09/09/2012 12:03
À chaque repas, c’est la même chose : Mme Hoàng Thi Muu ingurgite un bol de riz accompagné d’une petite quantité de mixture composée de sel et de sésame grillé et pilé, le muôi vung, puis fait passer le tout avec un peu d’eau tirée du puits.

Un régime alimentaire des plus simples qui n’empêche toutefois pas de faire de Mme Hoàng Thi Muu la doyenne du district de Diên Châu, province centrale de Nghê An, avec 107 printemps !

Mme Hoàng Thi Muu (gauche) et sa fille Hoàng Thi Tu. Photo : CTV/CVN


Pour l’heure, la doyenne Hoàng Thi Muu vit avec sa petite dernière, si l’on peut s’exprimer en ces termes. Bien que ses descendants préparent de bons plats avec viande et poisson au menu, elle préfère son sempiternel bol de riz agrémenté de quelques cuillères de muôi vung.

Une enfance malheureuse

Sa vie n’a pas été facile, loin de là. Elle ne sait ni où elle est née, ni combien elle a de frères et soeurs. En effet, orpheline très tôt, avant même qu’elle puisse s’en rappeler, elle vit une enfance malheureuse, nourrie et prise en charge successivement par plusieurs familles. Le premier couple qui l’accueille n’a pas d’enfant. À l’âge de sept ans, ses parents adoptifs doivent se résoudre à l’abandonner, trop malades pour s’en occuper. Elle est ensuite recueillie par une veuve, où toutes deux partent chaque jour ramasser crabes et coquillages pour gagner de quoi subsister. Une parenthèse heureuse qui hélas se referme trois ans plus tard, la petite fille se retrouvant seule, abandonnée une nouvelle fois par celle qu’elle considérait alors comme sa mère.

En 1918, à 13 ans, elle commence à travailler comme aide-ménagère pour une famille de propriétaires terriens. Submergée de travail, elle a pour seule nourriture les restes que daignent lui laisser ses «employeurs». Mais comme un malheur n’arrive jamais seul, elle est vendue à une autre famille aisée pour poursuivre son travail d’aide-ménagère. Une vie d’esclave qui prend fin à la Révolution d’Août en 1945, où, alors âgée de 40 ans, elle se marie avec un laboureur qui lui donne quatre enfants : trois filles et un fils.

La vie suit son cours jusqu’à ce que leur unique fils tombe au champ d’honneur, appelé à défendre la Patrie. Un nouveau coup du sort qui laissera un grand vide…

Du riz au muôi vung pour seul aliment

En plus de son bol de riz qu’elle avale à chaque repas, la doyenne ajoute donc un peu de muôi vung préparé par ses soins. La mixture est conservée dans une petite boîte en plastique. «Auparavant, je vivais dans la misère la plus totale et manquais de nourriture. Mais il fallait faire avec !, raconte-t-elle. Lorsque j’étais aide-ménagère dans les familles aisées, je travaillais comme un buffle. Il n’y avait rien à manger et j’étais battue parfois. Lorsque j’avais trop faim, je cueillais des brins de légumes, des tubercules, ou ramassais quelques grains de riz provenant des restes, histoire que mon estomac cesse un peu de crier famine. Maintenant que je vis avec ma fille cadette, je ne veux pas qu’elle me porte trop d’intérêt. C’est pourquoi je ne mange que du riz avec du +muôi vung+. Avec le temps, c’est devenu une habitude», poursuit Mme Muu.

«Aujourd’hui, le poisson et la viande ne me font même pas envie. Les peu de fois où j’ai essayé d’en manger, mon corps ne l’a pas supporté», confie la doyenne.

Fidèle bouddhique, elle se rend souvent à la pagode. Chaque nuit, elle prie Bouddha pour lui demander d’accueillir son fils et son mari au Paradis. L’idée de ne jamais tuer d’êtres vivants et de faire le bien autour d’elle est toujours présente dans son esprit. Une ligne de conduite qu’elle tente toujours de suivre et qui n’est sans doute pas étrangère au fait qu’elle suive un régime végétarien.

La petite boîte en plastique de muôi vung de la doyenne Hoàng Thi Muu. Photo : CTV/CVN

La doyenne continue à boire uniquement de l’eau tirée du puits, malgré les avancées en la matière. Elle s’interroge, non sans humour : «Peut-être ne suis-je faite que pour les choses misérables ? C’est vrai, dès que je désire quelque chose dit +de luxe+, mon corps ne me le permet pas !».

«Pour l’heure, ma mère est la doyenne du village. Malgré un régime très restrictif, elle n’est guère malade, à part lorsque le temps change, ce qui est bien normal à son âge. Sinon, elle peut aider ses petits-enfants pour les travaux quotidiens. Elle n’aime pas de toute façon rester là à ne rien faire», raconte sa fille, Hoàng Thi Tu.

Pham Xuân Hoà, un de ses voisins, renchérit : «Mme Muu a un mode de vie sans pareil. Elle ne mange que du riz et du +muôi vung+. Si quelqu’un veut lui donner d’autres aliments, elle refuse systématiquement. Il est de notoriété publique que les gens du village pensent que c’est peut-être ça le secret de sa longévité». Qui sait ?


Diêu An/CVN

 

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