26/12/2019 10:15
Nasrallah dispose des spores dans un sac rempli de paille humide. Dans un camp de déplacés du Nord-Ouest syrien, il s'est mis à la culture de champignons pour nourrir sa famille et subvenir à leurs besoins.
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Nasrallah et son fils Saïd cultivent des champignons dans un camp de déplacés à Harem, dans la province syrienne d'Idleb, le 29 novembre.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Les champignons remplacent la viande, qui coûte trop chère", confie le quadragénaire à la carrure solide. "On en mange quotidiennement et on en vend une partie", ajoute le père de trois enfants. Il cultive ses champignons dans une petite pièce sombre et humide de la cabane qu'il occupe dans un camp de déplacés de la province d'Idleb, région dominée par des jihadistes et sur laquelle le régime et son allié russe ont intensifié leurs bombardements depuis le 16 décembre, tuant des dizaines de civils.

Depuis que Nasrallah a abandonné en février la région voisine de Hama, pour fuir déjà l'avancée des forces du gouvernement de Bachar al-Assad et les frappes aériennes meurtrières, il est installé non loin de la localité de Harem. Près de sa cabane, il plonge la paille dans l'eau fumante d'un baril en fer noirci, posé sur un feu de bois. La paille mouillée est utilisée pour remplir des sacs en plastique, les petites spores blanches y sont déposées par couches successives. Les sacs sont fermés puis oubliés pendant une vingtaine de jour dans la pièce sombre.

Le sac est retiré quand les champignons blancs finissent par pousser, s'extirpant de tous les côtés de l'épaisse botte de paille qui prend alors des allures de planète futuriste. Ils sont vaporisés d'eau pendant une dizaine de jours. "La culture des champignons reste limitée, même si de plus en plus de gens s'y mettent, surtout dans les camps à cause des prix élevés des aliments et de la cherté de la vie", explique Nasrallah. Il achète les spores de la Turquie voisine, au prix de 10 USD le kilo.

Chaque semaine, il produit entre quatre à cinq kilos de champignons, revendus à environ 1.200 livres syriennes le kilo, soit 1,5 USD selon le taux de change local. À titre de comparaison, la viande de mouton atteint les 6.000 livres, soit 7,5 USD le kilo.

"Pas les moyens"

Nasrallah pratiquait déjà la culture de champignons à Hama. "On en mangeait et on en donnait aux amis", se souvient l'homme de 43 ans, ancien fonctionnaire dans un de ces conseils locaux mis en place dans les territoires insurgés pour gérer la vie quotidienne des localités.

Oum Khaled et sa famille partagent un repas dans un camp de déplacés à Harem, dans la province syrienne d'Idleb, le 29 novembre.
Photo : AFP/VNA/CVN

La province d'Idleb est des secteurs adjacents des régions de Hama, Lattaquié et Alep sont dominés par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d'Al-Qaïda). Ces territoires accueillent aussi des groupes rebelles. Dans la Syrie morcelée, ravagée depuis 2011 par une guerre meurtrière, quelque 6,5 millions de personnes sont incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires, selon l'ONU.

La culture de champignons s'est déjà pratiquée dans d'autres régions, notamment l'ex-bastion de l'opposition de la Ghouta orientale près de Damas, qui a souffert d'un siège asphyxiant de plusieurs années avant sa reconquête par le régime en avril 2018. Devant la cabane de Nasrallah, Oum Khaled achète une bassine de champignons fraîchement cueillis.

De retour chez elle, assise à même le sol, ses mains noueuses découpent les cèpes sur une planche en bois. Sous les yeux de ses petits-enfants, elle les verse dans une marmite en fer avec une cuillerée de graisse alimentaire et des oignons, remuant le tout sur son réchaud à gaz. "Honnêtement, le poulet ou la viande sont meilleurs, mais les déplacés n'ont pas les moyens d'en acheter", confie avec résignation la sexagénaire, un fichu marron encadrant son visage strié de rides.

À l'heure du déjeuner, les assiettes de champignons, de frites et de piments sont placées sur un grand plateau en fer et la famille installée au sol découpe les grandes galettes de pain pour se servir.

AFP/VNA/CVN



 

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