11/04/2019 09:14
Les dirigeants européens tentaient mercredi soir 10 avril de trouver un compromis sur la durée d'un nouveau report du Brexit. Mais "rien n'est acquis", a mis en garde la France, décidée à obtenir la garantie que le délai accordé ne paralysera pas l'UE. À 23h30 (21h30 GMT), les discussions étaient toujours en cours.
La Première ministre britannique Theresa May avant un sommet spécial de l'UE sur le Brexit, le 10 avril à Bruxelles. Photo: AFP/VNA/CVN

À deux jours du 12 avril, la nouvelle date butoir pour le retrait britannique décidée au cours d'un précédent sommet, le Royaume-Uni et ses 27 partenaires veulent éviter les dégâts d'un divorce brutal, sans accord, après plus de 40 ans d'une union tourmentée.

Malgré leur lassitude face aux tergiversations de Londres, où les députés ont par trois fois rejeté le traité de retrait négocié par Theresa May, les responsables européens sont tous disposés à donner plus de temps aux Britanniques. Mais Paris mène le camp des pays exigeant des conditions "strictes".

"Pour moi, rien n'est acquis", a averti Emmanuel Macron à son arrivée, jugeant "indispensable que rien ne compromette le projet européen". "Rien n'est acquis, et en particulier quand j'entends les rumeurs, aucune extension longue", a-t-il insisté, faisant allusion au scénario considéré comme le plus probable.

"Je veux que nous puissions partir d'une façon ordonnée et sans heurts le plus tôt possible", a déclaré de son côté Theresa May, toujours sans majorité parlementaire pour soutenir son traité de retrait et engagée depuis peu dans des discussions avec l'opposition travailliste pour sortir de l'impasse.

Mme May a une nouvelle fois réclamé mercredi soir 10 avril devant les 27 un report au 30 juin, tout en affichant l'espoir de pouvoir quitter l'UE le 22 mai et d'éviter ainsi une participation aux élections européennes, prévues du 23 au 26 mai.

"Ce qui est important, c'est que toute extension nous permette de partir au moment où nous ratifions l'accord de retrait", a-t-elle insisté. Après son intervention mercredi soir 10 avril, la dirigeante britannique s'est retirée pour laisser les 27 débattre entre eux.

"Début 2020"

Les dirigeants des pays européens s'interrogent sur le meilleur moyen de mettre la pression sur les Britanniques pour qu'ils approuvent enfin l'accord de retrait, tout en évitant que cela ne finisse par conduire à un "no deal'' redouté de part et d'autre.

Le président Emmanuel Macron, le 10 avril à Bruxelles. Photo: AFP/VNA/CVN

La chancelière Angela Merkel apparaît comme étant à la tête d'un groupe de pays considérés comme plus "modérés" que la France, souhaitant offrir le plus de flexibilité possible à Londres.

Elle s'est dite favorable à un report du Brexit au-delà du 30 juin, inquiète qu'un report trop court n'impose à l'UE de devoir s'occuper de "la même question toutes les deux semaines". La veille, selon une source au sein de son parti, elle avait jugé "possible" un report "jusqu'à début 2020".

Une rencontre entre la chancelière allemande et Emmanuel Macron a eu lieu juste avant le début du sommet pour "accorder" les positions des deux poids lourds du Conseil européen.

Le Polonais Donald Tusk, président du Conseil européen et maître de cérémonie du sommet, a lui proposé une prolongation longue, pouvant aller jusqu'à un an, sans l'assortir de conditions particulières.

Dans un projet de conclusions du sommet, vu par l'AFP, il est écrit que le Royaume-Uni devra sortir de l'UE le 1er juin si le pays est toujours membre de l'Union au moment des élections européennes, sans avoir ratifié le traité de retrait, et qu'il n'organise pas ce scrutin européen.

Le texte ne contient cependant pas encore la durée maximale du report que les Européens sont prêts à accorder aux Britanniques s'ils participent bien au scrutin européen, une question qui divise encore les 27.

Pas de veto?

"Je ne m'attends pas à ce que le Royaume-Uni sorte vendredi 5 avril, je suis très confiant dans le fait qu'on s'accordera sur une extension aujourd'hui", a estimé le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, dont le pays est en première ligne en cas de séparation brutale.

"Ce qui est encore en discussion, c'est la longueur de cette extension et ses conditions", a estimé le dirigeant irlandais.

Selon le Premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen, "une extension longue pourrait donner aux Brexiters durs l'impression qu'ils vont rester pour toujours dans l'UE et peut-être les pousser à vouloir trouver rapidement une solution".

Mais "plus la période (de la prolongation) sera longue, plus les garanties devront être sérieuses" afin de "ne pas mettre en danger le fonctionnement de l'UE", souligne la présidence française, une position notamment appuyée par la Belgique et le Luxembourg.


"Tout n'est pas préférable à un +no deal+", a fait valoir la présidence française, jugeant qu'il "n'est pas question d'importer dans l'UE la crise politique britannique" à force de vouloir éviter à tout prix un divorce sans accord.

D'autant que les prochains mois seront délicats, avec l'installation d'une nouvelle Commission européenne début novembre et des discussions difficiles sur le futur budget à long terme de l'UE.

"Il peut y avoir des engagements sur la façon dont le Royaume-Uni se comporte", a observé un diplomate européen, suggérant notamment que Londres puisse renoncer à son droit de veto ou à la possibilité d'avoir un membre au sein de la prochaine Commission.

Pour l'instant, en tout cas, les garanties prévues dans le projet de conclusions du sommet "ne sont pas suffisantes", a prévenu une source française.

AFP/VNA/CVN

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