24/03/2018 09:53
Au Vietnam cohabitent 54 ethnies sœurs. Chacune a ses coutumes et ses traditions. Comme ailleurs dans le monde, le mariage est l’une des plus importantes. Ceux des montagnards Muong et Êdê présentent des particularités uniques au monde.
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Le "kidnappeur" Hà Van Thuy et sa "victime" Ngân Thi Huong vivent une vie conjugale heureuse et attendent leur premier enfant.
Photo : TT/CVN

Cuop vo, une coutume ancestrale des Muong 

Pratiquée depuis des siècles chez l’ethnie Muong, la coutume cuop vo, littéralement "enlèvement de la mariée", se perpétue encore dans le district de Quan Son de la province de Thanh Hoa (partie nord du Centre).

Lorsqu’on s’aime, il est normal de vouloir se marier. Mais si les parents s’opposent à l’union, il faut trouver une stratégie. Convaincre ou… passer en force. Chez les Muong, on a choisi la seconde, dénommée cuop vo.

Hà Van Thuy et Ngân Thi Huong mènent une vie conjugale heureuse et attendent leur premier enfant. "C’est grâce à cette coutume qu’on a pu se marier, explique Hà Van Thuy avec un large sourire. Chez les Muong, le+cuop vo+ doit se produire à l’improviste, la nuit, quand tous les membres de la famille sont couchés".

Issu d’une famille pauvre, Thuy n’était pas le gendre idéal pour les parents de Huong. Un soir, Thuy se rend chez Huong avec sa flûte de bambou, malgré les signes de mécontentement des parents. À côté du foyer installé au milieu de la pièce principale, on s’entretient gaiement jusqu’au moment où les membres de la famille vont au lit. Le jeune homme dépose alors dans la marmite de xôi (riz gluant) une petite somme (un billet de 100.000 dôngs, autrefois il s’agissait d’une centaine de pièces de monnaie), avant d’emmener sa dulcinée chez lui - qui bien sûr est d’accord pour se faire "enlever". Le lendemain à l'aube, sa mère découvre la somme et comprend tout de suite. Mais il est trop tard !

À la maison du jeune homme, la joie est de rigueur. Des villageois sont même venus la nuit adresser leurs compliments au jeune couple.

"Le lendemain matin, la tradition veut que le +kidnappeur+ revienne chez les parents de la +victime+ avec des cadeaux pour faire amende honorable. Moi, j’ai emporté une enveloppe de 500.000 dôngs, un cochon et une jarre d’alcool de riz", raconte Hà Van Thuy. La famille de la jeune fille est bien obligée d’accepter les excuses. Les deux parties procèdent ensuite aux fiançailles, et discutent du jour du mariage.

Hông nâu com, signe du "kidnapping de la mariée". Photo : CTV/CVN
Pour Luong Van Niêng, ancien directeur du Bureau des affaires culturelles du district de Quan Son, "cette coutume séculaire témoigne de l'humanisme des Vietnamiens de jadis". Aujourd'hui encore, elle permet des unions conjugales - que l’on pourrait qualifier de mariage d’amour - auxquelles les parents s’opposent. Elle contribue également à éliminer les mœurs arriérées comme les mariages arrangés, d’intérêt, de convenance… et aussi le montant excessif de certaines dots… "Et puis c’est un fait, les couples dont l'épouse a été enlevée de chez ses parents ont souvent une vie conjugale harmonieuse", conclut le responsable. 

La coutume  hoi chông des Êdê

Transmise de génération en génération chez les Êdê, peuple des hauts plateaux du Centre, la coutume hoi chông (littéralement "demander la main d’un homme") demeure toujours valable. 

L’ethnie Êdê se caractérise par son système matrilinéaire. La famille matrilinéaire est un système de filiation dans lequel chacun relève du lignage de sa mère. Cela signifie que la transmission, par héritage, de la propriété, des noms de famille et des titres passe par le lignage féminin.

Ainsi, la tradition veut que le nouveau couple vive chez la famille de la femme, et que dans la famille, la femme joue un rôle majeur. Les enfants ne portent pas le nom de famille du père, mais celui de la mère.

