03/01/2020 18:07
L'Arabie saoudite, qui accueille le rallye Dakar pour la première fois en janvier, affiche la volonté croissante de se faire un nom dans le milieu du sport, avec l'idée d'y recourir comme levier pour améliorer son image sur la scène internationale.
>>L'Arabie saoudite compte faire du Dakar une vitrine pour son tourisme
>>Le rallye Dakar ouvre, le 5 janvier, "une nouvelle page" en Arabie saoudite

Le Prince Abdulaziz bin Turki al-Saud, président de l'Autorité générale des Sports de l'Arabie saoudite, en conférence de presse à Qiddiya, le 16 décembre 2019.
Photo : AFP/VNA/CVN

Ces derniers mois, le royaume ultra conservateur a sensiblement accéléré ses investissements dans le domaine sportif, où ses temps de passage affichent un net retard sur ses concurrents régionaux, les Émirats arabes unis et surtout le Qatar.

Fin décembre, Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers de la Juventus Turin ont foulé la pelouse du stade de l'université du Roi-Saoud à Ryad pour la Supercoupe d'Italie. Du 8 au 12 janvier, viendra le tour de Lionel Messi, à l'occasion de la Supercoupe d'Espagne, deux mois après une première prestation de la superstar argentine lors d'un match amical contre le Brésil.

En cette fin d'année, le pays a également accueilli la star de la boxe Anthony Joshua, une épreuve de Formule électrique, un tournoi exhibition de tennis ou encore des combats de catch.

Mais l'un des plus gros coups en date reste l'organisation, du 5 au 17 janvier, du Dakar, qui se déroulait depuis plus d'une décennie en Amérique du Sud et doit rester dans la région pour les cinq prochaines années.

Dans sa course au leadership au Moyen-Orient, Ryad a choisi de faire lui aussi du sport un instrument de "soft power", sous l'impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, qui a engagé le royaume dans une politique de diversification de ses ressources, et de relative ouverture.

Diplomatie, sport et tourisme 

Tracé de la course rallye du Dakar 2020 en Arabie Saoudite du 5 au 17 janvier.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Il y a une politique très offensive pour accueillir de grands événements sportifs, pour faire venir des personnes (...), pour diffuser une autre image de l'Arabie saoudite partout dans le monde", explique Carole Gomez, chercheuse à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Mise en place à partir de 2015-2016, cette "diplomatie sportive" s'inscrit dans le cadre d'un vaste programme intitulé "Vision 2030" qui a pour objectif de diversifier les ressources du royaume, à ce jour ultradépendant du pétrole, rappelle-t-elle.

En investissant dans le sport, et à la faveur de retombées positives pour son image, Ryad espère notamment donner du poids à sa récente offensive touristique : le pays a commencé à délivrer des visas touristiques en 2019, à grand renforts de publicités.

"Carte postale" 

Dans cette optique, l'organisation du Dakar, avec ses images de bolides fonçant dans des déserts immaculés et diffusées dans 190 nations, apparaît comme une aubaine. "L'idée est de vanter les beautés des paysages, les infrastructures qui peuvent vous accueillir si vous venez en voyage, et de faire une carte postale de l'Arabie saoudite", résume Carole Gomez.

Pour Quentin de Pimodan, expert du royaume sunnite à l'Institut de recherche pour les études européennes et américaines, pas de doute : "Le rallye Dakar va servir l'Arabie saoudite comme le Tour de France sert la France". "Il mettra en valeur les paysages et le patrimoine au moment où le royaume s'ouvre aux touristes internationaux".

Les conditions contractuelles de ce Dakar en Arabie saoudite ne sont pas connues dans le détail. Mais, s'ils sont conscients du caractère controversé de leur choix, les organisateurs préfèrent louer la "volonté d'ouverture" de Ryad, alors qu'un tel événement n'aurait pu se tenir sans les réformes voulues par Mohammed Ben Salmane.

"Il sera intéressant de voir comment ça se déroule, comment c'est vécu, quelles sont les retombées et les suites", fait valoir Carole Gomez. Le Dakar saoudien va-t-il susciter enthousiasme ou critiques parmi les compétiteurs et les suiveurs ? "C'est cela qui permettra de voir si c'était ou pas une fausse bonne idée".


AFP/VNA/CVN
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