02/05/2022 14:53
En Tunisie, la posidonie, une herbe marine dont dépendent la pêche et le tourisme, secteur cruciaux pour l'économie du pays, risque de disparaître, menacée par la méconnaissance de son rôle, la pêche illégale et la pollution, s'alarment des scientifiques.
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Le biologiste Yassine Ramzi Sghaier observe une plante marine, du genre Posidonia, le 14 mars 2022 à Tunis. Photo : AFP/VNA/CVN

"La Tunisie possède de loin les plus grands herbiers de la Méditerranée", plus d'un million d'hectares, assure Rym Zakhama-Sraieb, chercheuse en écologie marine à Tunis. Ces forêts sous-marines, présentes jusqu'à 50 m de profondeur, servent d'abri à de nombreuses espèces de poissons. Les feuilles de "posidonia oceanica" contribuent aussi à casser les vagues et ainsi à préserver le littoral de l'érosion.

"L'existence de toutes les activités économiques tunisiennes dépendent de la posidonie, qui est le plus grand pourvoyeur d'emplois du pays", alerte l'expert en biologie marine, Yassine Ramzi Sghaier, citant notamment les secteurs de la pêche (150.000 emplois directs) et du tourisme (des dizaines de milliers).

Faisceau de feuilles, racines et rhizomes - tiges rampantes généralement enfouies dans le sol -, la posidonie pousse très lentement, moins de cinq centimètres par an. Grâce aux rhizomes, les herbiers stockent le carbone et produisent de l'oxygène, ce qui vaut à la posidonie d'être appelée "carbone bleu", explique Mme Zakhama-Sraieb, soulignant qu'elle produit 14 à 20 litres d'oxygène par mètre carré.

Un maximum de carbone

Les herbiers, qui absorbent trois fois plus de carbone qu'une forêt, peuvent en fixer de grandes quantités sur des milliers d'années, selon la chercheuse. "Dans un contexte de changement climatique, nous avons besoin de posidonie pour capturer un maximum de carbone", abonde Yassine Ramzi Sghaier, expert en biologie marine.

Faute de moyens, les chercheurs ne peuvent pas quantifier les destructions d'herbiers des dernières années en Tunisie. Mais ils en pointent de multiples raisons dans un pays où près de 70% des habitants vivent sur 1.400 km de côtes : activités humaines, aménagement du littoral, pêche illicite, fermes aquacoles installées sur les herbiers...

Les "banquettes" de posidonie échouées sur les plages sont par exemple souvent considérées comme des déchets. Parfois, des bulldozers sont utilisés pour les évacuer, ôtant au passage beaucoup de sable et accélérant l'érosion, selon les chercheurs qui disent craindre la disparition de près de la moitié des plages tunisiennes.

Même échouées sur la plage, les "banquettes" de posidonie protègent les côtes de la houle. Elles améliorent aussi la qualité de l'eau et sa transparence, rendant la baignade plus attrayante pour les touristes, rappelle le Dr Rym.

En Tunisie, les plages constituent l'un des grands atouts du tourisme, secteur qui représente jusqu'à 14% du PIB selon les années. Or, 44% des plages du pays sont à risque d'érosion face à la montée du niveau de la mer.

"On contribue à faire disparaître des plages en enlevant les banquettes", s'alarme Ahmed Ben Hmida, gestionnaire des aires marines et côtières auprès de l'Agence gouvernementale de protection et d'aménagement du littoral (Apal).

Près de 40% de l'activité de pêche se passe aussi au niveau des herbiers, selon les scientifiques. Un secteur qui représente 13% du PIB en Tunisie. Une étude de 2010 a constaté une régression massive des herbiers au niveau du golfe de Gabès (Sud-Est) à cause de la pêche illicite (chalutage sur les herbiers) et de la pollution.

Ahmed Ben Hmida de l'Apal veut "garder l'espoir de sauver ce trésor", notamment à travers "la création prochaine de quatre zones marines et côtières protégées : les îles de la Galite (Nord), Zembra (Nord-Est), Kuriat (Nord-Est) et Kneiss (Est)". Mais il avertit : "Si rien n'est fait pour protéger l'ensemble de la posidonie, nous courons vers une véritable catastrophe".


AFP/VNA/CVN


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