouvés morts dans un camion au Royaume-Uni a réveillé les gestionnaires chargés de l’envoi de travailleurs à l’étranger. La totalité des victimes sont Vietnamiens. 

Lors de la 8e session de l’Assemblée nationale, plusieurs députés ont exprimé leur souci sur l’envoi de Vietnamiens par "la voie non officielle". Ils ont proposé de resserrer les mesures de gestion. Le ministre Dào Ngoc Dung a affirmé qu’en matière d’envoi de travailleurs à l’étranger, le Vietnam respectait toujours la loi. Avant d’envoyer ses travailleurs à l’étranger, le pays a signé des accords avec les pays concernés. Toutes les activités d’envoi de travailleurs à l’étranger doivent assurer la transparence en termes de rémunération, de délivrance de visas et de passeports, de protection de la citoyenneté et d’assurance, notamment.

"Le gouvernement a décidé de resserrer la vis. Toutes les affaires d’envoi illégal de personnes à l’étranger seront sévèrement sanctionnées", a assuré le ministre Dào Ngoc Dung

Linh Thao/CVN

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