07/02/2010 04:16
Une demande domestique allant croissante. Des exportations qui augmentent d'année en année. Des gisements houillers en activité atteignant le seuil critique d'exploitation. Autant de facteurs, objectifs et subjectifs, qui amènent les décideurs à repenser la politique énergétique.

En 2010, selon les prévisions du Groupe industriel des charbons et des minerais du Vietnam (Vinacomin), la demande en charbon du Vietnam sera de 25-26 millions de tonnes (Mt), la production atteindra 45-47 Mt et les exportations, quelque 20 Mt. À partir de 2011, le pays devrait ralentir la production et l'exportation pour ramener les ventes hors frontières à environ 5 Mt en 2012.

Les avis sont partagés. Les uns proposent l'exportation du charbon non consommé en vue de faire rentrer des devises et créer des emplois. Les autres s'y opposent arguant le fait que les réserves s'épuiseront un jour ou l'autre. D'autres encore sont d'accord, mais émettent néanmoins des réserves…

Le pays est amené, dans le même temps, à considérer l'importation de ce combustible pour satisfaire la demande domestique. À partir de 2030, le pays devrait faire importer du charbon pour satisfaire les besoins domestiques. Cela dit, les négociations n'ont presque pas avancé. Cette situation amène Vinacomin à reconsidérer les sources disponibles dans le pays dont les gisements non exploités.

C'est dans ce contexte que Vinacomin s'est mis, dès la fin juin 2009, à élaborer le projet de développement du gisement houiller du delta du fleuve Rouge.

Gisement confirmé

Entre 1998 et 2001, le groupe japonais Nedo a dépensé 5 millions de dollars d'aide publique au développement, pour explorer le gisement dans l'unique but de vérifier les affirmations de la partie vietnamienne sur l'existence d'un gisement de 210 milliards de tonnes de houille. Affirmations belles et bien confirmées depuis.

Ce gisement de houille est gigantesque, le plus grand du pays. Il couvre la totalité du territoire du delta du fleuve Rouge et s'étend jusqu'à la marge continentale. Selon les estimations, cette immense région productrice de riz du Nord renferme en son sein une réserve de quelque 210 milliards de tonnes de houille, soit 20 fois plus que celle de Quang Ninh. Les 90% se trouvent sous la province de Thai Binh. D'un point de vue purement chimique, la houille du fleuve Rouge est moins bonne que celle de Quang Ninh. Elle est cependant meilleure pour la bonne marche des centrales électriques et pour les industries iques.

Vinacomin entend réaliser son projet en 2 étapes : expérimentation de technologies dans certains lieux et exploration dans d'autres pour la première, ouverture des mines et application des technologies confirmées pour la seconde.

Un conseil d'expertise s'est prononcé pour le rapport du groupe qui dénote d'"importantes informations" servant de base à la poursuite de la planification de l'exploitation du gisement. Ce cercle de scientifiques réunit les ministères intéressés (Industrie et Commerce, Plan et Investissement, Finances, Ressources naturelles et Environnement, Agriculture et Développement rural…) et les autorités des provinces de Hung Yên et Thai Binh. Il est secondé par un groupe de contre-expertise composé de l'Union vietnamienne des associations scientifiques et techniques, l'École des mines et de géologie, et des scientifiques indépendants. Le conseil a formulé vis-à-vis du gouvernement 3 propositions, dont la réalisation du projet "Exploration et évaluation du gisement charbonnier du delta du fleuve Rouge", approuvé par le gouvernement.

Normalement, les travaux devraient être lancés durant la saison sèche de 2010. Si l'étape expérimentale donne des résultats concluants, Vinacomin mettra en exécution une série de sous-projets, 26 au maximum, répartis entre Hung Yên (6), Thai Binh (19) et Nam Dinh (1).

À la mi-septembre 2009, le gouvernement a donné son aval pour lancer le projet de gazéification souterraine du charbon à titre expérimental à Thai Binh, avec pour maître d'œuvre la sarl Dông Duong, dans le delta du fleuve Rouge.

L'objectif du Groupe industriel des charbons et des minerais du Vietnam est de créer dans le delta du fleuve Rouge "le plus important centre d'énergies propres" du pays au 21e siècle, selon les propos de Nguyên Thành Son, directeur de la Compagnie des énergies du fleuve Rouge, une filiale de Vinacomin basée à Hung Yên (Nord).

