31/12/2016 21:13
Pour 2017, sa dernière année au pouvoir à Cuba, Raul Castro aurait pu rêver mieux : l'économie de l'île est au ralenti, son grand allié, le Venezuela, reste plongé dans la crise et Donald Trump entre à la Maison-Blanche.
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Le président cubain Raul Castro (droite) et le président vénézuelien Nicolas Maduro, le 14 décembre 2016 à La Havane.
Photo : AFP/VNA/CVN

Selon les chiffres officiels dévoilés cette semaine, en 2016, le PIB cubain a reculé de 0,9%, passant dans le rouge pour la première fois en 23 ans et marquant un brutal coup d'arrêt après la croissance de 4,4% en 2015.

Cela "nous situe dans un scénario impossible à inverser à court terme" et qui s'accompagnera de "fortes restrictions", a prévenu le ministre de l'Économie, Ricardo Cabrisas.

En novembre, Fidel Castro, le père de la révolution cubaine, est décédé à 90 ans, et son frère Raul a déjà prévenu qu'il quitterait le pouvoir en 2018, sans donner d'indices sur son possible successeur.

"La dernière année de présidence de Raul Castro sera l'une des plus difficiles en termes de politique économique depuis son arrivée" aux manettes en 2006, estime l'économiste cubain Pavel Vidal, de l'Université Javeriana, en Colombie.

Dans un contexte de faible croissance mondiale, Cuba a ses propres démons à affronter : le paiement d'une dette extérieure renégociée, l'incertitude politique au Venezuela - son principal partenaire économique -, la chute des prix et de la production du sucre et du nickel - ses produits-phares - et la lenteur des réformes pour promouvoir l'entreprise privée et l'investissement étranger.

"À cette équation complexe s'ajoutent les incertitudes quant à la politique que suivra l'administration Trump" à son arrivée à la Maison-Blanche le 20 janvier, souligne Vidal.

Car le président élu républicain pourrait freiner voire rétrocéder le rapprochement historique entrepris fin 2014 entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide.

De telles décisions auraient des conséquences non seulement diplomatiques mais aussi économiques en termes d'opportunités au-delà du tourisme, activité principale de Cuba.

"La roulette russe"

L'OPEP, réunie à Vienne, parvient à un accord pour réduire sa production de 1,2 million de barils par jour.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le gouvernement cubain, lui, entrevoit la reprise dès 2017, prédisant une croissance de 2% en se fondant sur l'espoir que "la situation de l'économie vénézuélienne s'améliore après les dernières hausses du prix du baril de pétrole", selon le ministre de l'Économie.

En 2016, le Venezuela, plongé dans une profonde crise liée à la chute des cours du pétrole, sa principale richesse, a réduit de 40% son approvisionnement en brut à Cuba, qui atteignait auparavant les 100.000 barils par jour.

En conséquence, Cuba a dû restreindre sa consommation énergétique, souffrant aussi de recevoir moins de ressources pour ses services médicaux.

Mais beaucoup d'analystes jugent peu probable que les membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont le Venezuela, respectent l'accord de réduction de la production, destiné à relever les cours.

"Je doute que cela devienne réalité", déclare Jorge Piñon, expert pétrolier cubain de l'Université américaine d'Austin au Texas, car les ventes de brut représentent 70% des revenus des membres de l'OPEP.

Pour lui, lier la reprise de l'économie cubaine à la hausse du pétrole vénézuélien, c'est comme "jouer à la roulette russe".

Cuba mise aussi sur de plus grandes entrées de capitaux étrangers. Mais la bureaucratie a d'ores et déjà empêché d'atteindre l'objectif annuel de 2,5 milliards de dollars.

Même Raul Castro a exprimé sa frustration. "Nous ne sommes pas satisfaits dans ce domaine", a-t-il déclaré mardi 27 décembre, appelant à accélérer les procédures mais mettant en garde : "Nous n'allons pas et nous n'irons pas vers le capitalisme, c'est totalement exclu".

Le redémarrage de l'économie cubaine dépendra donc, en grande partie, de l'avancée de la timide ouverture impulsée ces dernières années par le gouvernement.

Mais pour plusieurs experts cubains, dont l'économiste Carmelo Mesa-Lago, de l'Université américaine de Pittsburgh, nombre de ces réformes, censées oxygéner l'économie de l'île, sont au point mort voire, "dans certains cas", "en recul", reflet de la méfiance de certains hauts dirigeants castristes vis-à-vis de cette ouverture.

AFP/VNA/CVN

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