26/02/2020 11:26
Se rebeller contre les stéréotypes patriarcaux : la créatrice italienne de Dior Maria Grazia Chiuri a traduit mardi 25 février en défilé son journal intime d'adolescente, écrit en pleine libération de la femme dans les années 1970.
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Dior présente sa collection du prêt-à-porter automne-hiver 2020-2021 à Paris, le 25 février.
Photo : AFP/VNA/CVN

Inspirée des années passées à l'atelier de couture de sa mère à Rome où elle voyait les femmes s'affirmer à travers les vêtements, la collection a été présentée dans une installation imaginée par le collectif artistique Claire Fontaine. Les idées de la féministe italienne Carla Lonzi ont été transposées en inscriptions lumineuses. "Consent" (consentement) a clignoté tout au long du défilé à l'esprit seventies mais avec des proportions modernes devant un parterre de célébrités parmi lesquelles les actrices Demi Moore, Andy McDowell, Sigourney Weaver, l'avocate nicaraguayenne Bianca Jagger, les tops Cara Delavingne et Karlie Kloss, la chanteuse et ex-Première dame de France Carla Bruni.

D'autres moments clés du féminisme ont été mis au premier plan avec des slogans comme "Partiarchy kills love" ("le patriarchat tue l'amour"), "Patriarchy=CO2", "When women strike, the world stops" ("quand les femmes font grève, le monde s'arrête) ou "We are All Clitoridian Women" ("nous sommes toutes clitoridiennes").  Le podium est fait de pages du journal Le Monde collées sur le sol, manière de rappeler que les combats lancés il y a 50 ans sont toujours d'actualité.

Bandanas et bas à genoux

"C'est une collection très personnelle. On se rend compte que toutes tes références se forment pendant l'adolescence. Ce qui m'a influencée en premier lieu c'était la libération de la femme qui a commencé à affirmer sa spécificité, sa capacité de ne pas être que mère, épouse, fille, mais une personnalité sous plusieurs aspects", a déclaré Maria Grazia Chiuri.

La créatrice italienne de Dior, Maria Grazia Chiuri, à la fin du défilé à Paris, le 25 février.
Photo : AFP/VNA/CVN

Une photo où elle pose à côté de sa mère, toutes les deux portant un foulard en bandeau, est une puissante inspiration de cette collection du prêt-à-porter automne-hiver 2020-2021 : les bandanas accompagnent les tailleurs près du corps, les ensembles cardigan-jupe longue transparente, mini jupe-culotte avec un poncho à carreaux blanc, noir rouille, les robes du soir... Les bas à genoux que Maria Grazia porte sur cette photo, sur le podium se transforment en résille noir et dépassent les bottines lacées ou les chaussures Mary Jane.

"Je ne voulais pas être nostalgique, je relis mon journal intime avec ma vision contemporaine", souligne la créatrice en ajoutant que ses références à cette époque ne se traduisent pas dans "les looks", mais dans "l'attitude".  "C'est une recherche que chaque femme doit faire individuellement, mais nous devons sensibiliser les femmes pour qu'elles s'habillent pour elles, par pour les autres ou un autre et prennent leurs distances avec l'idée de la beauté féminine stéréotypée".

"Culture patriarcale" omniprésente

Les chaussures plates, comme de grosses bottes en caoutchouc ou des mules ouvertes aux allures de chaussons d'intérieur qui se portent avec des robes longues habillées sont là pour appuyer cette idée, souligne la créatrice.

Défilé Dior à Paris, le 25 février.
Photo : AFP/VNA/CVN

Parmi les pièces à mixer comme bon nous semble, Dior propose des iconiques vestes bar cintrées, déclinées cette saison en maille ou en denim, des T-shirt sérigraphiés reprenant les slogans du décor, des pièces sportswear comme des parkas avec effet camouflage ou à franges. Les motifs "cool et intemporels" comme des pois ou des carreaux, ici à effet fumé beige ou vert, sont omniprésents et se mélangent. La silhouette est "acérée" et "simplifiée" visuellement, mais "complexe" de point de vue technique.

Après le défilé haute couture il y a un mois, dans le ventre d'une déesse imaginé par l'artiste féministe américaine Judy Chicago avec des interrogations sur les rôles des hommes et des femmes, celui-ci reprend la réflexion très chère à Maria Grazia Chiuri. Elle met en valeur l'autrice Carla Lonzi, peu connue en France, avec un regard contemporain sur le discours patriarcal qu'elle dénonçait. "Cette culture patriarcale est toujours très présente dans la mode", dénonce la styliste. "C'est notre rôle d'utiliser le côté populaire de la mode pour susciter la curiosité et les interrogations", conclut-elle.

AFP/VNA/CVN



 

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