24/04/2021 09:09
Le COVID-19 a bouleversé la vie des enfants et des familles du monde entier. Le confinement pour arrêter la propagation du virus a exposé les enfants aux risques de châtiments corporels.
>>Les progrès enregistrés dans la réduction de la pratique du mariage d’enfants menacés par le COVID-19
>>Le COVID-19 augmente la pauvreté transitoire au Vietnam
>>Mesures de prévention de la violence familiale dans le contexte de COVID -19
>>L'UNICEF alerte sur la violence "omniprésente" envers les enfants

Un père venu chercher sa fille, le 14 février 2021, après ses 14 jours dans la zone de quarantaine de l’École primaire de Xuân Phuong à Hanoï.
Photo : Tuân Anh/VNA/CVN

Selon le sociologue Murray Straus (2009), "le châtiment corporel est l’utilisation de la force physique avec l’intention de faire subir à l’enfant de la douleur, mais sans blessure, dans le but de corriger ou de contrôler son comportement". Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a, quant à lui, détaillé les différentes formes de cette pratique : "La plupart de ces châtiments donnent lieu à l’administration d’un coup (tape, gifle, fessée) à un enfant, avec la main ou à l’aide d’un instrument (fouet, baguette, ceinture, chaussure, cuillère en bois, etc.)".

Le confinement augmente les risques de violence

Selon l’UNICEF, la violence domestique a augmenté de 30% à 300% dans de nombreux pays du monde. Au Vietnam, 21 millions d’enfants ont cessé d’aller à l’école et sont restés tout leur temps à la maison. Selon des données du ministère vietnamien du Travail, des Invalides et des Affaires sociales, en avril seulement et pendant le confinement, le 111 - numéro d’urgence pour les enfants en danger - a enregistré plus de 200 appels pour cause de violence domestique et maltraitance sur enfants. Au cours des six premiers mois de l’année, le 111 est intervenu dans 195 cas de violence contre des enfants. La majorité des auteurs de ces violences sont des membres de la famille. Cependant, ces chiffres ne représentent que la partie visible des cas de châtiment corporel.

Cornelius Williams, chef de la protection de l’enfance à l’UNICEF, explique qu’avec la fermeture des écoles, "les parents ont dû mal à trouver un équilibre entre leur vie professionnelle et leurs enfants. En matière de protection des enfants, les risques augmentent". Le 4 juin 2020, face au problème de la violence dans le contexte de la pandémie, l’UNICEF, l’UNFPA, l’ONU Femmes et le ministère vietnamien du Travail, des Invalides et des Affaires sociales ont lancé à Hanoï la campagne "Trái tim xanh" (Cœur bleu) pour sensibiliser à la violence faite aux enfants et aux femmes.

En fait, cette situation existe depuis toujours dans de nombreuses familles vietnamiennes dont la mienne... Selon une enquête publiée en 2017 par l’UNICEF, 68,4% des enfants vietnamiens âgés de 1 à 14 ans ont déjà été violemment punis par leurs parents ou d’autres membres de leur famille.

Le confinement est devenu l’occasion pour moi de trouver la réponse à cette question. En identifiant toutes les causes possibles, j’ai écouté les avis de mes parents, de mon frère et de ma belle-sœur ou des membres de ma famille en général. Il y a sans doute à la base de ce type d’éducation violente un adage connu dans les familles vietnamiennes : "Thương cho roi cho vọt" (Qui aime bien châtie bien). Cela correspond à une méthode d’éducation traditionnelle pour de nombreuses générations de Vietnamiens. Dès lors, l’adage est appliqué sans prise de conscience et de remise en question avisée.

Ainsi, de nombreux parents sont convaincus que cette méthode est efficace. Interrogés sur cette éducation particulièrement sévère, mes parents ont expliqué qu’"il faut utiliser le châtiment corporel pour faire peur aux enfants et les faire obéir rapidement". Cependant, sur le long terme, les enfants ne coopèrent pas plus ou pas mieux. Au contraire, ils deviennent plus agressifs. En effet, de nombreuses études ont montré qu’un enfant régulièrement puni par la violence peut souffrir de troubles sérieux : difficultés d’apprentissage, difficultés sociales, anxiété, stress…


La violence peut amener un enfant à manquer d’empathie et à devenir lui-même un agresseur, avec le risque de reproduire ce qu’il a subi sur son entourage et ses futurs enfants. Ainsi, nombreuses sont les conséquences graves mais méconnues sur la santé physique et mentale de l’enfant victime de violences. Contrairement à mes parents, mon frère et ma belle-sœur connaissent mieux les conséquences négatives des châtiments corporels mais répètent tout de même ces derniers. "Parfois, j’ai encore du mal à contrôler ma colère", confie ma belle-sœur. Cela peut s’expliquer par un manque d’expériences dans l’éducation des enfants et de connaissances sur leur développement.

Pour réduire le châtiment corporel

Après avoir mieux compris les causes et les conséquences du problème, un processus d’évolution des consciences a débuté au sein de ma famille. Pendant le confinement, nous avons appris et partagé des connaissances pédagogiques grâce à diverses activités, telles que regarder ensemble des programmes éducatifs, lire des livres sur la punition positive, participer à des séminaires en ligne… Malgré la fin des mesures de distanciation sociale, je ne suis plus le seul de ma famille à me renseigner sur l’éducation des enfants.

Enfin, il faut concéder que l’adage "Thuong cho roi cho vot, ghét cho ngot cho bùi" n’est pas complètement erroné. Le problème est que les adultes ne l’appliquent pas correctement.  Cette méthode peut être efficace dans des cas extrêmes où les enfants répètent des comportements dangereux, des mauvaises habitudes et n’ont aucune intention de changer.  Lorsque les enfants font de petites erreurs, les parents peuvent appliquer la punition positive.  Ensuite, afin d’éduquer efficacement leurs enfants, ils doivent s’informer et améliorer leurs connaissances sur les caractéristiques du développement de l’enfant et apprendre à l’écouter.

Nguyên Phuong Nga/CVN
 
Réagir à cet article
Commentaire:*
E-mail:*
Nom:*
Espace francophone
Un ingénieur passionné de lego