23/02/2019 09:06
Hormis l’agitation qui précède le Têt traditionnel des Vietnamiens, la semaine a été morne, peu fertile en imprévus digne d’être soulignés. Le jour se lève toujours le matin, et la nuit tombe toujours le soir, ici comme dans tous les autres pays du monde.
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Des touristes étrangers dans la rue Hàng Gai, dans le Vieux quartier de Hanoï.
Photo: CTV/CVN

Sauf peut-être que lorsque les Occidentaux se disent "Bonjour" (Good morning, Guten tag, Buenos dias…) et "Bonne nuit" (Good night, Guten nacht, Buena noche…), les Vietnamiens se disent "Xin chào bạn" (littéralement: Je te salue) et "Ngủ ngon" (littéralement: Bon sommeil). Intéressant, mais pas de quoi en écrire une page entière!

Confortablement installé dans le sofa du salon (c’est ainsi que l’on désigne le canapé, ici), je me suis plongé dans une somme anthropologique. Je me permets de souligner, pour les peu familiers de la langue française, qu’il ne s’agissait pas d’effectuer une addition de toutes les cultures passées, présentes et à venir du globe terrestre. Dans le cas présent, "somme" signifie un ouvrage important qui fait la synthèse des connaissances dans un domaine.

Question de culture

Dit plus simplement, je m’apprête à ingurgiter 800 pages sur l’identité de la culture vietnamienne, écrit par un érudit vietnamien! Et, dès les premières pages, ce que j’y découvre et tellement succulent, que je ne résiste pas au plaisir de vous en faire part. Non, ne repliez pas votre journal tout de suite, en vous disant: "C’est dimanche et je n’ai pas envie de fatiguer mes neurones, avec des sujets trop sérieux!".  Accordez-moi le temps de vous montrer que, comme Monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir, depuis des années, je vous démontre par l’exemple, la réalité de cette identité au quotidien.

Commençons par le début. Comme pour la culture des légumes, la culture d’une population est due aux conditions naturelles: pays chauds et humides de plaines fertiles en Orient, pays froids et secs de prairies immenses en Occident. D’où   culture sédentaire et agricole à l’Est qui crée le paysan, et culture nomade et pastorale à l’Ouest qui crée le pasteur. Or, le paysan, attaché à sa terre, vit en communauté et doit inventer une vie en bonne intelligence, sur la base de bons sentiments: "Một bồ cái lý không bằng một tí cái tình" (Un tas de raisonnements ne vaut pas un soupçon de sentiment).

Brusquement, c’est l’illumination! Je comprends pourquoi mes voisins sont toujours aimables avec moi, pourquoi je ne peux pas les croiser, sans qu’ils me demandent où je vais, pourquoi je ne peux pas rester tranquille plus de 5 minutes, sans que quelqu’un vienne me demander: "Comment ça va?".

C’est simplement parce que je fais partie d’une culture paysanne, même au milieu d’une ville de plusieurs millions d’habitants… Plus loin, l’auteur ajoute que pour vivre en s’appuyant sur les sentiments, dans les relations sociales, l’homme doit savoir respecter son prochain et le traiter avec égalité. Bon, là, je m’interroge! J’imagine mal la notion de respect, quand on peut faire du bruit à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, sans se soucier de la fatigue de son prochain, ou quand on piétine sauvagement et impunément, celui qui nous précède dans une file d’attente?

Tiens, j’ai un petit élément de réponse à la page suivante, sous forme d’un dicton: "Ở bầu thì tròn, ở ống thì dài" (Dans une gourde, on est rond, dans un tube, on est long). Voilà donc, cette extraordinaire faculté du vietnamien à d’adapter en toute circonstance, s’arrondir ou s’allonger selon…

Être à la page pour découvrir la culture vietnamienne. Photo: CTV/CVN

Pas étonnant cette souplesse surprenant de nombreux occidentaux qui tentent d’imiter leurs hôtes vietnamiens, en voulant s’accroupir, pieds posés à plats sur le sol, et fesses sur les talons, et dont les tentatives s’achèvent souvent en une chute arrière lamentable qui illustre bien, pour cette situation en tout cas, la suprématie du sentiment sur la raison!

Bonnes relations

Passionné par ma lecture, je dévore la moitié du livre, et j’en arrive à ces lignes: "Dans le domaine des relations, le Vietnamien a l’habitude de chercher à savoir, d’examiner et d’apprécier… car à cause du caractère communautaire, le Vietnamien se doit de s’intéresser aux autres". Révélation!

Voilà pourquoi, quand je rencontre une personne pour la première fois, je dois décliner, outre mon nom, ma situation de famille, le nombre et le sexe de mes enfants, ma profession, mon lieu de naissance, mon âge, mon tour de taille, mon poids, l’année de ma première dent et ma couleur préférée! Bon, d’accord j’exagère un peu… mais à peine.

Mais maintenant, je comprends mieux cette apparente curiosité: c’est parce qu’on s’intéresse à moi! Pourquoi les Occidentaux dépensent-ils des fortunes en psychanalyses, pour guérir de leurs frustrations affectives, alors qu’il leur suffirait de payer un billet d’avion pour venir au Vietnam, et s’apercevoir qu’ils ne sont pas seuls au monde et qu’il existe sur terre des personnes capables de leur porter attention? Surtout, quand l’auteur dit: "Dans la manière d’entrer en relation, le Vietnamien aime la délicatesse, la réserve et respecte la bonne intelligence…".

J’ai l’impression de toucher au Nirvana de la relation sociale. Sauf que je retombe sur terre un peu plus loin, quand l’érudit me dit que la caractère communautaire dote le Vietnamien du respect de l’honneur: "Đói cho sạch, rách cho thơm" (Tu peux avoir faim, mais reste propre; tes vêtements peuvent être déchirés, mais qu’ils sentent bon!). Et voilà, nous y sommes. Il y a peu, je vous parlais de l’entêtement que je constatais parfois, où personne ne veut céder devant l’autre. Derrière cette attitude, se cache la nécessité de ne pas perdre la face, et surtout de ne pas alimenter une rumeur au sujet de sa réputation.

En lisant cette phrase, je pense à certains étrangers, immigrés, expatriés ou touristes, qui se comportent ici en terrain conquis, négligés, peu aimables, critiquant tout, cherchant à s’imposer... S’ils savaient combien de fois ils peuvent perdre la face dans une journée, je pense qu’ils apprendraient à s’arrondir ou à s’allonger!

Finalement, la découverte culturelle c’est facile: il suffit de lire dans les gens comme dans un livre! 

Gérard Bonnafont/CVN
 
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