16/06/2019 08:50
Au cours des trois dernières décennies, plus d’un historien vietnamien et étranger se sont penchés sur les anciens cadastres des communes villageoises du Vietnam pour les interroger sur les secrets de notre passé.
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Hanoï d’autrefois.
Photo: Archives/CVN

C’est à partir de la dynastie des Lê (XVe siècle) que les cadastres ont fait l’objet d’une réglementation rigoureuse. Les Nguyên (1802-1945) ont réalisé ce travail de façon méticuleuse dans les deux parties du pays réunifiées après deux siècles de sécession.

Le cadastre était rédigé en caractères chinois, le chinois classique étant employé dans les actes officiels comme le latin au Moyen Âge en Europe. Il enregistrait des détails très concrets: délimitation du village, son appartenance administrative, relevé des terres communales et privées, caractéristiques de chaque parcelle, les noms des propriétaires…

Trésor immense des cadastres

Avec tous ces éléments, le cadastre constitue un document précieux pour l’étude de la campagne vietnamienne sous plusieurs rapports: l’état du défrichement et de l’exploitation des terres, le régime agraire très complexe, l’état de la distribution des terres et la différenciation sociale, les lignées familiales, la démographie, et aussi certains aspects culturels, par exemple les caractères nôm(1), l’organisation de la vie communale, les croyances populaires, etc.

Le trésor immense des cadastres, dont l’exploitation ne fait que commencer, est conservé à l’Institut des études han-nôm et au Département des archives d’État. La première collection qui a été réalisée par l’École française d’Extrême-Orient au temps de la colonisation française comprend 1.635 cadastres de 94 districts des provinces du Nord. La deuxième collection réalisée par la Cour de Huê rassemble 16.884 cadastres.

Phan Huy Lê parle avec enthousiasme des anciens cadastres de Hanoï qui relève du fonds du Département des archives d’État.

Rappelons qu’après avoir transféré la capitale de Hoa Lu (province de Ninh Binh, Nord) à Thang Long (Hanoï) dans le delta en 1010, la dynastie des Lý a établi dans ce nouveau centre la préfecture d’Ung Thiên comme siège administratif. Sous les Lê, au XVe siècle, Ung Thiên devint Phung Thiên qui devait préfigurer le Hanoï actuel (notamment ce que l’on appelle aujourd’hui la "Vieille ville".

Hanoï: en deçà du fleuve

Le pont Long Biên est un vestige culturel important et l’un des symboles de la capitale Hanoï.
Photo: Archives/CVN

En 1831, sous les Nguyên, le nom "Hanoï" apparaît pour la première fois dans nos annales géographiques. Il désigne alors une nouvelle province créée par le roi Minh Mang. Cette dernière est ainsi appelée ( = fleuve, Nôi = en deçà de) parce qu’elle est située en deçà d’un méandre du fleuve Rouge. L’ancienne Thang Long avec deux districts (Tho Xuong et Vinh Thuân, relevant de la préfecture de Hoài Duc, correspondent au territoire occupé par l’actuelle Hanoï) sert de siège administratif à la province de Hanoï. C’est aux premiers temps de la domination française qu’il sera baptisé "ville de Hanoï" alors que la "province de Hanoï" portera le nom de "province de Hà Dông".

Phan Huy Lê étudie les cadastres de Tho Xuong, un des deux districts faisant partie de la capitale d’aujourd’hui. Dans la nomenclature des unités administratives sous Gia Long (1802-1819) figurent déjà les noms de thôn (ancien hameau) vendant ou fabriquant des marchandises traditionnelles: les épées (Hàng Kiêm), les peignes (Hàng Luoc), le thé (Hàng Chè), les produits de pêche (Hàng Chài), les poissons (Hàng Cá), la soupe (Hàng Cháo), etc. Sous Minh Mang (1821), les noms en langues populaire nôm sont changés en termes sino-vietnamiens: Hàng Chài est devenu Ngu Vong, Hàng Cá est devenu Gia Ngu, etc.

Dans Thang Long, à côté des thôn et des phuong (groupe corporatif) artisanaux et commerciaux, il existait des unités agricoles dans lesquelles la population exerçait également des activités d’artisanat et le commerce comme activités d’appoint.

La ville était liée organiquement à la campagne, c’est ce qui explique le caractère semi rural de Hanoï et des cités vietnamiennes actuelles.

Thang Long est une cité de cours d’eau et de lacs qui y jouent un rôle important dans la vie quotidienne et le développement économique. C’est une réserve de poissons, un système de drainage naturel en cas d’inondation, un système de régulation écologique. Il est regrettable qu’au cours des années récentes, les planificateurs de la ville n’aient pas assez pris en considération ce facteur...

Le déséquilibre naturel s’est avéré d’autant plus grave que dans le sillage de l’économie de marché, les habitants des faubourgs comblent de façon anarchique les lacs et les mares pour construire des hôtels et des pensions pour étrangers.                

Huu Ngoc/CVN
(1995)
(1). Pour transcrire phonétiquement le vietnamien.
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