La coutume "hoi chông" (littéralement "demander la main d’un homme") demeure toujours valable chez les Êdê.
Photo : TT/CVN

À l’âge de la maturité, la fille a le droit de choisir son mari. Et c'est elle qui cherche un homme, organise avec sa famille tous les rites : demander la main de l'homme, organiser les fiançailles, conduire le gendre chez elle, célébrer le mariage. 

Lorsqu’elle a repéré un garçon qui lui plaît, la jeune fille Êdê prie un intermédiaire (homme jouissant d’un certain prestige dans la famille) d’aller chez lui en emportant comme cadeaux une jarre d’alcool de riz et un coq. C’est la cérémonie Êmui ting mô ("demande de la main" ou "offre du bracelet") qui doit se tenir un jour faste. Les représentants de la famille de la fille débarquent dans la maison du garçon afin de lui offrir un bracelet en bronze.

Si le garçon est d’accord, il touche doucement le bracelet avant de le recevoir de la main de l’intermédiaire. La cérémonie de fiançailles a lieu alors dans la foulée. Les deux familles, un peu émoustillées par l’alcool, discutent des dates, des rituels et de la liste des cadeaux de mariage. Désormais, les deux jeunes peuvent se donner des rendez-vous, tout en préparant leur mariage.

Si le garçon fait la moue devant la perspective d’épouser la jeune fille, alors les représentants de la famille de celle-ci sont invités à un repas amical lors duquel la famille du garçon exprime ses excuses et sa volonté de maintenir de bonnes relations entre les deux familles. Tout doit se faire dans la politesse pour éviter de froisser les susceptibilités.

Si dans la grande majorité des ethnies vietnamiennes, la coutume veut que la femme quitte sa famille pour aller vivre chez celle de son mari, les Êdê font exactement l'inverse.
Photo : TT/CVN

Le rite K’nam, qui marque l’arrivée de la fiancée dans la famille du garçon pour y vivre une période de temps déterminée (environ trois mois), se produit peu de temps avant le mariage officiel. La fille est amenée chez le garçon, en compagnie de cadeaux : un coq cuit à l’eau posé la tête haute sur un grand plateau de riz gluant et une jarre d’alcool de riz. Durant cette période, le dévouement, l’habilité et le savoir-vivre de la jeune fille seront mis à l’épreuve. 
 
L’épreuve terminée, la famille de la fille revient, emportant avec elle des cadeaux semblables aux précédents. Encore un repas copieux, lors duquel les deux familles confirment les dates et la célébration des événements rituels, la liste des cadeaux et aussi la dot pour la bru. D’ordinaire, les cadeaux de la famille de la fiancée comprennent un cochon, sept poulets et sept jarres d’alcool ; et la dot : un buffle, un gong et un autre gong plat en bronze.

Si dans la grande majorité des ethnies vietnamiennes, la coutume veut que la femme quitte sa famille pour aller vivre chez celle de son mari, les Êdê font exactement l'inverse. Tuhan ("conduire le marié vers la maison de la mariée") est la cérémonie précédant le mariage proprement dit. Elle a lieu devant l’autel des ancêtres du marié. Là, le jeune couple procède au rite d’échange de bracelets en bronze qu’il portera désormais au poignet. La famille de la femme offre à l’autre famille huit bracelets, symbole du lien conjugal, et un bol en bronze, symbole de vie aisée et heureuse.

Après un repas festif, le cortège part vers la maison de la mariée, en compagnie du marié et de ses proches. Sur le chemin, le cortège est arrêté deux fois. Une fois par les amis du marié - en signe d’attachement - à qui l’on doit donner un quelconque cadeau, et l’autre par les amis de la mariée qui aspergent les mariés d’eau. Un gage de chance et de bonheur, dit-on.

La cérémonie de mariage officielle se déroule dès l'arrivée du cortège. S’enchaînent alors les rites : cultes aux génies, puis aux ancêtres, salut aux parents et aux personnes âgées, vœux de santé et de bonheur…

Devant l'autel des ancêtres, les jeunes mariés sont priés de toucher le bracelet sacré de la famille. Puis, le chef de la lignée officialise le mariage. Il est alors temps de passer au festin, copieusement arrosé d’alcool de riz, qui se prolongera fort tard dans la nuit.    
        
Thi Nguyên - Nghia Dàn/CVN



 

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