17/05/2021 09:07
Les bureaux de vote ont fermé dimanche soir 16 mai à 18h00 (22h00 GMT) au Chili après deux journées historiques où 14,9 millions d'électeurs étaient appelés à élire les 155 rédacteurs de la nouvelle Constitution destinée à promouvoir plus de justice sociale et à refermer l'ère Pinochet.
>>Chili : les rédacteurs de la nouvelle Constitution élus dimanche 16 mai

Une femme vote pour désigner les rédacteurs de la nouvelle Constitution du Chili, à Santiago le 16 mai. Photo : AFP/VNA/CVN

Les premières estimations sont attendues dimanche en début de nuit. Les Chiliens ont également élu leurs maires, conseillers municipaux et, pour la première fois, des gouverneurs régionaux. Le premier enseignement de ce scrutin sera la participation, qui a été faible au premier jour, samedi 15 mai, où seuls trois millions de Chiliens avaient participé au vote (20,44%), selon les données du service électoral.

"Si la participation est faible aujourd'hui (dimanche), on ne peut pas le reprocher à l'offre, qui est la plus vaste et la plus diversifiée depuis le retour de la démocratie. Nous devons reconnaître qu'il existe un abstentionnisme structurel et endémique. Toute une génération qui n'est même plus là", a écrit sur Twitter Claudio Fuentes, un universitaire de l'université Diego Portales.

Les électeurs avaient à choisir parmi 1.373 candidats, dont des acteurs, des écrivains, des professeurs, des travailleurs sociaux, des avocats et des politiciens traditionnels. Les autorités avaient décidé de tenir ces élections sur 48h en raison de l'épidémie de coronavirus, et de reporter le scrutin initialement prévu le 11 avril.

"Cette élection définira la Constitution qui nous guidera pour les 40 ou 50 prochaines années", souligne Claudio Fuentes, universitaire à l'École de sciences politiques de l'université Diego Portales. Ce scrutin est "certainement" le plus important en 31 ans de démocratie, estime-t-il, "un nouveau Chili est en jeu".

Réécrire la Constitution était une des revendications issues du plus grand soulèvement social des dernières décennies, amorcé en octobre 2019 pour réclamer une société plus égalitaire. Elle remplacera celle rédigée en 1980 sous le régime militaire d'Augusto Pinochet (1973-1990).

Espoir de changement

Le changement de la loi fondamentale actuelle, qui limite fortement l'action de l'Etat et promeut l'activité privée dans tous les secteurs, notamment l'éducation, la santé et les retraites, est vu comme la levée d'un obstacle essentiel à de profondes réformes sociales dans un pays parmi les plus inégalitaires d'Amérique latine.

Des électeurs font la queue devant un bureau de vote à Santiago (Chili), le 16 mai. Photo : AFP/VNA/CVN

Selon les sondages, plus de 60% des Chiliens estiment que cette Constitution a créé un système qui profite à un petit nombre de privilégiés. Guillermo Guzman, un architecte de 57 ans, explique être "venu (voter) dans l'espoir d'obtenir un changement pour le pays". "Pour que nous puissions construire une nouvelle constitution bien loin de celle que nous a léguée la dictature".

Ce processus électoral est également le premier au monde à élire une Assemblée constituante sur une base paritaire, avec un nombre égal d'hommes et de femmes. Dix-sept sièges sont réservés aux dix peuples autochtones du Chili. Les Mapuches, communauté la plus importante soit 700.000 des 19 millions d'habitants disposeront de sept sièges, tandis que les Aymaras, qui vivent dans le nord, en auront deux.

Les Polynésiens Rapa Nui, originaires de la lointaine île de Pâques, auront un représentant, tout comme les Quechua, Atacameño, Diaguita, Colla, Kawashkar, Chango et Yagan. Aller voter "est l'occasion pour les Mapuches d'avoir la chance qu'ils nous écoutent vraiment et finissent par reconnaître ce que notre peuple était et est encore", a déclaré Benedicto Huaiquipan, qui a rempli son devoir civique dans la municipalité de Chol Chol, dans le sud de l'Araucanie, vêtu d'un épais poncho mapuche.

L'opposition de gauche, dispersée sur 69 des 70 listes en lice, entend proposer un nouveau modèle pour le pays, avec différents droits sociaux garantis, comme l'éducation, la santé ou le logement. De leur côté, les candidats de la droite au pouvoir regroupés sur une seule grande liste alliée à l'extrême droite défendent le système actuel, qui selon eux a favorisé la croissance économique du pays.

La nouvelle Constitution doit être rédigée dans un délai de neuf mois, prolongeable une seule fois de trois mois supplémentaires. Elle doit être approuvée ou rejetée en 2022 par un référendum à vote obligatoire. Les analystes voient ce scrutin comme un test décisif avant les élections présidentielles de novembre.

AFP/VNA/CVN


 
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