20/03/2020 17:13
"Cher monde, comment se passe le confinement ? ! Signé : Gaza." Les mesures d'isolement imposées dans nombre de pays pour freiner la propagation du nouveau coronavirus suscitent l'ironie d'internautes de l'enclave palestinienne, sous blocus israélien depuis plus d'une décennie.
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Une Palestinienne prend la température d'un enfant dans une école à Gaza, le 18 mars.
Photo : AFP/VNA/CVN

Quasiment complètement coupée du monde, l'étroite bande de terre coincée entre Israël, l'Égypte et la mer Méditerranée n'a recensé aucun cas de nouveau coronavirus pour le moment. "Les gens voient maintenant Gaza comme l'endroit le plus sûr au monde, +lol+", écrit un internaute. Un autre souhaite à "tous les gens en quarantaine la bienvenue dans (sa) vie".

Au-delà de ce statut d'ordinaire peu enviable pour les deux millions de Gazaouis, une apparition du nouveau coronavirus serait particulièrement difficile à gérer dans l'enclave appauvrie et surpeuplée, où le système de soins est défaillant, s'alarment des experts. En prévention, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) à Gaza, qui gère les écoles de plus de 250.000 élèves, a déjà instauré des mesures dites de distanciation sociale.

Comparable au bateau de croisière

"Le blocus pourrait certes aider à contenir le coronavirus mais, s'il se déclare, la situation sera comparable à celle du bateau de croisière au large du Japon", indique un responsable de l'Unrwa, Matthias Schmale. Une référence au "Diamond Princess", à bord duquel le virus s'est rapidement propagé début février, contaminant plus de 700 personnes sur les 3.700 passagers. "C'est illusoire de penser qu'on peut gérer une telle situation dans un espace clos comme celui-ci", affirme-t-il.

Dans sa petite cuisine à Gaza, Mariam al-Khatib, 80 ans, empile boîtes de conserve et produits de nettoyage. "Je n'ai rien connu de tel de ma vie, tout le monde a peur", affirme-t-elle. "Si le coronavirus arrive à Gaza, beaucoup de personnes mourront." "C'est pire qu'une guerre", ajoute cette femme qui en a connu plusieurs, notamment entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas qui contrôle l'enclave depuis 2007.

L'État hébreu a imposé le blocus depuis cette date et argue qu'il est nécessaire pour contenir le Hamas, considéré comme "terroriste" par Israël et des pays occidentaux. Les critiques affirment qu'il équivaut à une punition collective. Du côté égyptien, et après des années de fermeture quasi permanente, les autorités laissent depuis mai 2018 régulièrement ouvert le poste-frontière de Rafah, la seule ouverture sur le monde des Gazaouis qui ne soit pas aux mains d'Israël.

Des ouvriers palestiniens et des membres du ministère de la Santé de Gaza sur un chantier de construction d'un hôpital en prévision de l'arrivée du nouveau coronavirus dans l'enclave, le 17 mars.
Photo : AFP/VNA/CVN

Selon des données de l'ONU, 61.000 personnes sont sorties de Gaza via Rafah en 2018, souvent pour gagner Le Caire via la péninsule du Sinaï en proie à une insurrection islamiste. Moustapha, le fils de Mme Khatib, comprend "ce que ressentent les gens à travers le monde: depuis 2007, on vit quasiment en quarantaine".

"Gigantesque désastre"

Les Gazaouis se sont toutefois préparés au nouveau coronavirus, après que 529 cas ont été enregistrés en Israël, de l'autre côté de la frontière, et 47 en Cisjordanie territoire palestinien occupé par Israël mais séparé de Gaza. Les écoles de Gaza sont fermées et plus de 2.700 personnes sont déjà confinées chez elles, la plupart après leur retour d'Égypte touchée par le virus.

Et dans le sud de la bande de Gaza, près de la frontière avec l'Égypte, le Hamas construit 1.000 chambres d'isolement. Mais l'enclave ne dispose pour le moment que de 60 lits en soins intensifs et est confrontée à une pénurie de personnel, s'alarme Gerald Rockenschaub, qui dirige le bureau de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans les Territoires palestiniens.

"Le système de santé a dépéri en raison du blocus. Cela se traduit par une pénurie d'électricité, de médicaments de base et de main-d'œuvre", explique-t-il. Et "plus de 90% de l'eau potable est impropre à la consommation humaine". Israël affirme faire tout son possible pour s'assurer que du matériel médical parvienne à Gaza et avoir facilité l'acheminement de 500 kits de dépistage.

À l'heure actuelle, il autorise la sortie des Gazaouis souffrant d'un cancer ou d'une autre maladie grave pour un traitement en Israël ou en Cisjordanie. Mais il n'est pas clair si une cette autorisation serait maintenue en cas d'arrivée du virus à Gaza. Matthias Schmale prévient : "si l'épidémie en vient à nécessiter plus de 60 lits en soins intensifs, la situation deviendra très difficile et pourrait bien se transformer en un gigantesque désastre".

AFP/VNA/CVN


 

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