16/06/2018 10:00
Le monde évolue. Les villages se vident, les villesse remplissent. Mais dans un pays comme le Vietnam, la vie communautaire persiste et signe.
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Une ville, c’est l’addition de plusieurs villages!
Photo: Thúy Hà/CVN

Avant, il y avait la maison. Souvent de plain-pied, entourée d’une courette ou d’un jardin, elle abritait une famille. Les voisins habitaient à côté, dans une maison, souvent de plain-pied, entourée d’une courette ou d’un jardin. Et toutes les maisons de plain-pied, entourées de ce que vous voulez, formaient un village. Et le village avait une vie bien à lui. Tout le monde se connaissait.

On allait d’une maison à l’autre, en traversant la courette ou le jardin, pour papoter, s’entraider, partager un repas, se chamailler parfois...

Et en dehors des maisons, des courettes et des jardins, il y avait la place du village. Un endroit, accueillant souvent  un arbre centenaire, chenu et feuillu, comme tous les arbres de cet âge, et quelques bancs de pierre où s’asseyaient les vénérables, ceux dont les cheveux blancs donnent l’autorité de la sagesse. Un endroit où l’on faisait aussi la fête quand c’était le moment où on venait discuter des affaires de toutes les maisons entourées d’une courette ou d’un jardin. Des affaires de villages, entre villageois, en quelque sorte...

Irruption matinale

Aujourd’hui, il y a des immeubles, de grands immeubles. On les appelle des tours. Les familles y vivent dans des boîtes avec vue sur rue ou sur parc.

Des voisins sont à côté, mais aussi en dessous ou au-dessus. Plusieurs boîtes, que l’on nomme aussi appartements, au même niveau forment un étage. On pourrait penser que chacun dans sa boîte-appartement vit en vase clos, sans contact avec les voisins. Sauf que le Vietnamien a rendu au mot “appartement” son sens premier: ce qui est partagé!

En s’urbanisant, le Vietnamien a conservé son côté… urbain. Celui qui le conduit à ne jamais laisser quelqu’un isolé, à toujours se préoccuper de l’état de santé de son voisin, des activités qu’il compte mener dans la journée, de l’endroit où il va et de celui d’où il vient. Autant de petites attentions qui donnent parfois envie de devenir ermite dans une grotte inaccessible au commun des mortels.

Le Vietnam ne manque pas aujourd'hui de grands immeubles.
Photo: ST/CVN

Quoique, avec l’évolution du tourisme et la recherche systématique des chemins hors des sentiers battus, des grottes inaccessibles il n’y en a plus beaucoup au Vietnam. Et à la réflexion, je préfère être la cible de l’intérêt permanent de mes voisins de paliers que d’être la proie des appareils numériques  de milliers de cars de touristes. Il suffit simplement d’accepter cette évidence: mon appartement est un espace familial partagé par mes voisins… ou plutôt mes voisines!

Entrée pimentée

Il est 09h00 du matin. Et déjà la chaleur pré-estivale nous oblige à réguler la température. Démarche écologique et économique, au climatiseur nous préférons le courant d’air. Il suffit de laisser grande ouverte la porte du balcon et la porte d’entrée.

À 09h00 du matin. Aucune activité ne m’oblige à m’absenter ou à m’enchaîner à mon ordinateur. Assis sur mon canapé, je savoure mon petit déjeuner et mon journal d’information préféré. Ma dernière-née, juste revenue de l’hôpital où une vilaine gastro-entérite l’avait entraînée, joue à mes pieds… et même avec mes pieds. C’est le pied. Brusquement, un tourbillon envahit la pièce...

Ma voisine qui, passait sur le palier (l’équivalent d’une place du village pour un immeuble), profite de la porte ouverte et se précipite sur ma fille. D’aucun pourrait imaginer un rapt crapuleux à des fins de rançons à la hauteur du compte bancaire supposé de tout étranger, donc astronomique. Que nenni! Si elle est agenouillée à mes pieds, serrant ma fille sur un sein généreux, c’est pour s’enquérir de sa santé.

Heureusement, ma femme qui entre à ce moment, pas inquiète du tout de voir une femme aux pieds de son mari, encore en tenue de nuit, me sauve d’une longue conversation de voisinage, mais pas d’un bavardage qui m’oblige à quitter journal d’information et petit déjeuner pour retrouver la tranquillité de ma chambre, ultime refuge inviolé par les voisins… à ce jour.

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On pourrait penser que chacun dans sa boîte-appartement
vit en vase clos, sans contact avec les voisins.
Sauf que le Vietnamien a rendu au mot "appartement"
son sens premier: ce qui est partagé!
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Il est 11h00. Mon épouse est partie faire quelques achats à l’épicerie proche, et m’a confié le soin de surveiller d’une oreille le plat qui mijote dans une casserole. L’odeur est savoureuse, le clapotis du bouillon rassurant… Je me laisse aller à somnoler sur le canapé du salon (toujours lui, ami indéfectible de mes moments de détente domestique). Allongé, la tête sur l’accoudoir, une jambe sur le dossier, je donne plutôt l’apparence d’un bradype d’Amérique centrale que d’un Occidental immigré au Vietnam. Mais paresser, c’est si bon!

Sauf quand la porte d’entrée s’ouvre à la volée (cette fois, il ne fait pas si chaud qu’elle vaille d’être ouverte) et qu’une dame traverse le salon en me lançant: "Em đến lấy ớt!" ("Je viens chercher un piment!"). J’ai à peine le temps de modifier ma posture arboricole pour redevenir bipède qu’elle pénètre sur le balcon.

Bizarre! Pour un piment, j’aurais pensé qu’elle se dirigera vers les étagères où mon épouse stocke les épices. Intrigué, je la suis du regard, la vois contourner la machine à laver et farfouiller parmi les nombreuses plantes en pots qui donnent à mon balcon un air de potager. En quelques secondes, elle ressort, deux magnifiques piments rouges à la main. Un sourire, un remerciement, et la voilà repartie...

J’aurais appris que j’avais un plant de capsicum frutescens sur mon balcon. Et je comprends mieux aussi comment ma femme se procure le petit citron vert dont elle a besoin juste avant le repas, ou même la ciboulette qu’elle part chercher chez les voisins du dessous.

Finalement, même à la verticale, la vie villageoise continue à avoir droit de citer dans les tours modernes. Et il faudrait être le pire des solitaires pour ne pas en apprécier la truculente convivialité et cette espèce de bonhomie de proximité qui laisse jouer les enfants sur les paliers et qui donne à toute porte ouverte un droit d’entrée permanent chez son voisin.

Misanthropes s’abstenir!

Gérard BONNAFONT/CVN
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