06/10/2018 08:05
Les idées reçues ont la vie dure: les Bretons ont tous des chapeaux ronds, les Français se promènent tous avec une baguette de pain sous le bras, et les Vietnamiens boivent tous du thé.
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Une plantation de thé dans le Nord.

Les innombrables bouteilles de bière tombées au champ d’honneur des agapes amicales doivent se retourner dans leurs tombes…

Au cours des repas, ce sont plutôt la bia (bière) Hà Nôi, la 333, ou d'autres marques à mousse qui ont la préférence des gens d'ici. Ce qui entraîne le plus souvent une contagieuse gaieté bon enfant dans les repas d'affaire ou les dîners entre copains. Et, comme le Vietnamien a le cœur sur la main, s'il voit dans la salle de restaurant quelqu'un qui ne manifeste pas cette bonne humeur, il s'empresse de la partager. Ce qui m'a valu de nombreuses embrassades au fumet malté. Et, quand je dis embrassades, le mot est exact: à chaque fois, je suis véritablement enlacé par deux bras aussi importuns qu'amicaux, ce qui n'est pas sans me troubler quand je suis absorbé par le contenu d'un bat bien rempli…

Thés à cœur…

Mais, ceci ne veut pas dire que le thé est absent du quotidien vietnamien. Il a même régulièrement droit de cité, selon des statuts différents. Il y a, d'abord, le thé populaire, qui a son heure de gloire à la fin des repas. Patient, il attend longtemps dans la bouteille hermétique ou la théière empaquetée dans un douillet nid de coton et d'osier.

Là, dans son récipient, gardé bien au chaud, il infuse tout en diffusant son arôme à une eau qui se teinte d'un vert pâle, couleur de ce thé justement prisé par le commun. Quand le dernier rot de bière expire, de minuscules tasses en céramique se remplissent d'un liquide tiède au goût tantôt amer, tantôt astringent que l'on flute ou que l'on sirote, selon. Parfois, un claquement bref de la langue sur le palais approuve la qualité de ce breuvage qui accompagne souvent la bouffée brûlante de la pie à eau.

Ce thé-là, nous en avons tous chez nous, petites feuilles séchées, enroulées dans les affres de la dessiccation, et entassées dans des pots à thé de collection ou de grandes surfaces. Il y a aussi le thé aristocratique, que l'on déguste dans des salons en ville, dans de grandes occasions ou dans les goûters entre copines. Ce thé-là, il se la joue coquette. Parfumé au jasmin, au lotus, au gingembre, ou à toute autre plante aromatique, il a la fierté de sa condition. Pour lui, on sort le service où des tasses décorées font la ronde autour de théières ventrues à la robe coordonnée. On le sert, ce qui est déjà un simulacre de rituel, en levant haut le bec de la théière pour que les quatre éléments se conjuguent en harmonie: l'air, l'eau, le feu et la terre. Je dois avouer que lorsque c'est à mon tour de m'exercer à cette figure de style, je rajoute un 5e élément: la serpillère… pour nettoyer tout ce que je mets à côté de la tasse… Il existe, enfin, le thé artistique. Celui-ci est aux deux autres ce qu'est un ténor d'opéra pour un enroué chronique. On touche là des sphères célestes…

D'abord, il n'est consommé (pas bu!) qu'au cours de cérémonies… du thé! Et là, c'est du sérieux: chaque geste est mûrement réfléchi, chaque seconde d'infusion est scrupuleusement comptée la façon de verser, de prendre la tasse…, tout est codé en un ballet des sens qui conjugue fluidité et sérénité…

Thé rasé?

Si, au Vietnam, on ne boit pas que du thé, le thé, lui sait se faire boire! Le thé, j'ai fait sa connaissance lors d'un voyage dans les montagnes du Nord. J'avais bien vu en photo ses longues allées plantées d'arbustes à petites feuilles, mais, quand je me suis retrouvé au milieu d'un champ de thé qui ondulait à perte de vue au flanc de collines, je me suis senti ému par ce bonsaï courageux qui accepte de se faire raser les pousses régulièrement pour satisfaire la gourmandise humaine. Elles m'auraient presque fait de la peine, ces petites feuilles vert tendre qui à peine déployée au soleil du Vietnam, allaient finir dans la touffeur moite d'un sac en toile.

En me promenant dans ces rangées disciplinées, j'ai découvert la fleur de thé, aux blancs pétales fragiles et au cœur jaune citron. J'ignorais béotien que j'étais, que le thé pouvait fleurir, et j'ignorais tout de la suavité de son parfum alors… Plus loin, un drôle d'animal a attiré mon attention! Une espèce de grosse chenille ventrue qui glissait sur les rangées de thé en faisant un bruit de tondeuse. En m'approchant, j'ai constaté que c'était effectivement une énorme tondeuse, et pour la maintenir, pas moins de trois personnes. L'image que j'avais de la cueilleuse de thé, panier à la hanche, qui feuille après feuille récoltait le thé à la main en a pris un sacré coup!

Maintenant, c'est une énorme lame de tondeuse, qui, à défaut de raser gratis, éradique toutes les feuilles qui osent pointer le bout de leur limbe au-dessus de la hauteur réglementaire. Coupées, aspirées dans un monstrueux sac, en un clin d'œil, les feuilles disparaissent. Et, l'espace d'un instant, les rangées échevelées se transforment en gazon anglais? Pour autant le travail n'en est pas plus facile pour les raseurs, qui doivent, sous un soleil de plomb, maintenir en ligne droite, une bête pétaradante qui pèse son poids… En mettant la main à la pâte,  le thé, je l'ai entassé, ensaché, empaqueté, enfourché, mélangé, étalé…, et plus je lui ai fait subir les derniers outrages, plus j'ai appris à le respecter. Au point, un jour, d'avoir voulu fabriquer du thé au lotus de façon traditionnelle! J'ai failli passé pour fou, mettre le feu à la maison, et être déconsidéré à jamais par mon épouse…

Mais ça, c'est une autre histoire que vous avez pu lire dans une tranche de vie antérieure. Si vous n'avez pas lu, passez chez moi, je vous raconterai autour d'une tasse de thé!

Texte et photo: Gérard BONNAFONT/CVN


 
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