Le ministère de l'Industrie et du Commerce réclame des technologies de pointe dès l'étape expérimentale, pour servir de base à celle de production industrielle. Cette dernière ne sera décidée qu'une fois résolues les questions inhérentes à ces points-ci : efficience économique, technologies extractives, solutions anti-affaissement, eau, environnement, conditions de vie de la population, sécurité alimentaire… Questions qui préoccupent également les milieux scientifiques du pays et les habitants locaux.

Efficience économique exigée

La question financière est, selon Trân Xuân Hoà, directeur général de Vinacomin, "très importante" pour pousser l'exploitation. D'où vient l'argent ? Comment l'utilise-t-on ? Nguyên Thành Son, directeur de la Compagnie des énergies du fleuve Rouge, se montre rassurant sur ces questions.

Selon ses calculs, l'exploration aux fins d'estimation des réserves coûterait, à elle seule, quelque 2,5 milliards de dollars. Dans la première étape, faute d'argent, Vinacomin entend forer une ou 2 mines d'évaluation, d'environ 10 millions de dollars chacune. Le groupe injecterait quelque 4,491 milliards de dollars dans la réalisation de 11 sous-projets d'expérimentation de technologies (16,13%), d'exploration géologique (61,57%) et d'exploitation, ainsi que pour les infrastructures.

Si tout va bien, la première phase du projet (d'ici 2018) devrait permettre de produire l'équivalent de 1.745 millions (soit 2,3 milliards de kilowattheures/an). D'après M. Son, Hanoi, la province de Hung Yên et celles qui ne possèdent pas de centrales électriques (Hà Nam, Nam Dinh) seront alimentées en quantité suffisante en électricité. Les centrales thermoélectriques, d'une puissance réunie de 1.800 MW, de la province de Thai Binh, recevront quant à elles du charbon pour un fonctionnement à plein régime.

Soucieux de dissiper toutes les inquiétudes, Trân Xuân Hoà, directeur général de Vinacomin, assure que de nombreux partenaires étrangers s'intéressent à l'exploitation du gisement du delta du fleuve Rouge. Par conséquent, il ne sera pas difficile d'en trouver. Son groupe partira très bientôt à la recherche de partenaires étrangers, qui, espérons-le, lui permettront de disposer des technologies de pointe qu'il recherche.

Des technologies propres

Le choix des technologies est d'une importance vitale pour Vinacomin, qui vise 3 objectifs : extraction du charbon, maintien de la production agricole, réduction maximale des impacts sur l'environnement. Tout se résume en cette maxime qui lui est chère : que les intérêts de quelque partie que ce soit ne soient pas sacrifiés.

Le conseil d'expertise propose l'utilisation, à titre expérimental, de 2 procédés d'extraction : gazéification souterraine (UCG) et exploitation souterraine (UCM). Nguyên Manh Quân, chef du Département de l'industrie lourde (ministère de l'Industrie et du Commerce), accueille favorablement l'application de ces technologies, qui relève de la "prudence" et de la "nécessité" dans l'étape expérimentale.

Selon le projet de la Compagnie des énergies du fleuve Rouge, ces procédés devraient être appliqués pour 4 projets (3 à Hung Yên et un à Thai Binh). Tous les 2 répondront aux exigences en matière d'occupation du sol, de déplacement de populations, de prévention des fontis… Le premier est en plus une technologie propre, reconnaît son directeur, Nguyên Thành Son, qui anticipe, en en prévoyant d'autres de substitution si nécessaire.

L'extraction charbonnière par gazéification souterraine rend pourtant perplexe Nguyên Minh Thuyêt, chef adjoint de la Commission de la culture, de l'éducation et de la jeunesse de l'Assemblée nationale, qui trouve l'exploitant "peu expérimenté". D'autant plus que cette technologie n'a pas été "suffisamment testée" pour être confirmée.

"Ce procédé a ses points forts", rassure le directeur général du groupe. Une coentreprise a été constituée à cette fin par Vinacomin (qui détient 60% des environ 6,5 M de dollars de capital), le groupe japonais Marubeni et l'australien Link Energy (qui partagent les 40% restants), pour expérimenter la gazéification souterraine dans une mine. Ce projet pourrait être lancé en 2010 au plus tôt. Ces 2 partenaires étrangers sont connus pour avoir réussi cette technique d'extraction dans des mines en Australie. La Compagnie des énergies du fleuve Rouge s'est associée à la Compagnie générale d'import-export de machines CMC (Chine) pour lancer une autre coentreprise chargée de l'exploitation de la mine Binh Minh par puits vertical. Vinacomin se joint également à l'américain BBV, mais dans un autre but, qui consiste à utiliser la méthode traditionnelle (exploitation souterraine) au gisement de Khoai Châu 2 (Hung Yên), connue pour ses vertus de préservation de l'environnement. Des négociations sont en cours avec le polonais Copex pour la gazéification en profondeur, peut-être à Thai Binh.

