13/10/2019 15:10
Les forces turques et leurs supplétifs syriens sont entrés samedi 12 octobre dans une ville kurde stratégique du nord syrien à la faveur de violents bombardements, la Turquie se disant déterminée à poursuivre son offensive malgré le tollé international et les menaces de sanctions américaines.

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Des supplétifs syriens de l'Armée turque, qui a lancé une offensive contre les secteurs kurdes dans le Nord de la Syrie, regardent des nuages de fumée noire au dessus de Tal Abyad, le 12 octobre. Photo : AFP/VNA/CVN


À Ankara, le ministère de la Défense a affirmé que les forces turques avaient capturé Ras al-Aïn, ville frontalière de la Turquie. Mais selon une ONG, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), et un correspondant de l'AFP sur place, les forces turques y sont entrées mais les combats se poursuivent.

Voisine de la Syrie, la Turquie veut chasser de secteurs frontaliers la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), qu'elle qualifie de "terroriste", pour créer en territoire syrien une "zone de sécurité" de 32 kilomètres de profondeur qui séparerait sa frontière des régions kurdes.

Elle souhaite installer dans cette zone une partie des 3,6 millions de réfugiés syriens vivant sur son sol.

"Résistance féroce" 

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition arabo-kurde ayant combattu les jihadistes avec le soutien des 
États-Unis, ont appelé Washington à fermer "l'espace aérien face à l'aviation turque". Évoquant un "coup de couteau dans le dos", elles ont accusé les Américains de les avoir "abandonnées" en retirant des soldats des zones qui sont maintenant attaquées.

Samedi 12 octobre, neuf civils ont été "exécutés" au sud de la ville frontalière de Tal Abyad par des rebelles proturcs participant à l'offensive d'Ankara, selon l'OSDH.

Parmi les victimes figurent une responsable d'un parti politique, Hevrin Khalaf, et son chauffeur, selon un communiqué du Conseil démocratique syrien, bras politique des Forces démocratiques syriennes (FDS), la principale alliance de combattants kurdes et arabes dans le Nord-Est.

Hevrin Khalaf, 35 ans, était membre de la direction du Conseil démocratique syrien et secrétaire générale du parti Avenir de la Syrie.

Ces morts portent à 38 le nombre de civils tués depuis le début de l'assaut mercredi 9 octobre, a indiqué l'OSDH, ajoutant que 81 combattants kurdes avaient été tués.

Ankara a pour sa part annoncé la mort de quatre soldats en Syrie et de 18 civils dans la chute de roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières turques.

Samedi matin 12 octobre, les forces turques et leurs alliés locaux ont lancé l'assaut sur Ras al-Aïn, presque entièrement désertée par ses habitants, selon l'OSDH.

D'après un responsable des FDS, dont les YPG sont l'épine dorsale, "Ras al-Aïn résiste toujours et les affrontements se poursuivent". "Les FDS ont partiellement reculé en raison des violents bombardements mais ont lancé une contre-attaque."

Les forces turques et leurs alliés ont conquis une zone industrielle à la périphérie de Ras al-Aïn, d'après l'OSDH et un correspondant de l'AFP sur place.

Un responsable des combattants syriens proturcs, des ex-rebelles qui combattaient autrefois le régime syrien, a indiqué que leur progression était ralentie "par la résistance féroce des YPG".

D'après les médias turcs, Ankara veut prendre le contrôle d'une bande territoriale longue de 120 kilomètres et profonde d'une trentaine de kilomètres, allant des villes frontalières de Ras al-Aïn à Tal Abyad.

 

Des civils fuient l'offensive turque dans le Nord-Est de la Syrie, près de Tal Abyad, le 11 octobre. Photo : AFP/VNA/CVN


Au total depuis mercredi9 octobre, les forces kurdes ont perdu 27 villages, selon l'OSDH.

Avec le soutien des Occidentaux, principalement les 
États-Unis ou encore la France, les FDS ont été le fer de lance en Syrie de la lutte contre le groupe État islamique (EI), dont le "califat" a été défait en mars.

Dans le cadre de cette lutte, des soldats américains ont été déployés dans des secteurs du nord-est syrien.

"Envoyer des aides urgentes" 

Samedi 12 octobre, les FDS ont estimé que l'opération d'Ankara avait "activé les cellules" jihadistes. Plusieurs pays s'inquiètent du sort des membres de l'EI aux mains des Kurdes.

Dans la nuit de vendredi 11 octobre à samedi 12 octobre, une voiture piégée a explosé près d'une prison dans la ville de Hassaké sans faire de dommages, selon un correspondant de l'AFP. Cette prison abrite des jihadistes, ont indiqué les forces de sécurité kurdes.

Dénonçant l'offensive turque, l'Allemagne a annoncé samedi avoir stoppé la livraison à la Turquie d'armes "qui pourraient être utilisées" contre les Kurdes, avant une décision similaire de la France.

Au Caire, les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe ont appelé au retrait immédiat des troupes d'Ankara.

La veille, les 
États-Unis ont affirmé que le président Donald Trump allait signer un décret permettant le déclenchement à tout moment de sanctions contre la Turquie.

"Peu importe ce que certains disent, nous ne stopperons pas" l'opération, a répondu le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Des ONG ont mis en garde contre un nouveau drame humanitaire en Syrie où la guerre, impliquant de multiples acteurs régionaux et internationaux, a fait plus de 370.000 morts depuis 2011.

Des milliers de personnes, dont des personnalités politiques françaises, ont manifesté samedi dans plusieurs villes de France pour soutenir les Kurdes de Syrie face à l'offensive turque, également dénoncée dans d'autres rassemblements en Europe.


À Jérusalem, plusieurs dizaines d'Israéliens, certains d'origine kurde, ont manifesté devant la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont appelé le gouvernement à soutenir les Kurdes.


AFP/VNA/CVN

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