08/08/2015 13:22
La province de Dak Lak (hauts plateaux du Centre) est l’une des rares localités dans le monde abritant encore des cyprès chinois des marais. Une espèce classée «en danger critique de disparition», dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.
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Des patrouilles sont effectuées régulièrement pour protéger les Thuy tùng.
Photo: Duong Giang/VNA/CVN

Avant les années 1990, le cyprès chinois des marais (Thuy tùng en vietnamien et nom scientifique Glyptostrobus pensilis) était considéré comme un bois de qualité médiocre. Pour cette raison, des milliers de pieds dans la forêt d’Ea Ral de la commune de Ea Ral, district de Ea H’Leo, et dans la zone humide de la commune de Ea Hô, district de Krông Nang, province de Dak Lak, ont été abattus pour récupérer des terres au service de la construction d’ouvrages hydrauliques ou l’installation de paysans.

Gardiennage des derniers pieds

Pendant les années 2009-2010, des centaines de personnes se ruaient vers la commune d’Eao Ral pour abattre cette essence, en raison de ses prétendues propriétés anticancéreuses (non prouvées scientifiquement). Ensuite, on s’est mis à l’abattre massivement en raison de son bois précieux et parfumé résistant à la décomposition, aux termites et autres insectes. Désormais, cette espèce est proche de l’extinction dans la nature. Elle est endémique du Sud-Est de la Chine, et de certains secteurs très localisés du Laos et du Nord du Vietnam. Elle est déjà considérée comme éteinte dans la nature en Chine, et ne subsiste donc plus qu’au Laos et au Vietnam, mais avec très peu de pieds (quelques centaines).
 
En décembre 2010, en élaborant son projet de préservation, l’Université du Tây Nguyên a dénombré 255 pieds à Dak Lak, dont 219 dans la commune d’Ea Ral (district de Ea Hleo), 31 dans celle de Trâp K’so (district de Krông Nang) et cinq à Cu Ne (district de Krông Buk).   

En janvier 2011, le Comité populaire de Dak Lak a approuvé le projet de préservation du Thuy tùng pour la période 2010-2015. Mais ce n’est que 18 mois plus tard, en août 2012, que ce projet a vraiment été mis sur les rails avec la création du Comité de gestion de la Réserve de Thuy tùng. Il n’existait alors plus que 162 pieds dans les communes d’Ea Ral et Trâp K’so, soit presqu’une centaine de moins qu’en 2010… Dans le district de Krông Buk, cinq pieds, vieux 400 à 600 ans, avaient aussi disparu entre-temps.  

Selon Trân Xuân Phuoc, un responsable du projet, depuis août 2012, aucun arbre n’a été abattu. À Ea Ral, deux miradors de garde ont été érigés au milieu du bois de Glyptostrobus pensilis. Quatre gardiens, accompagnés de quatre chiens, sont présents 24 h/24. 

En 2011, le Docteur Trân Vinh a réussi greffer une pousse sur la souche d'un cyprès de Louisiane (Taxodium distichum), originaire du Sud-Est des États-Unis. Photo: Duong Giang/VNA/CVN

Dans la commune de Trâp K’sor, la protection est plus difficile car les 21 arbres sont éparpillés sur 40 ha. Nguyên Van Khuong, chef du groupe de  gardiens, a informé que des patrouilles sont effectuées chaque nuit. Parmi ces 21 arbres, trois se trouvent tout près de zones habitées et leur gardiennage est confié aux habitants eux-mêmes, rétribués 300.000 dôngs par pied et par mois. «Depuis 2010, je garde un cyprès qui pousse tout près chez moi. En plus, j’informe Ide l’importance de protéger cette espèce rare», confie Vu Viêt Hùng, chargé du gardiennage d’un pied dans le village de Truong Hà, commune d’Ea Hô.

En dehors de la surveillance, le projet de préservation a comme second axe de travail la reproduction. Depuis 40 ans en effet, les deux populations de cyprès n’ont produit aucun pied en raison d’une stérilité des graines liée à une perturbation des biotopes.

Efforts de multiplication végétative

De nombreux scientifiques, vietnamiens et étrangers, se sont penchés sur la manière de multiplier cette plante à haute valeur patrimoniale. En 2007, le Docteur Trân Vinh, directeur adjoint de l’Institut des sciences et techniques agricoles et sylvicoles du Tây Nguyên, a réalisé une étude intitulée «Plantation à titre expérimental des Thuy Tùng dans la nature». Début 2011, il a réussi à greffer une pousse sur la souche d’un cyprès de Louisiane (Taxodium distichum), originaire du Sud-Est des États-Unis. En 2012, la pousse s’est bien développée. En 2013, de jeunes arbres ont été replantés à titre expérimental dans les districts de Krông Nang, Ea H’Leo, Krông Pak et Lak, sur terrains arrosés et palustres. 

Les résultats montrent que sur terrain arrosé, le taux de survie des Thuy tùng a atteint 90% et qu’ils se développent bien. Selon les prévisions, après trois ans, ces pieds mesureront 7 m de haut et 25 cm de diamètre à la base.

En terrain palustre, le taux de survie n’atteint que 70%, avec des dimensions à trois ans de 2,5 m de haut et 8 cm de diamètre. D’après le Docteur Vinh, les terrains palustres avec un niveau d’eau bas et stable sont le biotope naturel de cette espèce. Mais actuellement, en raison de changements physiques (nappe fluctuante), ce milieu n’est plus adapté.
 
Nous en sommes qu’à la période expérimentale. Le temps dira quel milieu est le plus convenable pour ces pieds greffés. Les efforts de  gardiennage et de reproduction végétative devront se poursuivre. Ce n’est qu’à ce prix que le Thuy Tùng ne rejoindra pas la liste déjà longue des espèces éteintes dans la nature.               
Huong Linh/CVN
 
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