31/03/2021 16:34
La plateforme de livraison alimentaire Deliveroo connaissait des débuts difficiles à la Bourse de Londres, avec une chute de plus 20% de son action, après une entrée sur le marché qui avait valorisée la société à 7,6 milliards de livres et suscité des interrogations sur le statut de ses livreurs.

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Un livreur Deliveroo à vélo, le 26 mars à Londres. Photo : AFP/VNA/CVN


Le cours a dévissé de 15% dès ses premiers pas et vers 08h30 (07h30 GMT), le plongeon s'accentuait. Le titre perdait 23% à 3,02 livres, soit bien moins que le prix de l'introduction fixé à 3,90 livres, alors que la société avait déjà dû revoir ses ambitions à la baisse pour cette opération. Une chute de 15% représente déjà plus d'un milliard de valorisation en moins.

Deliveroo, connu pour son application permettant de commander des plats auprès de restaurants, a fait ses débuts sur le marché britannique à 07h00 GMT (08h00 à Londres).

Il s'agit de l'opération la plus importante depuis 2011 sur la place londonienne, qui cherche à rester attractive face à la concurrence accrue de l'Europe avec le Brexit. Les échanges sont initialement réservés aux investisseurs professionnels avant d'être ouverts au grand public à partir du 7 avril.

Dans le détail, la société a mis en Bourse 21,3% de son capital, lui permettant de récupérer 1,5 milliard de livres, dont un milliard grâce à l'émission de nouvelles actions, et 500 millions d'actions existantes vendues.

L'offre pourrait même grimper jusqu'à 22,9% du capital si les investisseurs souhaitent acheter davantage d'actions.

Deliveroo, dont le géant Amazon détenait 16% du capital avant l'opération, veut utiliser l'argent pour financer sa croissance et ce même si la société n'est pas encore rentable.

"Je suis très fier que Deliveroo entre en Bourse à Londres, chez nous", s'est félicité Will Shu, fondateur et directeur général de la société.

"Nous allons continuer à investir dans les innovations qui aident les restaurants et le secteur de l'épicerie à grandir, à offrir plus de choix que jamais aux clients et à donner aux livreurs plus de travail", a-t-il ajouté.

 

William Shu, cofondateur et directeur général de Deliveroo en juillet 2018 à Saint-Ouen, près de Paris. Photo : AFP/VNA/CVN


La société britannique a été toutefois contrainte de revoir ses ambitions à la baisse, compte tenu selon elle de la récente volatilité des conditions de marché.

Les investisseurs ont massivement souscrit à l'opération, mais n'étaient pas prêts à payer trop cher.

Elle avait espéré dans un premier temps un prix pouvant aller jusqu'à 4,60 livres soit une valorisation qui aurait pu atteindre 8,8 milliards de livres. Elle avait ensuite réduit la fourchette entre 3,90 et 4,10 livres.

Un résultat "décevant" ? 

"C'est certainement un résultat décevant pour une introduction en Bourse qui a généré au départ beaucoup d'enthousiasme, mais la faiblesse récente des cours de nombre de ses homologues aux 
États-Unis, comme Doordash, semble avoir enlevé un peu de lustre au secteur", souligne Michael Hewson, analyste chez CMC Markets.

L'introduction en Bourse doit permettre à Deliveroo de mieux rivaliser avec ses concurrents, alors qu'il n'a pas jusqu'à présent "la capacité financière d'Uber (qui possède Uber Eats, ndlr) ou la taille de Just Eat Takeaway", considéré comme le numéro un du marché, selon M. Hewson.

Il restera en outre à voir quelles seront les performances de Deliveroo une fois les restrictions sanitaires levées, alors que son activité a été dopé par la pandémie.

Pour M. Hewson, des restaurateurs, s'ils peuvent rouvrir leurs portes, pourraient hésiter à payer la commission demandée par Deliveroo et qui peut atteindre jusqu'à 30%, selon l'analyste.

L'introduction en Bourse permet par ailleurs à Will Shu, de faire fructifier ses parts. Il a en outre opté pour un système à deux types d'actions pour une période de trois ans afin de garder le contrôle tout en cédant une partie du capital.

L'opération a par ailleurs relancé le débat sur la précarité des livreurs, qui sont des travailleurs indépendants symboles de la "gig economy", ou l'économie des petits boulots, sur laquelle s'appuient les plateformes numériques pour prospérer.

Le syndicat des travailleurs indépendants britanniques, l'IWGB, prévoit notamment un mouvement de grève le 7 avril afin de demander de meilleures conditions de travail. La viabilité de son modèle économique préoccupe également des investisseurs très influents de la City.

Plusieurs géants de la gestion d'actifs, comme Aberdeen Standard et Aviva Investors, qui pèsent chacun des centaines de milliards de livres, ne souhaitent pas investir dans la société, évoquant le mauvais exemple donné par ses pratiques sociales.

AFP/VNA/CVN

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