09/10/2018 16:51
Créée en 2013, nhà chông lu (maison résistant aux tempêtes), est une association qui intervient dans des régions touchées par les conséquences du changement climatique telles que les typhons, les inondations et les ouragans. Il s’agit d’un programme de construction de maisons sécurisées, car adaptées aux particularités régionales, destiné aux défavorisés tout en réduisant leur vulnérabilité et renforçant leurs moyens de subsistance.
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"Maison flottante" type à Tân Hoa, Quang Binh.

"Jusqu’à la fin de cette année, le nombre de maisons de ce type construites dans les régions à risque s’élève à 700", explique Jang Kêu, créatrice de Nhà Chông Lu.

D’une photo fortuite à la création
d’une campagne s’étendant à l’échelle nationale


Régulièrement exposé aux catastrophes naturelles, le Vietnam est en alerte vis à vis du changement climatique. Chaque année, le pays affronte au moins  deux tempêtes. Qu’elles soient grandes ou petites, les dommages humains et matériels causés  sont toujours importants.
 
"Le changement climatique créera progressivement des impacts plus graves dans l’avenir, plus intenses et beaucoup plus fréquents. La situation s'aggrave  … nous avons déjà pu le constater lors de la dernière inondation meurtrière en 2011,… les logements ont été ravagés, la communauté locale a été touchée, il s’agit d’une question sérieuse à laquelle il faut répondre!... Les experts disent que les caractéristiques de la crue ont changé, elle est devenue plus féroce. Mais actuellement, les habitants ne sont pas obligés de déménager, ils ne seront pas déplacés, il y a des moyens pour eux de s’adapter…", martèle Andrew White, directeur régional de l’Union internationale pour la conservation de la nature au Vietnam.

Pham Thi Huong Giang, créatrice et directrice de Nhà chông lu.
Engagée dans des actions humanitaires depuis ses années à la fac, Pham Thi Huong Giang (Jang Kêu), créatrice de Nhà chông lu, n’a pas pu s’empêcher d’agir face aux problématiques actuelles du pays. Depuis la création de Nhà chông lu, son nom revêt un caractère iconique dans l'humanitaire via différents interviews auprès des médias  "C’était en 2013, par hasard, j’ai vu une photo d’une maison avec une structure spécifique mais très simple qui tenait bien debout après la tempête. Après m'être renseignée sur le coût de construction, qui est très abordable, j’ai tout de suite eu une idée, pourquoi ne pas construire une maison en s’appuyant sur la collaboration communautaire?", relate-t-elle au Bao Moi.

Avec son groupe d’amis comprenant des architectes et des artistes, le premier concert de solidarité de My Linh a été organisé, permettant de construire les premières maisons résistantes aux inondations à Hà Tinh, une province  au Centre du Vietnam. Depuis, l’ONG a élargi  son champ d’action dans les régions les plus risquées du Nord jusqu’au Sud du pays telles que Quang Ninh, Hà Tinh, Quang Binh, Quang Nam, Tây Nam Bô.

Construire en fonction du climat tout en protégeant
la vie des habitants des intempéries


Aujourd’hui, Nhà chông lu a déjà mis en place 8 modèles de construction. L’équipe d’architectes propose des modèles dans lesquelles la sécurité est assurée, tout en s’adaptant à l’état des lieux, aux particularités régionales, aux souhaits des bénéficiaires et aux catastrophes naturelles que rencontre chaque région telles que les inondations, les glissements de terrains, les ouragans, et les cyclone.

"Avec une longueur de côtes s’étendant sur plus de 3.400 km, le problème auquel on fait face n’est donc pas le même suivant la zone dans laquelle on intervient. Dans ces régions, on vise à mettre en place des modèles qui font preuve de leurs résultats immédiats afin de créer la confiance auprès des bénéficiaires et des collectivités locales. Leur spécificité consiste à flotter automatiquement à l’arrivée des eaux de crue, ce que l’on appelle +maison flottante+. En revanche, dans le  delta du Mékong, les effets du changement climatique ne sont pas flagrants aux yeux des habitants. Ils sont en effet rarement touchés par des violentes tempêtes, ils n’y sont ainsi pas préparés.  L’augmentation du niveau de la mer cause la salinisation des eaux, les sécheresses et les inondations dans certaines régions du delta. Le modèle d’habitat est donc différent de celui des autres régions", explique Trân Huu Khoa, architecte de Nhà chông lu.
                         
