11/05/2019 14:15
"Je n’ai pas supporté la première prothèse avec de la mousse et un bas. Cela faisait vieillot", raconte Evelyne Briand, en montrant fièrement sa jambe droite ornée de rayures bleu marine et blanches. Désormais décorés, les appareillages orthopédiques s’affichent.
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Evelyne Briand pose avec sa prothèse réalisée par l’entreprise Algo, en France. Photo: AFP/VNA/CVN

"Le regard des gens change avec une prothèse colorée", assure la Française  Evelyne Briandde 56 ans, victime à 25 ans d’une rupture des ligaments croisés lors d’un match de tennis et amputée en 2007 après plus de 40 interventions chirurgicales. "J’en ai une autre en cuir, c’est pour aller avec ma robe noire", dit cette femme à la silhouette de jeune fille rencontrée chez Algo Orthopédie, une entreprise de Bretagne (Ouest de la France) spécialisée dans les prothèses tibiales et fémorales.

Bruno Paul, 55 ans, a été victime d’un accident du travail en 1985: une chaudière en fonte de 250 kg lui est tombée sur le genou. Amputé en 2016 après une vingtaine d’opérations, il porte désormais une prothèse arborant des losanges aux tons jaune orangé. "Je n’ai plus ma jambe, alors pourquoi faire semblant d’en avoir toujours une? Autant accepter mon handicap avec de la couleur", témoigne cet adepte du short, été comme hiver.

Pour accepter son handicap, "c’est un plus" d’avoir des prothèses colorées, estime Alain Le Guen, à la tête de l’entreprise Algo Orthopédie, créée en 2004 à Briec. Avec une prothèse habillée, "les gens ne rechignent pas à montrer leur jambe". "C’est moche, une prothèse portée avec un vieux bas de mamie. Il faut que ce soit une sorte d’œuvre d’art", juge-t-il, fier d’avoir pris ce tournant, il y a quelques années déjà.

D’une dizaine de prothèses colorées fabriquées chaque année avant 2016, l’entreprise, qui emploie trois salariés et un apprenti, est passée aujourd’hui à une cinquantaine, ce qui représente un tiers du total de sa production annuelle de prothèses. Coût de tels appareillages, généralement pris en charge intégralement par la Sécurité sociale: entre 25.000 et 26.000 euros. La société offre la décoration à ses patients.

"Casser les codes"

Exemples de prothèses colorées fabriquées par l’entreprise Algo Orthopédie.
Photo: AFP/VNA/CVN

Dans l’atelier de l’entreprise, Olivier Colleoc, ouvrier orthoprothésiste de 50 ans, est chargé de la finition des prothèses: en mousse pour les classiques couleurs chair, en résine pour les customisées. "J’en fais de plus en plus, je n’arrête pas!", assure l’expert en blouse blanche à propos des appareillages décorés. "Plus j’en fais, plus les patients en voient et plus ils en demandent", explique-t-il.

Soigneusement rangés dans des tiroirs de son atelier, plus proche de l’atelier du peintre que du cabinet du médecin, une multitude de tissus en lycra aux motifs chamarrés. Et, si d’aventure aucun n’était au goût des patients, ces derniers peuvent venir avec leur propre tissu ou encore consulter le catalogue du français U-Exist, "studio de design orthopédique" qui se présente comme "militant et unique au monde".

Créateur de motifs, le studio "cherche à casser les codes du handicap", explique Simon Colin, son fondateur, à l’origine d’un mémoire lors de ses études d’orthoprothésiste sur "les impacts de la personnalisation d’un appareillage orthopédique sur la psychologie du patient".

"Une prothèse réalisée par mimétisme du corps humain, c’est clairement un leurre pour l’esprit, sans compter que cet aspect de faux membre peut aussi être perçu comme assez glauque auprès du valide", informe le dirigeant, en vantant les bénéfices de l’art-thérapie. "L’appareillage orthopédique, ça reste une surface d’expression", souligne-t-il.

Créé en 2014 à Roubaix (Nord), le studio U-Exist approvisionne entre 150 et 200 orthoprothésistes en France et fournit aussi les professionnels du secteur en Europe, ainsi qu’à Dubaï, en Australie ou aux États-Unis.

Selon U-Exist, 250.000 personnes en France utilisent des prothèses, d’une durée de vie de trois à cinq ans, et 1,3 million utilisent des orthèses (l’orthèse remplit une fonction manquante tandis que la prothèse remplace un membre manquant). Environ 160.000 appareillages sont fabriqués chaque année.

AFP/VNA/CVN

 

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