La gazéification souterraine devrait donner des résultats 6 mois après le début des opérations, contre 10 ans pour l'exploitation souterraine. Une fois les résultats préliminaires établis, Vinacomin devrait faire le nécessaire avant de solliciter le gouvernement pour la réalisation des étapes suivantes. Si tout va bien, le forage des galeries d'exploitation expérimentale pourrait commencer en 2010.

"La gazéification pourra s'adapter aux circonstances", exhorte Nguyên Dinh Hoè, de l'Union vietnamienne des associations scientifiques et techniques (VUSTA).

Un écueil de taille hante l'esprit de Vinacomin : les risques de fontis.

L'épreuve du sous-sol

Les conditions géologiques du delta du fleuve Rouge sont difficiles à évaluer, reconnaît Nguyên Thành Son, directeur de la Compagnie des énergies du fleuve Rouge. Les nappes phréatiques sont nombreuses mais on n'en trouve quasiment pas dans les couches de houille. Le sol est aussi propice à être manié qu'à s'affaisser. Pour limiter les risques d'affaissement, il faudrait boiser les zones exploitées. Mais la friabilité du sol rend cette opération incertaine.

Pour pallier à cela, Vinacomin sortira alors sa meilleure arme : extraire le charbon à grande profondeur, peut-être à environ 500 m ou plus dans le sous-sol au lieu de 300 m à Quang Ninh. Il juge "tout à fait possible" de déterminer l'impact sur les formations géologiques et l'environnement au cours de l'étape expérimentale même. "Si des affaissements se produisent dans les 30-40 ans, cela nous laissera largement le temps de nous arrêter", rassure M. Son.

Les risques de fontis ne sont pas exclus par Nguyên Dinh Hoè, de l'Union vietnamienne des associations scientifiques et techniques. D'autres scientifiques se préoccupent des affaissements en série, qui transformeraient toute la région en une terre saline. Ce qui constitue, bien évidemment, la question la plus préoccupante pour le delta du fleuve Rouge.

Nguyên Thành Son, directeur de la Compagnie des énergies du fleuve Rouge, maître d'œuvre des projets énergétiques du gisement charbonnier du fleuve Rouge, ne cache pas, lui aussi, son inquiétude à ce sujet. Solutions ? Procéder à des expérimentations à différents niveaux du sous-sol. Des alluvions pourraient être utilisées pour, dans une certaine mesure, combler les trous, et l'extraction se ferait à une plus grande profondeur que d'ordinaire, sans toucher à la couche des 150 premiers mètres sous la surface du sol. Cette question à propos de l'affaissement est "évidente" mais est, selon lui, "contrôlable". "Dans le cas contraire, le projet sera purement et simplement abandonné", affirme-t-il.

Un environnement à protéger

Cet expert s'inquiète d'un éventuel d'impact sur les nappes phréatiques et l'environnement du delta du fleuve Rouge, une zone écologique d'une grande importance. Vinacomin prévoit des mesures nécessaires face aux risques éventuels de pollution de l'environnement.

L'exploitation à 70% à ciel ouvert du gisement de Quang Ninh est à l'origine de la pollution de l'environnement. Cette situation ne "se répétera pas" dans le delta du fleuve Rouge, affirme M. Son. La gazéification et l'exploitation souterraines, dont l'impact sur l'environnement est "minime", permettraient de limiter les conséquences néfastes, explique-t-il.

Vinacomin se lie par ailleurs à PétroVietnam et à d'autres groupes étrangers possédant de hautes technologies extractives (Australie, États-Unis, Japon, Chine, Pologne, Russie) dans un double objectif : extraire le plus de charbon possible tout en protégeant du mieux possible l'environnement.

Sécurité alimentaire intouchable

Le plus gros problème réside dans le fait que la houille se trouve dans un "grenier à riz" majeur. Il n'est donc pas facile de sacrifier l'un pour l'autre.
Pour le directeur Nguyên Thành Son, la sécurité énergétique est "plus indispensable, plus préoccupante et plus difficile" à assurer que la sécurité alimentaire. Le pays exporte et du riz et des énergies. Mais dans un futur proche, il faudra faire importer du combustible, notamment pour produire l'électricité. Le projet d'extraction houillère, en occupant des terrains, pourrait certes entamer la sécurité alimentaire, mais de façon non significative, estime M. Son, qui croit avoir trouvé la solution.

