30/05/2020 07:01
Si pour de nombreux sexagénaires, le vieillissement est synonyme de réduction drastique des activités et des rêves, pour Trân Lê Hùng, c’est tout à fait le contraire. Avec sa grosse cylindrée, il a traversé plus de 30 pays, bravant toutes sortes de dangers.
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À 66 ans, Trân Lê Hùng a réalisé un voyage eurasiatique à moto sur plus de 45.000 km.
Photo : Saostar/CVN
"Mon voyage s’est inscrit en fait dans le cadre d’un circuit touristique. Mais ce dernier était quand même nettement plus aventureux qu’un circuit classique !", partage Trân Lê Hùng. En effet, tous les membres de cette aventure ont dû se déplacer par leurs propres moyens de transport selon un calendrier et un itinéraire déterminés. Questionné sur les frais, il s’amuse : "L’argent n’est pas important. Cependant, je dois dire qu’un modeste budget n’aurais pas suffi".

Un trajet aventureux

Selon le projet initial, son groupe devait partir avec six motos et quatre voitures. Mais, plus le jour J approchait, plus le nombre d’inscrits fondait comme neige au soleil. À la fin, il n’en restait plus que cinq.

M. Hùng se passionne depuis longtemps pour les voyages. Avant son mariage, lui et sa petite amie, aujourd’hui sa femme, avaient l’habitude de partir à la découverte de nouvelles destinations le week-end. Cette passion est toujours aussi vivace au crépuscule de sa vie. À l’âge de 60 ans, avec sa femme, il a même réalisé un voyage à moto sur le plateau calcaire de Dông Van de la province de Hà Giang (Nord).

Avec comme résultat de grosses cicatrices sur les genoux ! Et avant son périple eurasiatique, il avait également effectué des virées dans des localités du Sud du Vietnam et au Laos, toujours à moto naturellement. Grâce à ses nombreuses expériences, M. Hùng a réussi à persuader sa femme de participer à ce voyage. "Avant chaque départ, son soutien est primordial", confie-t-il.

Un voyage plein de difficultés. Photo : Saostar/CVN

"Avoir un peu d’appréhension est nécessaire quand on part à l’aventure", telle est la devise de M. Hùng. "Si vous n’avez pas assez de connaissances concernant les lieux à parcourir, mieux vaut s’abstenir d’y aller. Vous risqueriez d’y perdre la vie", souligne le routard de 66 ans. Et d’ajouter qu’il se pose toujours la question sur l’objectif de chaque voyage : conquérir un but ou revenir chez soi. En effet, pour un retour à la maison, la santé et la vie des voyageurs sont les facteurs les plus importants. "Même si on n’arrive pas à atteindre son but, on aura encore la chance de le reconquérir par la suite !", affirme-t-il.

Trân Lê Hùng avoue s’être senti inquiet avant le départ. La diminution du nombre de participants augmentait les risques de l’aventure. "Les voyageurs professionnels ont souvent leur propre véhicule sanitaire. Mon groupe n’avait qu’une seule voiture, il était donc plus difficile de s’entraider", explique-t-il. Mais l’appel du large et des grands espaces était plus fort.

Trân Lê Hùng maîtrise plusieurs métiers. Il est l’auteur de la gravure sur argent "Cœur de la paix" récompensée lors d’un concours organisé à l’occasion du Millénaire de Thang Long - Hanoï. Dans les années 1970, il exerçait également la photographie. De 1973 à 1976, il a fait des études sur le contrôle automatique en Union soviétique. À son retour, il est devenu ingénieur dans une usine mécanique. Grâce à ses connaissances en la matière, il peut réparer lui-même sa moto, lui permettant de surmonter de nombreuses difficultés.

Rien ne peut l’arrêter

Parti de Hanoï le 2 juillet 2019, Trân Lê Hùng est entré en Chine en passant par le Laos. Quittant la Chine, le groupe a atteint la frontière kirghize fin juillet. Sur la route menant au col de Tossor, le plus haut du Kirghizistan (3.893m), il a fait face à quelques pépins. "Nous n’avions pas pu respecter le calendrier fixé. Pourtant, pour un routard comme moi, les repas ou les siestes au bord de la route sont des choses tout à fait normales. Parce que les bons endroits pour manger et dormir ne sont pas toujours disponibles", confie M. Hùng.

