09/06/2018 14:15
Chéchia, jebba et farmla: dans la médina de Tunis, des artisans confectionnent des costumes pour les footballeurs de la sélection nationale afin d’en faire, le temps du Mondial-2018, des ambassadeurs d’un style traditionnel en pleine mutation.
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Un commerçant spécialisé dans les habits traditionnels tunisiens, le 21 mai à Tunis.
Photo: AFP/VNA/CVN

L’idée s’est concrétisée après une polémique concernant les costumes-cravates arborés par les joueurs sur la première photo officielle. Certains commentateurs ont regretté qu’ils ne mettent guère en valeur l’identité du pays. "Nous avions déjà un projet, et après cette photo, nous avons redoublé d’efforts pour faire accepter des tenues plus représentatives de notre patrimoine", souligne Wissem Ben Amor, créateur et patron de la Chambre tunisienne de la haute couture, conceptrice des tenues.

Outre la chéchia, le couvre-chef en laine peignée typiquement tunisien, ce sont des versions modernisées de la jebba, l’ample robe brodée, et de la farmla, le gilet assorti, qui sont assemblées ce jour-là dans le marché des tailleurs. Elles sont en soie tissée à la main sur les quelques métiers en bois que des tisserands font toujours claquer derrière les portes cloutées des entrailles de la médina.

L’habit traditionnel revisité

Jebba et farmla afficheront des couleurs symboliques: bleu horizon pour le staff médical, gris argent pour le personnel administratif, et vert émeraude pour le président de la fédération. L’entraîneur Nabil Maaloul, lui, sera en rouge bordeau, teinte emblématique des chefs à l’époque beylicale, la période des XVIIIe et XIXe siècles précédant la colonisation française.

Quant aux joueurs des Aigles de Carthage, ils porteront une veste col mao de coupe plus moderne, mais en soie verte d’eau brodée de motifs traditionnels comme le triangle berbère. Pour aller avec des pantalons et chemises en lin, des chaussettes en fil de soie et une paire de balghas, ces chaussures de cuir mi-mocassin, mi babouches, sont prévues.

Les tenues, d’une valeur totale de 70.000 dinars (23.000 euros), sont financées par le ministère du Tourisme qui tente, après une série d’attentats en 2015 ayant porté un coup dur au secteur, de relancer pour de bon cette industrie clé. L’habit traditionnel, quoique porté pour les grandes occasions en Tunisie, n’y a pas toujours bonne presse, victime collatérale de la modernisation à marche forcée du pays par des régimes qui ont fait passer pour ringard tout ce qui appartenait au passé.

"Notre costume traditionnel a longtemps été considéré comme archaïque", souligne Wissem Ben Amor. D’autant que, jusqu’à la révolution de 2011, il était impossible de mettre en valeur le patrimoine de l’époque beylicale. "Là, nous allons montrer que nous avons un nouveau regard grâce aux jeunes créateurs et artisans, se réjouit-il. C’est l’occasion ou jamais".

Une boutique de chechia, un couvre-chef traditionnel de Tunisie, à Tunis.
Photo: AFP/VNA/CVN

De façon générale, l’habit traditionnel s’offre depuis quelques années un coup de jeune en Tunisie. La diversité des tenues puise ses racines dans les civilisations qui se sont succédées dans le pays: carthaginoise, romaine, berbère, arabe, andalouse, ottomane... Avec une "mode +ethnique+" tendance actuellement, plusieurs créateurs tunisiens se sont engouffrés dans la brèche.

Prototype resté secret

Mais pour Wissem, défenseur du patrimoine textile tunisien, encore fallait-il convaincre les jeunes de la sélection, plus à l’aise en jean qu’en jebba. "Certains joueurs n’étaient pas très partants, ils avaient peur que cela fasse vieillot, certains m’ont dit que, même à leur mariage, ils n’avaient pas porté de jebba, raconte le créateur quadragénaire, lunettes rouges et baskets assorties. Mais je leur ai expliqué que nous avions beaucoup modernisé la tenue, et ils ont été convaincus par les croquis".

Pour le moment, les prototypes sont restés secrets: seuls les artisans et créateurs échangent des photos. "On nous a montré le costume traditionnel et nous avons beaucoup apprécié, c’est magnifique", assure Hichem Ben Omrane, membre du Bureau de la Fédération tunisienne de football. "Les joueurs ont adhéré à l’idée pour que la culture tunisienne soit au rendez-vous", ajoute-t-il.

Les artisans ont jusqu’à début juin pour finir d’assembler les précieuses pièces: l’équipe prendra alors une deuxième photo officielle avant son départ pour la Russie. Sur le terrain, c’est un maillot blanc et rouge, les couleurs du drapeau national, que les Aigles de Carthage porteront le 18 juin face à l’Angleterre.

AFP/VNA/CVN

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