01/08/2021 08:40
Ces dernières années, de plus en plus de films vietnamiens se sont affirmés sur la scène cinématographique mondiale. Pourtant, il faudrait une stratégie globale et à long terme pour vraiment faire rayonner le 7e art national au-delà des frontières nationales.
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Un poster du film "Tiêc trang máu" du réalisateur Nguyên Quang Dung.
Photo : DA/CVN

"L’industrie  cinémato-graphique est considérée comme la +pierre angulaire+ du rayonnement culturel national. Pour qu’elle  puisse continuer à se développer, il faudrait une synchronisation dans les domaines de la production, de la diffusion, de la gestion et de la critique",  a analysé Dr Ngô Phuong Lan, présidente de l’Association vietnamienne de promotion et de développement du cinéma (VFDA).

Dans le cadre de la politique d’ouverture aux capitaux privés du secteur des arts et des lettres, c’est le cinéma qui a mis en œuvre ce programme plus tôt que les autres. En 1989, il est entré dans le mécanisme du marché sous gestion étatique. Depuis, il a construit un véritable marché du film.

Un grand bond en avant

Ces dix dernières années, le marché du cinéma du Vietnam s’est fortement développé, devenant l’un des plus "chauds" au monde.

En 2000, les revenus des projections de films au Vietnam ne s’élevaient qu’à 47 milliards de dôngs (2 millions d’USD), mais en 2019, il y avait 1.063 salles de projection de 204 cinémas en activité dans tout le pays, générant un chiffre d’affaires total de plus de 4.064 milliards de dôngs (environ 176 millions d’USD).
L’industrie cinématographique nationale se développe à pas de géant. Selon les statistiques du Département du cinéma (ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme), de 2009 à 2014, le Vietnam a produit 15 à 25 films chaque année, représentant environ 15% du nombre total de films projetés dans les cinémas nationaux.

Depuis 2015, une quarantaine de longs métrages sont produits chaque année. Le marché cinématographique national se développe plus rapidement que dans bien d’autres pays de la région et même du monde. Les politiques gouvernementales appropriées sont essentielles pour qu’il atteigne de nouveaux sommets en équilibrant la demande du marché et les exigences des cinéastes.

Bien que le COVID-19 ait eu un impact négatif, l’industrie a quand même enregistré de bons succès ces deux dernières années. Pour n’en nommer que quelques-uns, en 2020, Tiêc trang máu (Blood Moon Party en anglais - Le banquet de la lune de sang), réalisé par Nguyên Quang Dung et produit par Phan Gia Nhât Linh, a créé la sensation au box-office avec 175 milliards de dôngs (7,5 millions d’USD) de ventes de billets, ce qui en fait le film le plus rentable de l’année et l’un des plus rentables de tous les temps.

Une scène du film "Ròm" du réalisateur Trân Thanh Huy.
Photo : TN/CVN

Ròm, un film indépendant de Trân Thanh Huy, est devenu le premier film vietnamien à recevoir le prestigieux New Currents Award au 24e Festival international du film de Busan. Un tel succès commercial et des critiques élogieuses mondiales sont la preuve que le 7e art national a parcouru un long chemin.

Au cours de la dernière décennie, les films vietnamiens qui sont devenus populaires à l’étranger sont pour la plupart des longs métrages indépendants, produits grâce à des soutiens internationaux ou des investisseurs privés.

Le Vietnam a régulièrement présenté ses films à des festivals  régionaux et internationaux et a remporté quelques prix, notamment Dâp cánh giua không trung (Flapping in the middle of nowhere - Voleter au milieu de nulle part) de Nguyên Hoàng Diêp, produit en 2014, ou encore Tôi thây hoa vàng trên co xanh (Je vois les fleurs jaunes sur l’herbe verte, diffusé à l’étranger sous le nom de Dear brother) de Victor Vu (2015) et Dao cua dân ngu cu (The Way Station ou Island of Aliens - L’île des aubains) de Hông Anh (2017).

Orientations et mesures

Cependant, d’après la Dr Ngô Phuong Lan, pour édifier un 7art vietnamien puissant, "nous devons nous efforcer d’atteindre une qualité de production supérieure". Parallèlement, "nous devons évaluer objectivement le processus de mise en œuvre de la participation des capitaux privés, qui ne vise pas seulement à apporter des ressources financières, mais aussi à créer des produits de qualité contribuant à préserver les valeurs artistiques  pour les léguer aux générations futures".

"Il pourrait avoir des conséquences fâcheuses si nous ne résolvons pas certains problèmes susceptibles de nuire à nos vies spirituelles et culturelles et affecter les goûts du public", ajoute-t-elle.  

À l’avenir, l’industrie cinématographique devrait connaître une dynamique changeante. Au lieu d’être un public passif, les cinéphiles pourront investir activement dans ce qu’ils veulent voir grâce à la prévente de billets. Un tel retour d’information et un tel soutien financier des fans - "fan-vestment" - devraient être l’une des forces motrices du cinéma moderne. La stratégie et le plan de développement cinématographique à l’horizon 2030, approuvés par le gouvernement, donneront certainement un coup de pouce à cette industrie pleine de potentiel.

Pour Luong Dinh Dung, réalisateur de Cha và con (Père et fils) qui a été primé dans plusieurs festivals internationaux, il est temps pour l’État d’investir dans le cinéma. "Le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme ferait bien de financer, ne serait-ce qu’en partie, la promotion des films vietnamiens à l’étranger. À mon avis, si l’État investit entre 8 et 12 millions d’USD par an dans le cinéma national, celui-ci atteindra un niveau bien supérieur dans dix ans", estime-t-il.

Une stratégie globale et à long terme est indispensable pour l’industrie cinématographique vietnamienne, selon l’"Artiste du Peuple" Ly Thai Dung.

En outre, le projet de révision de la loi sur le cinéma va préciser le soutien financier du gouvernement pour améliorer l’enseignement dans les écoles nationales de cinéma. Il prévoit aussi d’aider les meilleurs étudiants à maîtriser les techniques de réalisation, de gestion de la production et de distribution des films dans les pays dotés d’une industrie cinématographique développée.

Thúy Hà/CVN

 

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