03/03/2018 16:12
Les autorités burkinabés tentaient d'établir qui était à l'origine de la double attaque, pour l'heure non revendiquée, contre l'ambassade de France et l'État-major des forces armées du Burkina Faso qui a fait une trentaine de morts vendredi 2 mars à Ouagadougou.
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Des membres des forces de sécurité burkinabè près d'un véhicule blindé lors d'attaques armées, le 2 mars 2018 à Ouagadougou.
Photo : AFP/VNA/CVN

L'attentat visait "peut-être" une réunion militaire de la force multinationale antijihadiste G5-Sahel (Mali, Burkina, Niger, Tchad et Mauritanie) en cours de création, selon le ministre burkinabé de la Sécurité, Clément Sawadogo.

Et le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd: la salle initialement prévue pour cette réunion entre le chef d'état-major et des officiers, "a été littéralement détruite par l'explosion", a-t-il précisé.

Le Burkina Faso est depuis 2015 la cible d'attaques jihadistes, qui ont déjà frappé sa capitale, sans jamais toutefois atteindre un tel niveau d'organisation.

"Notre pays a été de nouveau la cible (...) de forces obscurantistes", a dénoncé vendredi soir 2 mars le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, dans un communiqué. Plus tôt dans la journée, son gouvernement avait évoqué une "attaque terroriste perpétrée (...) par des hommes lourdement armés non identifiés".

Huit membres des forces de l'ordre ont été tués, et plus de 80 blessés, selon un bilan dans la soirée du ministre burkinabè de la Sécurité Clément Sawadogo, qui a précisé que huit assaillants avaient été abattus.

Mais selon plusieurs sources sécuritaires interrogées par l'AFP, au moins 28 personnes ont été tuées dans l'attaque contre l'état-major. Aucun Français n'a été tué ou blessé dans l'attaque contre l'ambassade de France, a-t-on appris de source diplomatique française.

Le président français Emmanuel Macron a réaffirmé "la détermination et le plein engagement de la France, aux côtés de ses partenaires du G5-Sahel, dans la lutte contre les mouvements terroristes".

Le président du Niger et président en exercice de cette force, Mahamadou Issoufou, lui a fait écho en assurant que les attaques "ne feront que renforcer la détermination du G5-Sahel et de ses alliés dans la lutte contre le terrorisme".

"Plus que jamais l’Afrique et la communauté internationale doivent se mobiliser pour faire front commun contre cette barbarie qu’il faut définitivement neutraliser", a renchéri le président guinéen Alpha Condé dans un communiqué.
En visite au Mali, le président turc Recep Tayyip Erdogan, a condamné "fermement les attaques terroristes".

Selon un rapport intermédiaire de l'Onu publié vendredi 2 mars auquel l'AFP a eu accès, la montée en puissance de la force G5-Sahel (Mali, Burkina, Niger, Tchad et Mauritanie) va de pair avec des "menaces terroristes croissantes de l'État islamique dans le Grand Sahara (ISGS) et de Ansar al-Islam", notamment dans la région frontalière entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

Cette région est le coeur d'action de la force G5-Sahel. Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé à un "effort urgent et concerté" de la communauté internationale pour aider à stabiliser la région, y compris à travers "la pleine opérationnalisation" de la force G5-Sahel, selon un communiqué de son porte-parole.

Mode opératoire inédit

Localisation des forces françaises au Sahel et données sur l'opération Barkhane.
Photo : AFP/VNA/CVN

Vendredi 2 mars "aux environs de 10h00, des assaillants ont commencé à tirer sur l'ambassade de France et presqu'au même moment un autre groupe, de manière coordonnée s'attaquait à l'état-major général des armées", a détaillé Clément Sawadogo.

Une voiture piégée a ensuite explosé près de l'état-major burkinabè, un mode opératoire inédit au Burkina. "Les assaillants ont fait usage d'un véhicule bourré d'explosifs dont la charge était énorme", a-t-il souligné.

À environ un kilomètre de là, cinq hommes armés sont sortis d'une voiture et ont ouvert le feu sur des passants avant de se diriger vers l'ambassade de France où ils échangé des coups de feux avec les gendarmes et policiers français qui gardaient l'ambassade, selon des témoins. Ils ont été "neutralisés", selon les autorités bukinabè.

"Les forces françaises au Burkina sont intervenues en soutien à l'action de l'armée burkinabé, elles n'ont pas pris part directement à l'action", a affirmé à l'AFP le porte-parole de l'état-major de l'armée française, le colonel Patrick Steiger. La France dispose de forces spéciales sur une base militaire à Ouagadougou. Le parquet de Paris a de son côté ouvert une enquête pour tentative d'assassinats terroriste.

"Cibles dures, symboles forts"

L'un de témoins interrogé par l'AFP a raconté avoir vu les assaillants armés de fusils d'assaut Kalachnikov qui, "ont commencé à ouvrir le feu sur les gendarmes qui étaient dans la guérite" devant l'ambassade. Ils étaient "habillés en civil, même pas encagoulés, à visage découvert". À l'inverse, le commando qui a attaqué l'état-major portait l'uniforme de l'armée de terre bukinabè, selon une source sécuritaire.

Les établissements scolaires français et l'Institut français de Ouagadougou seront fermés jusqu'à mercredi 7 mars inclus.

"Le mode opératoire des attaques évolue crescendo. Après des cibles molles, comme des hôtels et restaurants, cette attaque a visé des cibles dures, des symboles forts", a jugé un consultant burkinabè en sécurité, Paul Koalaga.

La capitale du Burkina a été ces dernières années à plusieurs reprises la cible d'attaques jihadistes visant des cibles fréquentées par les Occidentaux. 19 personnes ont été tuées dans un café le 13 août 2017, dans un attentat non revendiqué. Et le 15 janvier 2016, 30 personnes, dont six Canadiens et cinq Européens, ont été tuées lors d'une attaque revendiquée par le groupe jihadiste Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).
 
 AFP/VNA/CVN
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