19/05/2019 17:46
Celles que tissent les Êde de Kmrong Prong A, qui est un village des hauts plateaux du Centre, ont largement de quoi faire tourner la tête aux amateurs… Elles font en tout cas la fierté des tisseuses du cru, dont le savoir-faire est hérité de plusieurs générations, et qui se sont donné pour mission de conjuguer artisanat et modernité.
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H’Trên Eban tisse des brocatelles depuis une bonne vingtaine d’années.
Photo: BVH/CVN

De mémoire d’Êde, on a toujours tissé des brocatelles. C’est une tradition qui remonte à la nuit des temps et qui s’est transmise de génération en génération, et qui continue d’ailleurs à se transmettre, comme l’explique H’Trên Eban, qui exerce depuis une bonne vingtaine d’années.

''Je sais tisser depuis que j’ai 12 ans. Dans ma famille, on compte déjà quatre générations de tisseuses et maintenant c’est à mon tour de transmettre tout ce savoir-faire… '', dit-elle.

Du haut de ses trois décennies passées à tisser, H’Biêk Bya fait figure de sage. Minutie, patience, habileté manuelle… Pour elle, le tissage est bien plus qu’un simple artisanat : c’est un art de vivre à part entière…

Un art de vivre qui a bien du mal à faire face aux assauts de la modernité, cela étant… Ces dernières années en particulier, les tisseuses de Kmrong Prong A ont du ajouter le mot ''concurrence'' à leur vocabulaire et beaucoup d’entre elles s’en seraient volontiers dispensées… Mais pas H’Biêk Bya, qui n’est décidément pas du genre à baisser les bras...

''C’est vrai que les produits s’écoulent lentement, que beaucoup de tisseuses ont du mal à vivre de leur métier… '', constate-t-elle. ''Mais moi, je continuerai, quoiqu’il arrive. Je continuerai à tisser, à transmettre mon savoir-faire… C’est un héritage à part entière…''.

Cette belle obstination, dont fait preuve H’Biêk Bya, constitue sans nul doute un atout professionnel. Peu de gens imaginent en effet à quel point il est long de confectionner une brocatelle. Depuis le choix des matières premières jusqu’à la création des motifs ornementaux, la tisseuse doit s’armer de patience et commencer par se transformer en teinturière: étape aussi indispensable que délicate...

Les étoffes qui naissent ainsi des mains habiles de ces dames sont certes multicolores, mais à dominante rouge lorsqu’elles sont utilisées pour des festivités ou des cérémonies d’invocation aux divinités. Sinon, les costumes Ede sont essentiellement noirs et rouges, deux couleurs auxquelles il faut ajouter le jaune, l’indigo et le vert lorsqu’il s’agit de robes pour les femmes.

Ces dernières années, la ville de Buôn Ma Thuôt, dans l’orbite de laquelle se trouve Kmrong Prong A, a pris un certain nombre de mesures pour sauvegarder le tissage traditionnel et améliorer le sort des femmes Êde. De nombreuses coopératives ont ainsi été créées.

"De nos jours, on ne trouve plus beaucoup de jeunes tisseuses. Beaucoup de jeunes filles ont appris à tisser, mais elles se sont ensuite tournées vers d’autres activités plus rentables... Quant aux plus âgées, n’en parlons pas : celles qui sont encore de ce monde, n’ont bien souvent plus l’énergie qu’il faut… C’est bien, en tout cas, qu’il y ait des coopératives. C’est comme ça qu’on pourra vraiment relancer le métier, je pense", estime Y Bây Kbuôn, le chef du village.  

Eh bien souhaitons aux tisseuses Êde de réussir car ce ne sont pas que de simples brocatelles qu’elles tissent de leurs mains habiles, c’est aussi le rêve d’une vie plus heureuse...
 
VOV/VNA/CVN
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