"Il était 02h00 du matin. Nous avions conduit toute la journée, sans repos. Épuisé, j’ai demandé aux autres de me laisser sur le col pour la nuit. Je savais que si je continuais, j’aurais pu tomber dans la vallée", raconte-t-il. Le chef du groupe a décidé de rester avec lui. Les trois autres ont continué jusque dans la ville la plus proche en voiture afin de demander de l’aide. Avant de partir, ils les ont aidés à installer leur campement pour la nuit.

Épuisé, le sexagénaire voulait juste dormir jusqu’au matin mais il n’a pas pu, ses vêtements étant humides. "Il faisait -10°C. Le vent a soufflé si fort que la tente était sur le point d’être emportée. Le matin, j’ai entendu une voiture s’approcher, j’ai poussé un soupir de soulagement", raconte le routard. Mais l’incident sur le col de Tossor n’était pas la seule épreuve à laquelle il a été confronté durant son voyage. Lorsque l’équipe n’était pas à mi-parcours, un autre fait épique s’est produit. En arrivant au Turkménistan, deux membres ont voulu traverser la mer Caspienne au lieu de se rendre en Iran selon le calendrier initial. Le groupe n’avait désormais plus que trois personnes, toutes en moto.

Le voyage de Trân Lê Hùng inspire les jeunes générations. Photo : Saostar/CVN
En Géorgie, l’amortisseur de la moto du guide s’est cassé. Étant un mécanicien chevronné, M. Hùng a réussi à réparer les dégâts. Son savoir-faire a également étonné des mécaniciens étrangers. Le routard a traversé la Suisse, renommée pour ses paysages magnifiques. Il a également conduit sa moto sur les autoroutes européennes où la vitesse est toujours limitée à 90 km/h voire 120 km/h. Il a subi des températures de 40°C dans les plaines surchauffées du Xinjiang (Chine). "Mais les -16°C au Kazakhstan ont été les plus terribles. Malgré dix couches de vêtements, j’étais frigorifié", raconte-t-il.

Des souvenirs mémorables 

Outre les obstacles et difficultés encourus, son périple lui a laissé des souvenirs inoubliables. Quarante-quatre ans après sa première visite, il est retourné à moto en Géorgie pour rendre visite à son ancienne école et à son ancienne institutrice. Un tour de force dont il est fier. Mais une fois sur place, il a appris qu’elle était décédée. Le routard a pleuré en apprenant la nouvelle.

M. Hùng se souvient aussi d’une anecdote survenue en Ouzbékistan. "Une moto de notre groupe est tombée en panne. À ce moment-là, se trouvait un homme au bord de la route qui appelait un taxi. Quand il nous a vus, il a décidé de nous accompagner pendant une dizaine de kilomètres pour trouver un atelier de réparation. Lorsque notre véhicule a été réparé, nous l’avons reconduit en pleine nuit à l’endroit où nous l’avions rencontré le matin même".

Il se rappelle également ce bol de phở préparé en Pologne par un ami de longue date. "Après un périple de 350 km sans arrêt, juste une tasse de thé à une station-service, ce bol de +pho+ m’a rappelé le goût de Hanoï". Ou encore des "tapes m’en cinq" avec des inconnus au bord de la route… Des souvenirs qu’il n’est pas prêt d’oublier.

Le retour à la maison

Le soir du 19 décembre 2019, après plus de 45.000 km en près de six mois, le vieux routard est enfin rentré chez lui à Hanoï. Après avoir entendu le bruit de sa moto, tous les membres de sa famille se sont précipités vers la porte pour l’accueillir. L’unique idée qui trottait dans sa tête à ce moment-là : "Je suis enfin rentré sain et sauf chez moi".

Le voyage de M. Hùng a bénéficié des éloges de diverses communautés en ligne, notamment celles qui aiment l’aventure. Pour elles, ce routard a accompli un voyage extraordinaire que peu de gens sont capables de faire à son âge. "Je ne me considère pas comme un héros. Je n’ai pas besoin de devenir célèbre. Mais j’accepte avec plaisir les louanges ! Cela signifie que mon voyage a une dimension authentique", conclut-il.

Vân Anh - Anh Tú/CVN
 
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