Dans la phase expérimentale, la surface réquisitionnée serait inférieure à celle d'un terrain de golf. Selon les calculs, la superficie totale des terres occupées par les 11 sous-projets représenterait au maximum 1.500 ha, c'est-à-dire moins que celle des terres constituées d'alluvions de la province de Nam Dinh !

À partir de 2025, si les résultats sont concluants, Vinacomin lancera la seconde étape d'une série de 26 sous-projets au maximum. Les terres qui pourraient être impliquées dans l'exécution du projet, ce pour installer des ateliers et forer des puits de mine, représenteraient alors environ 3.900 ha (900 à Hung Yên, 2.850 à Thai Binh et 150 à Nam Dinh). Ce qui est insignifiant, puisque concrètement, cela ne représente qu'environ 0,7% de la surface des terres que compte le delta du fleuve Rouge ! "Par ailleurs, l'extraction houillère se fera en sous-sol. Ce qui n'aura aucune incidence sur le mode de vie de la population qui pourra continuer à pratiquer la riziculture comme si de rien n'était", assure M. Son.

"Le delta du fleuve Rouge est l'un des 2 greniers à riz du pays. L'option de déplacer des millions de gens pour l'extraction houillère est exclue", déclare Nguyên Thành Son.

Mœurs et coutumes à préserver

"L'extraction charbonnière dans le delta du fleuve Rouge, même par gazéification et exploitation souterraines, pourrait porter atteinte aux mœurs et coutumes ainsi qu'aux habitudes culturales de 180.000 habitants", s'inquiète cependant Nguyên Manh Quân, chef du Département de l'industrie lourde. Vinacomin promet de mettre en œuvre les "meilleurs plans" possibles pour ne pas affecter le mode de vie des populations locales. Ses scientifiques suivent de très près la situation pour parer à toute éventualité.

Dans l'étape expérimentale, Vinacomin devrait utiliser 6 hectares de terre arables pour une durée de 3 ans. Six mois seront nécessaires pour la période d'expérimentation proprement dite. Le temps restant permettant à la terre de "se reconstituer" et aux paysans de continuer à la travailler par la suite. Le manque à gagner sera indemnisé, promet le groupe.

Le mode de vie, lui, pourrait s'en trouver changé en raison de la modification -cette fois positive- du paysage économique du pays. De nombreux projets de centrales thermoélectriques et de zones industrielles spécialisées dans la production de verre, de porcelaine, de poterie, ont été élaborés pour être lancés en même temps que celui de l'extraction houillère. "Le produit national brut des provinces de Hung Yên et Thai Binh pourrait faire un bond considérable", estime M. Son. La population locale passerait du mode de vie agricole au mode de vie industriel.

Des propos rassurants

Quelque 35 milliards de tonnes extraites seraient gage de réussite. "Si 10 Mt étaient tirés du sous-sol chaque année, il faudrait 350 ans pour mener à bien le projet. Un tel volume aiderait à renforcer la sécurité énergétique du pays", affirme Nguyên Thành Son.

Il s'agit d'un projet de taille dont le premier critère sera d'assurer la sécurité aux populations locales. "Exploiter le gisement du delta du fleuve Rouge ne veut absolument pas dire déplacer ses habitants", promet M. Son. D'où la prudence du maître d'œuvre. L'exploitation industrielle ne pourra être lancée que quand auront été résolues toutes les questions soulevées (technologies extractives, procédés anti-affaissement…). Vinacomin, qui ne cache pas ses préoccupations quant à l'environnement et la géologie, croit dur comme fer que toutes les solutions seront trouvées par le biais de l'étape expérimentale.

Néanmoins, si la totalité des problèmes techniques n'est pas résolue, le projet sera suspendu. Si le projet fait faillite, des bases scientifiques seront là pour confirmer qu'il existe bel et bien un gigantesque gisement de houille dans le delta du fleuve Rouge qu'il faudra exploiter une fois les conditions favorables réunies. D'autre part, des mesures alternatives seront nécessaires pour développer d'autres sources énergétiques : éolienne, hydraulique, marémotrice…, car le gisement de Quang Ninh n'est pas inépuisable. Vinacomin proposerait d'installer à Thai Binh et Hung Yên des centrales thermoélectriques approvisionnées en gaz tiré du sous-sol.

Le gisement houiller du delta du fleuve Rouge ne sera pas exploité coûte que coûte. On ne sacrifiera pas le riz pour la houille. C'est dans ce sens qu'agit Vinacomin, qui tente le tout pour le tout.

Kim Anh/CVN
(06/02/2010)

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