20/12/2019 13:04
Avec le souhait de "changer de vie", beaucoup de travailleurs vietnamiens partent clandestinement pour l’étranger. Ils se confrontent alors aux dangers et aux conséquences néfastes du travail illégal. Certains ont même sacrifié leur vie.
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Les travailleurs vietnamiens au poste-frontière de Ta Lung, dans le district de Phuc Hoà, province de Cao Bang.
Photo : VNA/CVN

Les personnes "sans-papiers" ne bénéficient d’aucune protection législative, elles prennent donc des risques importants et peuvent même mettre leur propre vie en péril dans le seul but de rejoindre des pays miroitants de meilleures conditions de vie.

Les dangers sont nombreux : conditions de sécurité et de travail extrêmement précaires ; pression excessive et exploitation ; non-paiement des salaires ; confiscation des passeports et papiers personnels…

Une fois le réseau de migration illégale découvert par les autorités, les immigrés clandestins sont expulsés vers le Vietnam. C’est pourquoi ces réseaux sont souterrains et les travailleurs évitent de se contacter entre eux.

Cependant, pour gagner mieux leur vie et rembourser les dettes accumulées pour payer ce "voyage illégal", de nombreux travailleurs "sans-papiers" sont forcés d’accepter des emplois clandestins à l’étranger.

Selon les récentes statistiques du ministre de la Police, chaque année, environ 3 millions de Vietnamiens partent pour l'étranger et entrent dans le pays par voies illégales. Ces trafics ont lieu en majorité aux frontières entre le Vietnam et la Chine (dans 75% des cas), le Cambodge et le Laos.

Des leçons chères payées

Nông Thi D, née en 1990, hameau de Ban Mom, commune de Dàm Thuy.
Photo : VNA/CVN

Accompagnés des cadres et des soldats du poste-frontière de Dàm Thuy, du district de Trung Khanh, dans la province de Cao Bang frontalière avec la Chine, nous rendons visite à la famille de Nông Thi D (née en 1990, dans le hameau de Ban Mom, de la commune de Dàm Thuy). Son mari, parti pour la Chine afin de trouver un travail complémentaire, est décédé début 2016.

"Composée de cinq membres, ma famille est l’une des plus pauvres du hameau. En raison de son faible niveau de formation, mon mari n’a pas pu trouver un emploi dans les usines locales. Donc, quand il n’était pas occupé avec les travaux champêtres, il partait pour la Chine pour y travailler en tant que saisonnier agricole, coupeur de canne à sucre pour être exacte. Il est décédé suite à un accident de travail en Chine. Ma famille a perdu beaucoup de temps et d'argent pour ramener ses cendres au Vietnam", raconte Nông Thi D.

Nông Thi M. (belle-mère de Nông Thi D.) regrette : "Je suis vieille et malade, les deux enfants sont petits. Suite à la mort de mon fils, Nông Thi D. devient le pilier de la famille. Je sais que la migration transfrontière illégale est une violation de la loi et comporte de nombreux risques, mais mon fils n’a pas eu le choix, il devait rapporter assez d’argent pour que la famille puisse survivre".

Le cas de la famille de Nông Thi M. n’est pas isolé dans la commune de Dam Thuy.

Dans le hameau de Phac Cat, Ly Van N. a perdu son enfant en 2012 après son départ en Chine pour le travail. Quelques temps après le décès de son fils, sa belle-fille faisait à son tour la traversée de la frontière illégalement. Depuis son départ, Ly Van N. n’a reçu aucunes nouvelles de sa belle-fille. Il doit maintenant s’occuper de ses deux petits-enfants.

Des enfants orphelins

"Avec l’absence de leurs parents, mes petits-enfants font face à beaucoup de difficultés matérielles et psychologiques" confie Ly Van N en faisant part de ses regrets : "si mes enfants n’avaient pas franchi illégalement la frontière pour l’étranger, mes petits-enfants ne seraient pas orphelins aujourd’hui".

Dans la commune de Minh Long, du district de Ha Lang, Luong Van P reste choqué de son séjour en Chine. À la fin de 2018, suivant les conseils d’un proche de sa famille, il a vendu 2 cochons et 3 tonnes de riz pour récolter l'argent nécessaire à son voyage avec pour promesse un salaire mensuel de 10 -12 millions de dôngs (450-500 USD/mois).

Ensuite, il a pris les chemins habituels traversant la frontière en direction de la Chine à l’aide d’un réseau de trafic humain transfrontalier, avant d’atteindre la province de Guangdong. Là-bas, Luong Van P et un certain nombre de saisonniers vietnamiens travaillaient dans une plantation de cannes à sucre. Sous prétexte qu’ils ne parlaient pas chinois, les salaires des travailleurs vietnamiens ont été réduits à 60 yuan (soit environ 180.000 dôngs) par jour.

Les "sans-papiers" vietnamiens travaillaient dans la plantation du matin jusqu'à tard le soir, dans des conditions de travail pénibles et sans paiement de salaire.

Au cours de leur troisième mois sur place, Luong Van P et 17 autres travailleurs vietnamiens ont été arrêtés par les autorités chinoises pour leurs activités clandestines. Après vérification de leurs informations personnelles et un examen de santé, ils ont été placés en détention pendant près d'un mois avant leur reconduite au poste-frontière du district de Trà Linh, dans la province de Cao Bang. Après 3 mois de labeur en Chine, Luong Van P a perdu 12 kg. "Dorénavant, je reste au Vietnam, je n’ai pas l’intention de repartir en Chine pour y travailler illégalement" conclut-il.

Des solutions pour lutter contre la migration illégale

La sensibilisation du public aux conséquences de la migration illégale transfrontière dans le district d’Ha Lang, province de Cao Bang (Nord).
Photo : Phong Chuong/CVN

Afin de lutter contre la migration illégale, les comités du Parti et les autorités locales vont se coordonner avec les forces intersectorielles telles que la police, les gardes-frontières ou les syndicats... afin de renforcer la gestion et la prévention de ce trafic humain.

Dernièrement, les provinces frontalières du Vietnam offrent davantage de formations professionnelles afin que les travailleurs locaux disposent de plus de qualifications, en particulier les victimes de la traite d’êtres humains et notamment les femmes et les enfants.

Ces provinces accordent des prêts à taux préférentiels pour mettre en place un modèle économique en faveur des jeunes pour qu’ils puissent ainsi sortir de la pauvreté et accéder à des conditions de vie décentes.

En outre, les procédures administratives sont remaniées pour simplifier l’accès aux laissez-passer et aux passeports et limiter ainsi les entrées et sorties illégales...

Le Vietnam et ses pays voisins, et notamment la Chine, ont signé des accords de coopération dans la gestion de la main-d'œuvre transfrontalière pour mettre fin à la la migration illégale.

Par exemple, en 2018, un protocole d'accord entre le Comité populaire de Cao Bang et la ville de Sung Ta, province de Guangxi (Chine) a été ratifié afin de définir la coopération entre les deux parties dans la lutte contre le trafic humain et le labeur clandestin.

Le Vietnam promeut la migration légale de ses travailleurs à l’étranger notamment au Japon ou en République de Corée et vise d’autres destinations comme l’Australie, les États-Unis, le Canada, la Finlande, l’Italie, la Bulgarie, la Hongrie, le Bruneï, Singapour, ou encore l’Arabie saoudite…

Nguyên Tùng/CVN

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