04/07/2020 21:57
Cela fait maintenant 70 ans que Don Thi Hiêu consacre sa vie à la céramique traditionnelle des Chams. Elle est l’artisane le plus chevronnée de la province de Binh Thuân.

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L'artisane Don Thi Hiêu présente l'art de production de la céramique Cham.
Photo : Vân Duong/CVN


L’artisane Don Thi Hiêu pose ses mains nues sur le tas d’argile. Après une brève conversation avec les visiteurs, alors que le tour se met en marche, elle modèle la terre qui se transforme en œuvre d’art.

Dès que ses mains entrent en contact avec la matière, son attention se porte toute entière sur son travail. Les touristes observent chacun des gestes de l’octogénaire. La magie s’opère : grâce aux seuls mouvements de ses mains, l’artisane donne vie à ce tas informe d’argile et il devient une bassine parfaite en l’espace de quelques minutes, sans l’aide d’aucun moule.

Après avoir terminé son travail, elle se tourne et sourit aux visiteurs. Elle commence à leur raconter sa rencontre avec le métier de la céramique, il y a plus de 70 ans…

Le métier de la céramique fait partie intégrante de la culture des Chams. Le temps qui passe, ce métier se perpétue principalement dans les villages de Bàu Truc et de Binh Duc, des provinces de Ninh Thuân et Binh Thuân. Si Bàu Truc est à présent une destination renommée, Binh Duc reste assez méconnue des touristes.

La céramique de Binh Duc est également appelée la céramique Go (la marmite en langue cham). Le village de métier se trouve dans la commune de Phan Hiêp, du district de Bac Binh, à 65 km de la ville de Phan Thiêt. On peut y admirer les étapes de la production de la céramique traditionnelle des Chams. Autrefois, elle est réservée aux femmes les plus habiles.

Un travail pesant 
 

Les produits de la céramique Cham. Photo : Vân Duong/CVN
 

La maison de Don Thi Hiêu, 82 ans, est aujourd’hui très fréquentée. Mais sa vie n’a pas toujours été aisée, elle raconte que ses parents sont décédés lorsqu’elle était encore très petite. Elle a suivi les artisans de son village pour apprendre les secrets les plus enfouis de l’art de la céramique. Grâce à son habileté et son assiduité, sa technique s’est très vite améliorée. À présent, son talent et son savoir-faire n’ont plus remis en question. Elle a atteint la consécration internationale lorsqu’elle a été invitée, en 1996, à présenter les techniques de cuisson de la céramique de son village lors d’une foire des villages de métiers traditionnels au Japon. Les artisans japonais, chinois, indiens, thaïlandais et philippins…  ont tous exprimé leur admiration pour la technique de cuisson en plein air de Mme Hiêu.

La production de la céramique telle qu’elle est pratiquée à Binh Duc nécessite plusieurs étapes complexes. La première étape est la sélection de l’argile. Les artisans doivent se rendre à plus de 10 km du village pour y prélever une argile de haute qualité, à une profondeur de 2 mètres. Cette argile est ensuite battue à plusieurs reprises, arrosée d’eau et recouverte pendant deux jours pour assurer la flexibilité de la matière. Enfin, on y incorpore du sable fin.

La technique de céramique des Chams se caractérise aussi par le tour de haute taille que les artisans utilisent. Ce n’est pas le tour qui pivote comme c’est le cas habituellement, mais le potier qui se déplace autour. Les objets sont ensuite séchés en une journée et frottés avec un chiffon pour les faire luire. Les objets sont ensuite rassemblés pour être cuits en même temps.

L’argile de la province de Binh Thuân n’est pas exposée à la haute chaleur du four. L’artisan, pendant la cuisson, fait alterner une couche de poterie, une couche de bois et enfin une couche de paille. "S’il fait beau et que le vent est fort, la cuisson est assurée. Mais s’il pleut, les poteries ne seront pas bien cuites", informe Mme Hiêu. Avec l’expérience, les artisans savent exactement le moment où la cuisson est accomplie. 

Les motifs ornementaux sur les céramiques se démarquent par leur originalité. En effet, les Chams utilisent des feuilles et fruits pour en extraire les pigments naturels qui serviront à colorer les poteries après la cuisson. 

"Il me faut quatre jours pour réaliser une poterie. Toutes les étapes de la production sont éprouvantes. C’est pourquoi seulement trois ou quatre foyers exercent encore ce métier ancestral", confie Mme Hiêu. Pourtant, sa passion pour le métier traditionnel de son village ne tarit pas.

Si vous souhaitez découvrir la céramique Cham, sachez que Don Thi Hiêu expose régulièrement ses œuvres au Centre d’exposition de la culture Cham de la commune de Phan Hiêp et y présente l’art de la céramique des Chams aux visiteurs.

Vân Anh - Ngân Duong/CVN

 

 

 

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