17/05/2022 08:36
"Agir plus vite et plus fort" pour le climat : Elisabeth Borne, nommée lundi 16 mai Première ministre, a fixé sa priorité lors d'une cérémonie de passation de pouvoirs à Matignon en fin de journée, après avoir rendu un hommage appuyé à son prédécesseur, Jean Castex, qui a quitté ses fonctions sans dissimuler son émotion.
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La nouvelle Première ministre, Elisabeth Borne. Photo : AFP/VNA/CVN

Face "au défi climatique et écologique sur lequel il faut agir plus vite et plus fort, je suis convaincue que nous pourrons le faire en associant encore davantage les forces vives de notre territoire, parce que c'est bien au plus près des Français qu'on trouvera les bonnes réponses", a lancé la nouvelle Première ministre.

Elisabeth Borne a également rendu hommage à sa seule prédécesseure à ce poste, Edith Cresson, et a dédié sa nomination "à toutes les petites filles", qu'elle a invitées à "aller au bout de (leurs) rêves".

Quelques minutes plus tôt, Mme Cresson, première et jusqu'alors seule femme à occuper Matignon en 1991, s'était réjouie d'un "très bon choix" de Première ministre, "parce que c'est une personne remarquable, pas parce que c'est une femme".

Lors de sa première prise de parole en tant que cheffe de gouvernement, Mme Borne, venue de la gauche, a par ailleurs a pris le temps de rendre un hommage appuyé à son prédécesseur, jadis membre de LR : "Tu as su conquérir le cœur des Français en sillonnant sans relâche notre pays en allant à leur rencontre", lui a-t-elle lancé, observant partager "beaucoup de choses en commun", "même si nous venons de familles politiques différentes".

Après avoir échangé dans son désormais ex-bureau avec sa successeure, Jean Castex a pris la parole en premier sur le perron de l'hôtel Matignon dont il était locataire depuis près de deux ans, ému comme rarement. "Je ferai en ce qui me concerne un pas de côté, en sortant de la vie politique nationale dans laquelle je ne suis finalement entré qu'un peu par effraction en juillet 2020", a-t-il indiqué sous les applaudissements nourris des personnels de Matignon réunis dans la cour.

"J'ai essayé (...) de mener le bateau dans des circonstances tout à fait exceptionnelles (de crise sanitaire) avec un seul objectif: protéger, apaiser, expliquer, rassembler, fédérer", a-t-il fait valoir.

Elisabeth Borne était jusqu'alors ministre du Travail, après avoir occupé les portefeuilles des Transports et de la Transition écologique depuis 2017.

Elisabeth Borne et Jean Castex, le 16 mai à Paris. Photo : AFP/VNA/CVN

Jean Castex avait présenté lundi 16 mai vers 16h00 sa démission à Emmanuel Macron, qui l'avait acceptée dans la foulée. Les deux hommes ont échangé pendant environ une heure avant un tweet du chef de l'État le remerciant pour avoir "agi avec passion et engagement au service de la France", en appelant à être "fier du travail accompli et des résultats obtenus ensemble".

Dans un autre message publié sur Twitter, le chef de l'État a énuméré les priorités qu'il attendait de la nouvelle cheffe du gouvernement : "écologie, santé, éducation, plein-emploi, renaissance démocratique, Europe et sécurité".

Emmanuel Macron avait assuré il y a une semaine à Berlin qu'il savait déjà le nom de son prochain Premier ministre, doté selon lui d'un profil "social", "écologique" et "productif".

Depuis, les rumeurs allaient bon train. Seule certitude, croyait savoir son entourage: ce sera une femme. D'autant que 74% des Français sont pour, selon un sondage Ifop publié dans le JDD.

Gouvernement dans les prochains jours

Après un week-end dominé par les noms des anciennes ministre Catherine Vautrin (ex-LR), Valérie Létard (centriste) ou Marisol Touraine (ex-PS), l'hypothèse Elisabeth Borne s'est finalement imposée.

Cette technicienne tenace, jugée loyale, est perçue par la macronie comme ayant fait ses preuves au gouvernement pendant tout le dernier quinquennat, des Transports au Travail en passant par l'Écologie.

Cette ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal a également le mérite d'appartenir à l'aile gauche de la macronie, un atout à l'heure où s'annoncent de nouvelles réformes sociales, à commencer par "la mère des batailles" sur les retraites.

Plaçant "la justice sociale et l'égalité des chances" au cœur de ses combats, l'hypothèse de sa nomination était toutefois vue avec circonspection par certains lieutenants d'Emmanuel Macron, jugeant le profil de cette ingénieure devenue préfète "pas assez politique", alors qu'elle se frottera pour la première fois au suffrage universel lors des législatives de juin dans le Calvados - une candidature qu'a confirmée son entourage lundi soir 16 mai.

Infographie expliquant le rôle de l'Assemblée nationale. Photo : AFP/VNA/CVN
Ce choix est d'autant plus stratégique qu'il vient confirmer l'orientation qu'entend se donner le chef de l'État, qui a promis de tenir compte de la colère exprimée par de nombreux Français pendant la crise des "gilets jaunes" et lors de l'élection présidentielle, et de changer de méthode.

"La composition du nouveau gouvernement, l'identité des grands ministres, l'identité du ou de la Première ministre peut avoir une importance très forte sur les élections législatives", avait souligné dimanche soir sur LCI le sondeur Frédéric Dabi, de l'Ifop, en rappelant que "la nomination d'Edouard Philippe en 2017 avait permis à la majorité présidentielle de casser la droite en plusieurs morceaux".

Mais, relève-t-il, "l'impatience des Français" se focalise surtout "sur des questions d'inflation, de pouvoir d'achat, d'environnement et de sécurité" auxquelles il va falloir répondre dans un contexte anxiogène de crise du COVID et de conflit en Ukraine qui favorisent l'envolée des prix de l'énergie et de l'alimentation.

La nouvelle équipe gouvernementale, promise resserrée, est désormais attendue dans les prochains jours et devra mener la bataille pour les élections législatives, prévues les 12 et 19 juin.

Pour l'heure, le bloc présidentiel est crédité de quelque 26% d'intentions de vote et conserverait une majorité à l'Assemblée nationale, défié toutefois par la Nouvelle union populaire écologique et sociale entre LFI, EELV, PS et PCF (Nupes), qui obtiendrait 28% et le Rassemblement national (24%) de Marine Le Pen.

Le chef de LFI Jean-Luc Mélenchon, qui a recueilli 22% des voix au premier tour de la présidentielle, a lui annoncé dimanche 15 mai vouloir porter le Smic à 1.500 euros net en cas de succès de Nupes aux législatives. 
AFP/VNA/CVN

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