28/12/2019 08:50
Après une première mission philanthropique en 1994, le Français Alain Dussarps était de retour en octobre 2019 dans la province de Cao Bang, au Nord. Il y a retrouvé deux femmes de l’ethnie H’mông blanc, pour parler du passé, du présent et de l’avenir.
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Dung et sa machine à coudre installée depuis une vingtaine d’années chez elle.

L’histoire remonte à 1994. Cette année-là, l’Association d’amitié franco-vietnamienne (AAFV) avait financé un dispensaire à Cao Bang (Nord), destiné aux ethnies minoritaires. En 1995, Alain Dussarps, actuel vice-président de l’AAFV, accompagné de membres de la Croix-Rouge locale, était présent dans cette province pour son inauguration.

"C’était ma première rencontre avec les ethnies. Au moment du repas, je me suis retrouvé à table avec deux jeunes filles, Hoàng Thi Dung et Hâu Thi Hoa, de l’ethnie H’mông blanc. Via deux interprètes (un H’mông-vietnamien, l’autre vietnamien-français), elles m’ont dit qu’elles avaient 17 et 21 ans, qu’elles n’avaient jamais été à l’école et qu’elles voulaient apprendre à lire, écrire et parler vietnamien", se souvient Alain Dussarps.

Quelques mois plus tard, une demande d’aide fut envoyée à l’AAFV en vue de la construction d’une école primaire composée de deux classes,  de l’obtention de 23 zébus et de machines à coudre. Consciente de l’importance de ce projet communautaire, l’AAFV accepta de les financer.

L’AAFV a organisé en novembre 2019 une exposition de costumes H’mông à Tarnos, en France.

En 1999, Alain Dussarps, accompagné de sa fille et de membres de la Croix-Rouge du Vietnam, se retrouva encore une fois à Cao Bang. "Deux jours avant, je m’étais fait une grosse entorse à la cheville. Je ne pouvais donc pas me rendre au village. Les deux jeunes femmes sont donc venues au Comité populaire du district. Je les ai revues avec plaisir et elles parlaient vietnamien, savaient lire et écrire. Sachant que ma fille m’accompagnait, elles lui ont offert un costume traditionnel fabriqué grâce aux  machines à coudre", se remémore Alain Dussarps.

"J’étais tellement ravie de revoir Alain Dussarps. C’est un souvenir inoubliable pour moi. Avec la machine à coudre offerte par l’AAFV, j’ai pu coudre des vêtements pour ma famille et pour moi-même", partage Hoàng Thi Dung.

"Ma famille était en très grande difficulté. Grâce aux diverses aides financières de l’AAFV, notre vie s’est améliorée et j’ai pu apprendre le vietnamien, poursuit Dung. La machine à coudre a été un cadeau précieux pour moi. Cela m’a beaucoup touchée".

"J’espère avoir un jour la chance de revoir Alain Dussarps malgré son grand âge", conclut-elle.

De beaux moments immortalisés

Alain Dussarps pose avec Hoa (gauche) et Dung lors de leurs retrouvailles.

Alain Dussarps défend l’amitié franco-vietnamienne. Il a rencontré de nombreuses personnes défavorisées ou en difficulté, des victimes de l’agent orange, pauvres, si nombreux qu’il n’arrive pas à se souvenir de tous les noms ou prénoms des bénéficiaires. Il garde pourtant à l’esprit tous les beaux moments et les sourires de bonheur des bénéficiaires, qu’ils vivent au Sud au Centre ou au Nord du pays. 

"À chaque passage dans la province de Cao Bang, je demande à rencontrer Dung et Hoa. Cette année, j’avais sur moi leurs photos prises en 1995 et 1999 et j’ai pu les retrouver. L’une habite toujours dans le même village, alors que l’autre, depuis son mariage, vit à trente minutes à moto. C’est avec émotion et joie que nous nous sommes retrouvés. Elles avaient un peu vieilli mais je les ai reconnues de suite. Que d’émotions des deux côtés vingt ans après", poursuit le vice-président de l’AAFV.

Dung lui a raconté qu’après son mariage, elle a amené la machine à coudre chez son mari. Chaque matin, elle la regarde et pense à Alain Dussarps. Plus tard, quand il s’est rendu chez elle, la machine à coudre trônait dans la maison. Elle a fait promettre à ses enfants de la garder après sa mort. Elle lui a montré le bétail acquis grâce au premier zébu offert par l’AAFV : un superbe zébu vainqueur de nombreux combats, trois buffles, deux vaches, des truies et des volailles.

Elle a remercié l’AAFV qui a permis à ses frères et sœurs ainsi que bien d’autres jeunes d’ethnies minoritaires de pouvoir parler vietnamien, ainsi que lire et écrire. Son mari et sa belle-mère sont analphabètes et ne parlent que le H’mông. Très dynamique, Dung préside l’Union des femmes du village.

"Ces retrouvailles sont un bel exemple de solidarité et  d’amitié entre les peuples malgré la barrière linguistique. Lors de notre première rencontre, j’avais apprécié qu’elles osent exprimer leur désir de s’intégrer à la communauté vietnamienne", triomphe le vice-président de l’AAFV.

Pour lui, un destin peut être complètement changé grâce à une simple rencontre et assez d’argent pour financer une école. Il considère que tout le monde doit avoir accès à l’éducation. Les cas de Dung et Hoa lui font oublier la déception des projets qu’il n’a pas pu financer.
 
Truong Giang/CVN
Photos : AAVF/CVN

 
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