10/02/2020 22:19
Bong Joon-ho, qui a stupéfié dimanche 9 février la planète du 7e art en remportant les Oscars de "meilleur réalisateur" et "meilleur film" pour Parasite, incarne la Nouvelle vague dans son pays, qu'il n'hésite pas à égratigner en faisant de son cinéma virtuose et spectaculaire le reflet des maux de sa société.
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Le cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho reconnu et primé à Hollywood avec "Parasite". Photo : AFP/VNA/CVN

Parasite, satire cruelle sur le gouffre entre classes sociales, avait déjà été récompensé par la Palme d'or au 72e Festival de Cannes, puis le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère. Il s'est aussi vu décerner dimanche 9 février l'Oscar du meilleur film international et celui du meilleur scénario original. "Merci, je vais boire jusqu'au matin", a déclaré Bong Joon-ho en acceptant la récompense de "meilleur réalisateur" à Los Angeles.

Un ultime sacre au goût de revanche pour le réalisateur de 50 ans : à l'instar de son acteur fétiche Song Kang-ho (brillant dans Parasite), du cinéaste Park Chan-wook et de quelque 9.500 artistes, il avait été placé sur une "liste noire" de personnalités critiques du pouvoir par les autorités sud-coréennes au temps de l'ancienne présidente Park Geun-hye, destituée en mars 2017.

Ambassadeur de cette brillante génération d'"enragés", ainsi qu'ils sont surnommés dans leur pays, Bong Joon-ho "est un cinéaste établi depuis près de 20 ans, avec à son actif des films exceptionnels", indique Jason Bechervaise, professeur à la Korea Soongsil Cyber University. Le cinéaste à la chevelure noire fournie, lunettes à monture fine sur un visage carré, "est également charmant et sociable : cela a été crucial pour amener son film +Parasite+ aussi loin. Il a fait des centaines d'interviews, fréquenté les votants (de l'Académie) et l'élite hollywoodienne", souligne M. Bechervaise.

"Une sociologie en action"

Né en septembre 1969, le jeune Bong grandit à Séoul dans une famille de l'élite artistique - son grand-père maternel était un romancier renommé -, et étudie la sociologie à la prestigieuse Université Yonsei en se frottant au mouvement pro-démocratique des années 1980.

Il en gardera cette habitude de traiter des sujets politiques ou sociaux, quitte à ne pas épargner son pays - sa signature dès son premier long métrage sorti en 2000 Barking Dog, une comédie noire dénonçant la corruption en Corée du Sud. C'est avec Memories of murder en 2003 qu'il entre dans la cour des réalisateurs qui comptent : son thriller, qui dépeint l'atmosphère répressive des années 1980 sous le règne de l'armée, est perçu comme une satire de la société toute entière.

Le réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho reçoit son prix de "meilleur réalisateur" pour "Parasite"". Photo : AFP/VNA/CVN

Toute sa carrière, Bong s'attaquera à des sujets sombres et difficiles : crimes violents, oppression sociale et climats de crise. "Tous ses films, c'est de la sociologie en action, avec un sous-texte politique. Ils sont profondément imprégnés de pensée sociale critique, sans ton moralisateur. Peu de réalisateurs y parviennent", souligne Michael Hurt, sociologue à l'Université de Séoul.

En 2006, l'horrifique The Host le voit passer avec brio son "permis blockbuster", sans négliger le fond critique en mettant en avant l'incompétence d'un gouvernement face à un désastre : huit ans plus tard, son public dressera un parallèle entre ce thriller fantastique et la catastrophe du ferry Sewol, où 304 personnes avaient péri. Le gouvernement sera alors écharpé pour l'incompétence des secours et Bong, profondément traumatisé par ce drame, sera l'une des personnalités qui réclameront une enquête.

"Un Spielberg à son meilleur"

En 2009, Mother, histoire d'amour fusionnelle entre une mère et son fils déficient mental, le voit revenir à une veine plus intimiste dans un drame où s'entremêlent avec justesse comédie, chronique sociale et policière. Dans un pays où les troubles mentaux restent tabous, Bong parle par ailleurs volontiers des crises d'anxiété dont il souffre.

Snowpiercer - le transperceneige (2013), avec Tilda Swinton et Chris Evans, lui ouvre les portes d'Hollywood. Dans ce film de science-fiction, où il fait de nouveau preuve de brio dans sa mise en scène, un train véhicule les ultimes survivants de l'humanité... mais en les compartimentant strictement selon leur statut social. Suit Okja, grosse production Netflix où couve un message humaniste et écologiste sous l'apparat du grand spectacle. Quentin Tarantino n'a pas hésité à comparer Bong à "un Steven Spielberg à son meilleur".

AFP/VNA/CVN

 

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