01/08/2018 16:31
Dans son restaurant à Bagdad, Ali Hussein veut coûte que coûte offrir la fraîcheur à ses clients quitte à payer le prix fort d’un abonnement à un générateur. La pénurie d’électricité empoisonne la vie des Irakiens poussés à recourir à des systèmes alternatifs.

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Dans un magasin d'accessoires pour les générateurs électriques installés à Bagdad, le 26 juillet. Photo: AFP/VNA/CVN


En l’absence de solution radicale depuis des années, les coupures d’électricité chroniques en Irak où la température tutoie les 50 degrés en été, ont provoqué de nouvelles manifestations dans le pays et même coûté son poste au ministre en charge. Actuellement, il n’y a que "quatre à cinq heures d’électricité" par jour via le réseau public, affirme à l’AFP Mouthanna Mehdi, qui tient une épicerie à Bagdad.

Durant les 20 heures restantes, les Irakiens font un énorme bond dans le temps et reviennent un siècle en arrière, avant l’introduction de la première turbine électrique en 1917. Alors pour tenter de se rafraîchir sous un soleil accablant, l’unique solution, raconte M. Mehdi, est de jongler entre l’électricité publique distribuée avec parcimonie et un raccordement à divers générateurs.

Car dans le 12e pays le plus corrompu au monde selon des classements internationaux, une bonne part des 40 milliards de dollars de budget alloués au secteur de l’électricité depuis 15 ans se sont évaporés. L’argent des contrats fantômes a filé dans les poches d’hommes d’affaires ou de politiciens véreux qui n’ont jamais lancé les travaux nécessaires.

Pour maintenir en fonctionnement les climatiseurs, réfrigérateurs et autres appareils électriques nécessaires à la vie quotidienne, certains s’en remettent à de petits générateurs qu’ils doivent démarrer manuellement après les avoir remplis de fioul. D’autres ont recours à d’imposants générateurs installés par de petits entrepreneurs à tous les coins de rue.

De ces grosses machines entourées de grilles ou de parois métalliques s’échappent des entrelacs de fils électriques qui bouchent la vue du ciel, défigurent la ville et provoquent parfois courts-circuits et incendies.

Dix euros l’ampère

"Il arrive que les générateurs tombent en panne où s’arrêtent faute de carburant, ce qui endommage nos appareils électriques", déplore M. Mehdi.


Et quand ils fonctionnent, il faut mettre la main à la poche et payer "des sommes que beaucoup d’Irakiens ne peuvent pas débourser, surtout les chômeurs", nombreux dans le pays, assure cet homme de 40 ans.

"Chaque ampère coûte 15.000 dinars" par mois, soient 10 euros, explique-t-il. Lui se borne à n’en utiliser que cinq même si "ce n’est pas suffisant pour alimenter en même temps la climatisation et toutes les lumières".

Pendant les quelques heures d’électricité publique, les Irakiens utilisent des climatiseurs. Mais dès qu’elle coupe, ils passent aux rafraîchisseurs d’air qui ne réclament que de l’eau et deux ampères.

Dans son restaurant populaire "Abou al-Kheir" à Bagdad, Ali Hussein n’a pas lésiné sur les dépenses pour offrir la fraîcheur à ses clients. Il achète "15 ampères" à un entrepreneur qui possède un générateur. Il a même choisi l’option "or" à 15.000 dinars l’ampère, qui permet de ne jamais subir de coupure selon le fournisseur. "Il faut que les clients soient à l’aise quand ils mangent", dit-il.

À ce prix-là, le business des générateurs fait des heureux. Si cette crise "était résolue, nous perdrions notre travail", s’inquiète Hussein Kazem qui, avec son petit camion-citerne, ravitaille les propriétaires de générateurs en carburant.

Les autorités assurent avoir fait passer depuis 2014 la production d’électricité de 11.000 à 17.000 mégawatts. Néanmoins selon des experts, au moins 40% de la demande en électricité ne peut toujours pas être satisfaite en été.

 

AFP/VNA/CVN

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