24/11/2019 18:16
Des milliers de personnes ont à nouveau protesté à Bogota samedi 23 novembre, au troisième jour d'un mouvement contre le président de droite Ivan Duque, qui a en conséquence avancé à dimanche 24 novembre l'ouverture d'un dialogue national annoncée initialement pour la semaine prochaine.

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Des militaires patrouillent dans le centre de Bogota, le 23 novembre 2019. 
Photo : AFP/VNA/CVN 


M. Duque, très impopulaire après à peine plus de 15 mois au pouvoir, a annoncé le début anticipé des consultations, qu'il avait proposées la veille en réponse aux manifestations d'une ampleur inédite et persistantes depuis jeudi 21 novembre.

"Demain, nous débuterons une Conversation nationale avec les maires et les gouverneurs élus" lors du scrutin local d'octobre dernier, a-t-il tweeté, ajoutant qu'il poursuivrait ce dialogue la semaine prochaine avec "différents secteurs sociaux".

Après une nuit de couvre-feu, imposé dans tout Bogota pour la première fois depuis 1977, les protestations avaient repris dans l'après-midi, alors que des équipes municipales nettoyaient les traces de saccages et pillages dans des quartiers populaires du Sud.

Parmi les manifestants, Juan Sebastian Patiño, 32 ans, conseiller commercial, s'est dit prêt à continuer "le temps qu'il faudra". "Nous nous sommes réveillés, le changement est lancé et il ne s'arrêtera pas", a-t-il déclaré à l'AFP.

Dialogue avec les acteurs sociaux 

M. Duque, 43 ans, contesté pour ses politiques économiques, sociales et sécuritaires, a précisé qu'il se réunirait lundi 25 novembre avec la Commission nationale de concertation du travail, qui regroupe les ministres des Finances, du Travail et du Commerce avec des représentants des patrons et des salariés.

"Au cours de la semaine, nous poursuivrons les dialogues avec les différents secteurs sociaux", a ajouté le chef de l'
État, au pouvoir depuis août 2018, mais sans majorité au parlement et dont le Parti, le Centre démocratique, a subi de sérieux revers aux élections locales.

Les syndicats avaient convoqué une grève nationale et des manifestations pour le 21 novembre, appel auquel s'étaient joints étudiants, indigènes, organisations d'opposition, de défense de l'environnement et artistes.

Des centaines de milliers de personnes avaient participé au mouvement par des marches, majoritairement pacifiques, à travers tout le pays.

Tensions avec les forces de l'ordre

"Nous exprimons notre proccupation pour l'usage démesuré de la force de la part de l'Esmad (Escadron mobile anti-émeute) lors d'une manifestation à Bogota", avait un peu plus tôt tweeté le Défenseur du peuple, entité publique de protection des droits.

Depuis jeudi 21 novembre, les affrontements avec les forces de l'ordre ont fait trois morts et près de 300 blessés dans toute le pays.

Quelque 13.000 policiers et militaires ont été déployés dans la capitale. Appuyés par des hélicoptères, ils quadrillaient cette ville de sept millions d'habitants, où les violences se sont soldées par environ 300 arrestations.

"Ces patrouilles sont nécessaires et assurent en outre la tranquillité des citoyens", a déclaré M. Duque, qui pâtit de 69% d'opinions défavorables.

Outre une politique de sécurité focalisée sur le narcotrafic, et une recrudescence de la violence dans certaines régions depuis l'accord de paix de 2016 avec l'ex-guérilla des Farc, le mouvement dénonce des velléités de flexibiliser le marché du travail, d'affaiblir le fonds public des retraites en faveur d'entités privées, et de reculer l'âge de la retraite.

Dans la nuit de vendredi 22 novembre à samedi 23 novembre, Bogota avait pris des airs de ville fantôme et 331 personnes ont été interpellées pour avoir défié l'interdiction de circuler, alors instaurée également à Cali.

Des centaines de personnes avaient défié le couvre-feu, en tapant sur des casseroles et des marmites, notamment pendant plus d'une heure devant le domicile d'Ivan Duque.

Les responsables des pillages et dégradations n'ont pas été clairement identifiés. Mais le maire a nié toute relation avec le mouvement contre M. Duque.

"Ceci n'est pas la grève, ni une marche démocratique, ni un +cacerolazo+. Nous sommes confrontés à une minorité de délinquants qui détruisent la ville", a-t-il argué.

La mobilisation des Colombiens intervient sur fond de climat agité en Amérique latine, avec plusieurs crises, sans dénominateur commun, déclenchées en 
Équateur, puis au Chili et en Bolivie.

AFP/VNA/CVN 

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