15/07/2021 11:01
Dans un quartier populaire de Tunis, le docteur Ouadi se rend au chevet d'un malade du COVID-19 pour une consultation qui ne lui coûtera rien, payée et organisée par une ONG qui espère ainsi désengorger les hôpitaux surchargés.
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Le médecin tunisien Hichem Ouadi fait un test anti-COVID sur une patiente à Boumhel, dans la ville tunisienne de Ben Arous, le 7 juillet.
Photo : AFP/VNA/CVN

Neïla, 28 ans, accueille avec soulagement le docteur chez elle, dans le quartier de Boumhel. Malade du COVID, elle s'est rétablie après un passage aux urgences hospitalières. Là-bas, des médecins lui ont fourni le numéro de COVIDDar pour suivre son mari, lui aussi contaminé par le virus. L'ONG, dont le nom est composé des mots "COVID" et "dar" ("maison" en arabe), a été lancée en décembre 2020 par plusieurs associations caritatives. Elle est pilotée par des médecins et professionnels de santé.

"Quand on est chez soi, on dort mieux, on est entouré, on a un meilleur moral avec les meilleures conditions possibles" pour guérir, affirme le généraliste Hichem Ouadi, qui assure des visites médicales pour COVIDDar. L'initiative est selon lui "une chance pour les patients nécessiteux". Mais, souligne ce médecin de 60 ans, c'est aussi "un coup de pouce pour nos collègues des hôpitaux qui sont submergés (...) Il faut mettre la main à la pâte, chacun doit aider."

Beaucoup de patients tardent à se faire soigner faute de moyens, d'autres se rendent aux urgences à défaut d'avoir un suivi de proximité adéquat. COVIDDar vise à prendre en charge les malades au tout début de leurs symptômes, dans le but de prévenir leur éventuelle hospitalisation, et à leur prodiguer un suivi médical quotidien pour qu'ils puissent être soignés à la maison aussi longtemps que possible.

Un service essentiel au moment où les hôpitaux tunisiens ne parviennent plus à soigner tous les malades et connaissent leur pire engorgement depuis le début de la pandémie. "Je suis contente que mon mari soit soigné à la maison, devant mes yeux, j'ai pu m'en occuper comme j'ai pu et le suivre petit à petit", confie Neïla.

Bénévoles submergés

Au total, 140 médecins et infirmiers effectuent des visites médicales rémunérées grâce à des dons de particuliers et d'entreprises, selon COVIDDar. Quelque 28 étudiants en médecine traitent les appels des malades via un numéro vert, opérationnel 7 jours sur 7. COVIDDar a ainsi pris en charge 2.100 patients dont 98% ont été "totalement rétablis sans hospitalisation", explique l'une de ses coordinatrices, Souad Dziri. L'ONG suit aussi les patients sortant de l'hôpital.

L'idée de COVIDDar est venue à des médecins et dirigeants du secteur médical après la première vague épidémique - en septembre 2020 - "parce qu'on voyait tous les hôpitaux et cliniques submergés" par les malades du COVID-19, indique Mme Dziri. L'ONG a débuté ses soins dans deux régions, Ben Arous près de Tunis, et Monastir (est), parmi les plus touchées à l'époque par la pandémie. Au fur et à mesure que ses moyens le lui permettaient, l'ONG a étendu ses opérations dans six autres gouvernorats.

"Nous sommes actuellement sollicités par tout le pays (...) Tous les bénévoles sont sous l'eau", avoue Mme Dziri. Selon les derniers chiffres officiels, la Tunisie a enregistré près de 500.000 cas confirmés et 16.388 décès - dont plus d'une centaine enregistrés chaque jour actuellement - sur 12 millions d'habitants.

"Faire son maximum"

Depuis janvier, l'étudiante en médecine Sarah Souissi, 26 ans, a rejoint COVIDDar. Elle répond à 25 appels en moyenne durant ses quatre heures de permanence quotidiennes. "La majorité des personnes sont des proches de malades atteints par le COVID-19 qui demandent, anxieux, une prise en charge", dit-elle. D'autres personnes appellent pour demander un concentrateur d'oxygène ou pour se renseigner sur le traitement.

Contente d'aider en cette période difficile, elle dit être "un peu stressée", notamment lorsqu'elle pense au fait que "l'État n'a pas les moyens" de faire face. Au total, COVIDDar a déjà collecté 350.000 dinars (106.000 euros) mais a encore besoin de 200.000 dinars pour assurer les soins durant les mois de juillet et d'août, et couvrir au maximum le territoire national, note Mme Dziri. "COVIDDar est en train de faire son maximum, mais l'État doit aussi faire son maximum pour avoir une vaccination de masse et freiner cette vague" de l'épidémie, plaide-t-elle.

AFP/VNA/CVN



 

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