04/03/2019 09:55
Des forces arabo-kurdes soutenues par la coalition internationale antijihadistes ont déversé dimanche 3 mars un déluge de feu sur la dernière poche du groupe État islamique (EI) en Syrie, cherchant à asséner le coup de grâce à son "califat" autoproclamé il y a près de cinq ans.
>>Poursuite de l'offensive pour chasser l'EI de sa dernière poche
>>Syrie: nouvelles évacuations de l'ultime poche de l'EI

Des colonnes de fumée s'élèvent le 2 mars du dernier carré contrôlé par les jihadistes du groupe EI à Baghouz dans l'Est de la Syrie, cible d'un assaut de forces arabo-kurdes syriennes. Photo: AFP/VNA/CVN

Après l'évacuation de milliers de civils ces derniers jours, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont repris vendredi 1er mars l'offensive contre les combattants de l'EI, retranchés dans une poche du village de Baghouz, dans la province de Deir Ezzor, aux confins orientaux de la Syrie.

Après avoir reconquis l'immense majorité du village, les combattants kurdes et arabes ont acculé les jihadistes dans ce réduit, où la coalition internationale emmenée par Washington a repris ses raids aériens, selon des équipes de l'AFP sur place.

À environ 400 mètres de la ligne de front, un journaliste de l'AFP pouvait entendre sans interruption les tirs d'artillerie et le crépitement des armes. Des nuages de fumée noire et grise, provoqués par les frappes, flottent au dessus du secteur visé, composé de quelques pâtés de maisons accolées à un campement informel près de l'Euphrate.

Après une frappe, un dépôt de munitions souterrain a explosé, provoquant des déflagrations comme un feu d'artifice. Une partie du campement informel a été détruite, mais plusieurs tentes tiennent debout.

Sur le toit d'un immeuble près du théâtre des opérations, un commandant des FDS explique à l'AFP que la majeure partie du campement a été débarrassée de l'EI.

"On ne sait pas combien de membres de l'EI sont toujours dedans. Ils sont totalement assiégés. Ils ont enfoui beaucoup de mines dans les maisons et sur les routes", affirme ce commandant.

"Kamikazes, voitures piégées" 

Après une montée en puissance fulgurante en 2014, l'EI avait proclamé en juin de la même année un "califat" sur les vastes régions et les grandes villes conquises en Syrie et en Irak voisin, où l'organisation ultraradicale a mené de multiples exactions.

Des femmes et des enfants sont fouillés par des combattants des Forces démocratiques syriennes, après avoir quitté le dernier réduit du groupe EI à Baghouz, dans l'Est de la Syrie, le 1er mars. Photo: AFP/VNA/CVN

Mais face à plusieurs offensives ces deux dernières années, les jihadistes ont vu leur territoire se réduire comme peau de chagrin.

Dans le secteur de Baghouz, les opérations des FDS se poursuivent même de nuit.

"Les éléments de l'EI qui sont encerclés refusent de se rendre, la majorité d'entre eux sont des étrangers, notamment des Français", confie un commandant des FDS, Rustom Hassaké. "Ils luttent férocement et ont recours à des voitures piégées et des kamikazes", ajoute-t-il.

Dans la nuit de samedi 2 à dimanche 3 mars, le commandant est resté mobilisé sur le toit d'un immeuble, recevant par talkie-walkie des informations sur une position de l'EI située à un kilomètre de là. Après avoir identifié les coordonnées GPS sur sa tablette, il réclame une frappe aérienne. Appelé à la rescousse, un avion américain de la coalition apparaît dans le ciel.

"Daech position, c'est fini", lance-t-il ensuite en souriant, utilisant un acronyme en arabe de l'EI.

"Depuis la reprise des combats, on a réussi à prendre 13, 14 positions", explique le commandant. "On entend leurs communications, leurs échanges radios. On les entend notamment s'exprimer en russe".

Plusieurs familles de jihadistes français en contact avec le journaliste de l'AFP assurent par ailleurs que des femmes et des enfants se trouveraient encore dans le réduit de l'EI.

Possible "résurgence

Au total depuis début décembre, quelque 53.000 personnes, principalement des familles de jihadistes, ont fui le réduit, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Parmi eux, plus de 5.000 jihadistes ont été arrêtés.

La grande majorité des évacués sont transférés vers le camp de déplacés d'Al-Hol, plus au nord, où elles s'entassent dans des conditions difficiles.

Une perte de la poche de Baghouz signifierait la fin territoriale du "califat" de l'EI après sa défaite en Irak en 2017, mais ce groupe a toutefois déjà entamé sa mue en organisation clandestine.

Ses combattants sont disséminés dans le désert syrien (Centre) et parviennent toujours à mener des attentats meurtriers.

L'armée américaine a averti que, sans un engagement soutenu contre l'EI, il ne faudrait à l'organisation que six à 12 mois pour entamer une "résurgence".

La bataille contre l'EI représente aujourd'hui le principal front de la guerre en Syrie qui a fait plus de 360.000 morts depuis 2011, après que le régime, soutenu principalement par la Russie, a repris le contrôle de près des deux tiers du pays.

Sur un autre front, 23 combattants prorégime ont été tués par des jihadistes liés à Al-Qaïda près de la province d'Idleb (Nord-Ouest), selon un nouveau bilan de l'OSDH.
 
AFP/VNA/CVN
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