04/09/2016 16:33
Quand on s'enorgueillit de plus de 1.000 ans d'histoire, on peut se permettre de faire sa coquette, en offrant aux visiteurs un visage aux multiples facettes. À chacun de trouver dans ce trésor à ciel ouvert la pépite qui retiendra toute son attention !
>>Hanoi aux «trente-six rues et corporations»

 

Hanoï ne s'est pas fait en un jour, et Hanoï ne se visite pas en un jour. Et surtout pas le Vieux quartier. Certes, on peut le traverser au rythme d'un cyclo-pousse ou d'un bus électrique, mais ce ne sera qu'une brève étreinte avec des rues pour lesquelles nous n'aurons que le temps du regard du curieux, et non de celui de Chimène. Non, le Vieux quartier mérite plus que ça !

Au fil du temps
 
J'aime à le parcourir, comme un dédale initiatique qui me conduirait dans le passé, pour mieux me faire comprendre le présent. Pour cela, je m'amuse à ne parcourir que les rues qui ont conservé leur vocation d'antan.
 
Comme la rue des stores de Bambou (Hàng Mành) ou la rue de l'Étain (Hàng Thiêc) dont l'étamage a donné naissance à la fabrication de miroirs et de ferblanterie, la rue des Nattes (Hàng Chiêu) qui expose nattes en osier ou en bambou qui n'attendent que d'être déroulées pour de joyeuses agapes suivies de longues siestes (ou l'inverse). Ou encore comme la rue des Cuivres (Hàng Dông) qui rutile des reflets dorés de plaques et d'objets en cuivre. Ou bien, la rue des plantes médicinales (Lan Ông) dont, en en respirant les effluves, on ressort guéri de tous les maux. Et même la rue des orfèvres (Hàng Bac) où le chatoiement des colliers et des bracelets d'argent semble faire des clins d'œil au soleil d'été…

Pharmacie traditionnelle dans la rue Lan Ông.

Mais de toutes ces vénérables rues et ruelles, celle que je préfère se trouve à l'écart des sentiers touristiques. Pour la trouver, il faut suivre la rue Hàng Gai (rue du Chanvre) et persister quand elle devient de Coton (rue Hàng Bông), puis tourner à droite dans la rue du Cuir (Hàng Da), pour aller jusqu'au marché du même nom, devenu par la grâce de l'urbanisme moderne un super marché de vins et spiritueux. C'est là, à l'extrémité sud-ouest du Vieux Quartier, non loin de la voie ferrée, que se cache la petite rue Hà Trung, la rue des changeurs et des bourreliers. Autrefois, une des spécialités de cette rue était le transfert de dépêches administratives, une sorte de relais de poste, en quelque sorte. Depuis, je ne sais si c'est en héritage de la proche rue du Cuir que cette petite rue s'est consacrée à la sellerie, mais elle en conserve jalousement la tradition. Certes, aujourd'hui, le cuir devenu une matière première trop onéreuse a laissé la place à la toile renforcée, cirée ou lavée, mais les gestes sont toujours les mêmes. J'aime voir les artisans penchés sur leurs machines à coudre, coupant, taillant, assemblant des pièces diverses pour en faire des sacs, sacoches, ou bandoulières.
 
Au fil de cuir
 
En cet endroit, tout est possible. Vous êtes amoureux de votre vieille valise qui vous suit dans le monde entier depuis si longtemps ? Ici, on lui refait une beauté : un lifting de tissu, cuir et rivets, et la revoilà comme il y a 20 ans !
 
Vous voulez vous protéger du redoutable soleil d'été ? Aucun problème pour avoir un parasol, fait sur mesure, avec l'étoffe que vous choisirez. Et la dimension n'a aucune importance. Mégalomanes bienvenus !

Hà Trung, la rue des changeurs et des bourreliers.

Vous n'avez pas trouvé le sac idéal pour transporter votre ordinateur, vos bijoux, vos papiers et autres objets importants ? À défaut de vous tailler une veste sur mesure, on vous taillera le contenant de vos rêves, en toile verte, noire, bleue,  en cuir ou en plastique.
 
Votre postérieur mérite la différence ? En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, on vous fabrique une housse de selle de moto personnalisée, qui fera de vous celui que l'on remarque dans les dîners mondains.
 
Dans cette rue, l'art du sur-mesure touche à tout : ceintures, porte-monnaie, étuis, fourreaux, gaines…, l'emballage devient œuvre d'art. Ce matin, en recherchant une laisse pour ma chienne, j'y ai même trouvé des holsters en cuir noir, accrochés en grappe à la devanture d'un des magasins ! Je dois avouer que je suis resté perplexe sur le type de clients qui peut bien acheter ce genre d'objet. Il faudra faire attention aux bosses suspectes sous les vestes de costumes : ce n'est pas obligatoirement un téléphone ! Mais, dans le fond, les artisans, ici, ne font que mettre en pratique l'expression «avec armes et bagages». Ou, peut-être, est-ce le second métier de la rue qui explique ceci.

Des malles en fer-blanc dans la rue Hàng Thiêc.

Blottis entre les selleries, se trouvent des boutiques de change qui pratiquent le plus légalement du monde des taux plus avantageux que ceux proposés par les banques. C'est d'ailleurs comme cela que j'ai découvert cette rue. Mais, et c'est là le plus étonnant, alors que devant beaucoup de magasins de la capitale, on trouve un gardien destiné soit à garder les motos des clients, soit à faire croire que ledit magasin contient des objets de grande valeur, dans cette rue rien de tout cela ! Les opérations de change se font au grand jour, à comptoir ouvert sur la rue. Des liasses de billets changent de main, sont comptés méticuleusement, comme s'il s'agissait de tomates au marché.
 
Il est vrai que dans un environnement où les gens sont munis d'objets tranchants et savent tailler dans la toile, dévaliser un changeur relève de l'exploit. D'autant plus que si se faire faire une valise est tout à fait possible, se faire la valise est quasiment impossible dans cette rue encombrée du matin au soir, où deux motos peinent à se croiser, et deux piétons à se dépasser…
 
Et pour ajouter au charme de cette rue si typique, je vous signale simplement qu'elle débouche sur une des meilleures pâtisseries que je connaisse par ailleurs. De quoi décliner culture et gourmandise !
 
Gérard BONNAFONT/CVN
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