Et d'ajouter que: "C’est l’aspect changeant que l’on voit sur le long terme. En même temps, on ne peut pas savoir à quoi ressembleront les nouvelles techniques de construction dans l’avenir. D’abord, on essaye de résoudre des problèmes visibles aujourd’hui et de s’y adapter. On accompagne les habitants dans notre nouvelle conception de construction tout en les sensibilisant à son efficacité  sur le long terme. Mais nous ne traitons pas directement du changement climatique car cela les intéresse moins. Par exemple, pour éviter l’inondation, le sol devrait être surélevé au moins d’un mètre par rapport à la terre, au lieu d’utiliser le sable au niveau du sol, on construit des piliers en béton. Le coût de construction se trouve donc diminué, ainsi on réduit au fur et à mesure les glissements de terrain dû à l’exploitation du sable.  Les espaces vert de l’habitat sont également à protéger, on sensibilise les gens à replanter davantage d'arbres autour de leurs maisons comme autrefois». 

"Ma maison était déchirée, j’avais tellement envie de construire une nouvelle maison, mais ce n’était pas facile, et aujourd’hui, ils m’en ont offerte une bien couverte. Je suis très contente et  émue à la fois. Je ne sais plus quoi dire, je suis très reconnaissante", explique Hà, une bénéficiaire de Nhà chông lu à Hâu Giang lors de l’inauguration de sa maison le 16 mai dernier.

Ensemble, on peut changer le monde

La remise de 50 maisons aux villageois de Huong Khê, Hà Tinh, en décembre 2017.

Jang Kêu considère que "la créativité est ma religion". La femme cherche toujours à trouver une voie de développement durable pour son peuple. Selon elle, le fait d’accorder de l’aide en argent, vêtements ou n’importe quelle autre aide matérielle aux vulnérables n’est pas une solution permanente. C’est ce qui crée la passivité chez les gens. Ils attendent uniquement l’aide sans faire d’efforts.

Partant de cette idée, en matière de financement, les bénéficiaires devraient participer à hauteur minimum de 50 pourcents du coût de construction. Le profil est donc très sélectif. L’association a pour objectif non seulement d’assurer la sécurité de l’habitat et d’engager les gens dans leur subsistance, mais aussi de valoriser leur autonomie "ainsi, ils auront confiance en eux, ce sont eux qui contribuent à construire leur propre maison et à changer leur vie".

Quant à la collecte de fonds, Nhà chông lu a lancé une campagne de dons en ligne via sa plateforme sous forme de financement participatif. L’ONG a également organisé de nombreux événements tels que des ventes aux enchères de tableaux ou des concerts solidaires dans lesquels les artistes se sont engagés avec ardeur et dévouement. "Je préfère mettre de la beauté dans notre action plutôt que des images misérables pour faire pleurer les gens. Concrètement pour nos ventes aux enchères solidaires, l’artiste peut vendre son œuvre, la personne qui l’aime peut l’avoir et on touche la moitié du prix. Le reste revient à l’artiste car, pour moi, les artistes ont besoin de manger. Alors, le lien entre le créateur de beauté et l’esthète est tissé" déclare-t-elle à Vietnamnet

Sur sa plateforme, l’association lance des produits solidaires à petit prix tels que des T-Shirt Nhà chông lu, des parapluies ou des sacs à dos. Cela permet d’ores et déjà de toucher des donateurs avec un petit budget et c’est pour une bonne cause !

Une vente aux enchères organisée par Nhà chông lu.

En outre, l’ONG s’implique dans l’insertion sociale et professionnelle. Cela consiste à embaucher des travailleurs locaux dans la construction. Elle utilise des matériaux que l’on  trouve facilement sur place dans le but de réduire l’empreinte écologique. Tout cela permet de créer une cohésion sociale et bien sûr de faire vivre la communauté locale.

Si on y croit?

Ce n’est pas qu’un feu de paille. La passion de cette femme est d’autant plus grande qu’elle souhaite développer ce modèle de maison sur les 3.400 km de littoral du pays. Chaque collectivité locale dans les zones à risque pourra disposer de ces logements résilients. Le tout en se basant sur la collaboration sociale, l’altruisme et le partage de la beauté. Qu’il n’y ait plus de famille perdant sa maison à la saison des tempêtes! Que l’aspect écologique soit ancré dans la conscience du peuple! Il ne s’agit pas de savoir si on peut y arriver mais plutôt si on y croit !

Étant non seulement créatrice et directrice de Nhà chông lu, Pham Thi Huong Giang (Jang Kêu) est aussi à la tête du GroupeG Asia Pacifique basé à Singapour. Récemment, elle a démarré une  nouvelle campagne  appelé "Hanh Phuc Xanh" (Bonheur vert) qui porte sur la création d’un monde plus écologique en plantant plus d’arbres et sur la valorisation du lien entre l’humain et l’environnement. Faisant partie de la génération du "baby-boom" née après la guerre, cette jeune femme a inspiré un bon nombre des jeunes de la génération actuelle.

Texte et photos: Nguyên Chi Phuong - Jang Kêu/CVN
 
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