19/10/2019 14:00
L’un des poèmes sur l’automne les plus connus du XIXe siècle est celui de Đinh Nhât Thân, Thu da lu hoài ngâm - littéralement : Chant de l’exilé par une nuit d’automne.
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L'automne - belle et triste saison - a souvent inspiré les poètes.
Photo : CTV/CVN

Dans un pays tropical tel que le Vietnam, la vie obéit au rythme de deux saisons : la saison humide et la saison sèche. Le climat du Sud s’en ressent fortement, au point que le printemps et l’automne n’existent presque pas, de même que l’hiver.

Au Nord, les quatre saisons sont relativement plus nettes, mais l’automne, très bref, ne rappelle que vaguement celui des pays tempérés. N’empêche que les poètes classiques vietnamiens, influencés par les clichés de l’ancienne littérature chinoise, considèrent l’automne comme la saison du souvenir, de la nostalgie, de la rêverie.

Une forme poétique purement vietnamienne

Le poème sur l’automne Thu da lu hoài ngâm (Chant de l’exilé par une nuit d’automne) de Đinh Nhât Thân (1815-1866) était bien connu au XIXe siècle. Docteur ès humanités, ce mandarin l’a composé en prison, arrêté parce qu’il était l’ami de Cao Bá Quát, fin lettré et ardent défenseur du peuple qui s’était révolté contre le pouvoir royal. Après avoir été relâché, Thân a regagné son village pour former de nombreux disciples. Doué d’une grande intelligence et d’une excellente mémoire, il est très versé dans les lettres.

L’automne à Hanoï est toujours très poétique.
Photo : CTV/CVN

Son Chant de l’exilé exprime les sentiments d’un homme condamné injustement qui évoque avec tristesse sa famille et son village natal, dénonçant en cela même le régime féodal arbitraire et corrompu. Comme tout lettré de son temps, il a rédigé en hán classique (idéogrammes chinois) les 136 vers de son poème. Ce qui fait son originalité, c’est qu’il a adopté une forme poétique purement vietnamienne pour le faire, la Song thât luc bát (quatrains de deux vers de 7 pieds, un de 6 et un de 8 pieds) propre à l’accent de la plainte.

Nous traduisons ci-dessous des extraits du poème :

"Je regarde vers la mer immense
Une voile cingle en direction du fort
La nostalgie du village natal me tenaille
Mon cœur porté par la voile vogue sur les flots.
Je regarde vers les montagnes lointaines
Un nuage erre en plein ciel
À penser au village, mon cœur se soulève
Chevauchant le nuage pour voler au-delà des monts.
J’attends en vain l’oiseau messager
Comment dire tous mes tourments et mes peines ?
La cloche de la pagode Diêu Dê sonne à coups redoublés
Le tambour retentit sur l’estuaire, le canon tonne sur les forts.
Les flots tourbillonnent, mes entrailles encore plus
Le paysage est triste, bien moins que mon cœur
Dans le hameau, l’on entend pilonner le riz
Sur le fleuve, les rames martèlent l’eau à longueur de journée.
Malheur à moi, perdu sur une terre étrangère
Quelle tristesse pour celle qui est restée au hameau !
La lampe tremblote au long des nuits
Où est l’éventail qui nous protégeait du soleil ?
Comment retrouver les soirées passées ensemble au clair de lune ?
Cinq veilles durant, elle doit se tourner sur son oreiller.
À qui peut-elle confier ses joies et ses peines ?
Hélas, seule dans la nuit noire, à peine
Commence-t-elle un rêve, que les coqs la réveillent.
Quand les lueurs du couchant éclairent sa chambre
Indécise, elle gagne la véranda, puis monte au balcon.
Au ciel, une hirondelle égarée se lamente
Se peigner la chevelure, se mirer dans la glace
Ne font qu’aggraver sa tristesse.
La voici la nuit sur son métier à tisser
Appelant la servante pour allumer une lampe
Qu’un oiseau de passage lance un cri au loin,
Ses mains lèchent aussitôt la navette
Les veilles passent, aucune lettre n’arrive
… Dehors un grillon module sans fin ses plaintes
Elle pense regagner sa chambre, mais déjà
Les coqs du hameau ont entonné leur chant
… Quittant le perron, elle s’en va au bord du chemin
Les saules éplorés laissent tomber leur chevelure
Les cigales pleurent dans les frondaisons
… Parfois, elle a envie de prendre sa guitare
… Parfois, elle pense : la séparation a trop duré
Peut-être quelque liaison le retient-il ?
Pour un homme habitué à la bonne vie
Les délices de la capitale offrent bien des tentations !
Sinon, pourquoi s’attarde-t-il là-bas
L’automne n’a-t-il pas succédé au printemps ?
Les dames qui s’ennuient au fond des palais roses
Ne refuseraient certes pas un homme de talent
Comment lui dire toute la vérité ?
Exilé, je ne fais que couver ma tristesse
… Par-delà les monts et les fleuves, le sais-tu
Mon cœur t’est fidèle, mais longue est la route".
 
Huu Ngoc/CVN
(Décembre 2004)
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