03/05/2018 13:57
Des employés du cimetière de Mubi, ville du Nord-Est du Nigeria théâtre d'un double attentat mardi 1er mai, ont affirmé mercredi 2 mai à l'AFP avoir enterré 86 personnes tuées dans l'attaque, contredisant les bilans des autorités, bien inférieurs.
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Carte du Nigeria localisant Mubi où des dizaines de personnes ont trouvé la mort dans un double attentat.
Photo: AFP/VNA/CVN

"En tout, 86 morts ont été enterrés entre hier et aujourd'hui", a affirmé un employé du cimetière. "Nous n'avons reçu aucun autre corps depuis 14h30 et nous espérons avoir terminé désormais", a-t-il ajouté sous couvert de l'anonymat.

L'un de ses collègues avance le même chiffre, expliquant qu'ils avaient "enterré 76 corps jusqu'à 21h00 (20h00 GMT)" mardi 1er mai et "10 ce matin (mercredi), vraisemblablement des personnes blessées qui ont succombé à leurs blessures pendant la nuit. (...) J'étais choqué en entendant" le bilan donné par les autorités, a-t-il confié à l'AFP.

Le porte-parole local de l'Agence nationale de gestion des urgences, Imam Garki, affirme de son côté que ce double attentat attribué au groupe jihadiste nigérian Boko Haram a fait "30 morts", et que les personnes grièvement blessées, "évacuées à Yola", la capitale de l'État de l'Adamawa, "répondaient bien au traitement".

Interrogé sur la disparité entre les chiffres officiels et les déclarations des témoins sur place, le ministre local de l'Information, Ahmed Sajo, a reconnu qu'il était "possible que des proches des victimes aient emmené les corps directement pour être enterrés, sans passer par l'hôpital", où ils ont procédé au comptage.

Dans la tradition musulmane, les corps des victimes doivent être rapidement enterrés, ce qui complique le comptage, dans une région très difficile d'accès. Mardi 1er mai, à 13h30 (heure locale), un kamikaze s'est fait exploser dans une mosquée de Mubi, dans l'État d'Adamawa, puis un second, dans un marché qui se trouve à proximité, au moment où les fidèles s'enfuyaient. "C'est le chaos ici", avait rapporté à l'AFP un secouriste volontaire, Habu Saleh, peu après l'explosion. Un autre habitant avait parlé de "la pire attaque sur Mubi".

La ville de Mubi a été régulièrement visée par les attaques du groupe jihadiste nigérian Boko Haram, qui sévit dans le Nord-Est du Nigeria.

La ville de Maiduguri et ses alentours, au Nord-Est du Nigeria, sont régulièrement la cible d'attaques des ex-Boko Haram (ici après une attaque le 15 mars 2017).
Photo: AFP/VNA/CVN

''Choqué et révolté''

Dès mercredi 2 mai, le vice-président Yemi Osinbajo, se disant "choqué et révolté" par cet attentat, a ordonné le renforcement des mesures de sécurité à Mubi. "Les services de sécurité ont reçu des instructions pour prendre immédiatement des mesures pour renforcer la sécurité à Mubi et ses environs, et tout particulièrement près des marchés et lieux de prière", a-t-il ajouté.

Le président Muhammadu Buhari, qui veut briguer en deuxième mandat lors de la présidentielle de février 2019, a fait de la lutte antijihadiste une des priorités, mais les attaques régulières et l'enlèvement d'une centaine de lycéennes par le groupe jihadiste en février, mettent au jour les graves failles sécuritaires dans le nord-est du pays.

En visite à la Maison-Blanche, où il était reçu lundi 30 avril par Donald Trump, le président nigérian a remercié les États Unis pour leur "soutien dans la lutte contre le +terrorisme+" et d'avoir accepté la vente d'avions militaire et d'armement au Nigeria pour une somme de quelque 500 millions de dollars.

AFP/VNA/CVN
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