24/05/2019 10:43
Une puissante voix s'élève d'un téléphone dans le silence du métro de Tokyo pour dire "stop": dans la mégapole nippone, les passagères victimes des "frotteurs" plébiscitent une application visant à repousser leurs agresseurs.
Un responsable de la police tient un téléphone contenant l'application "Digi police", à Tokyo, le 13 mai. Photo: AFP/VNA/CVN


À l'origine, la police de la capitale japonaise Tokyo avait lancé "Digi Police" il y a trois ans pour informer personnes âgées et familles des moyens de se protéger des arnaques et rôdeurs. Mais, elle a par la suite ajouté cette nouvelle fonction ciblant les hommes qui profitent des rames bondées pour attaquer leur proie, et cela fait un carton.

L'application a déjà été téléchargée plus de 237.000 fois, "un chiffre inhabituellement élevé" pour un programme de service public, selon Keiko Toyamine, une responsable du Département de police. "Sa popularité est telle que le nombre d'abonnés augmente d'environ 10.000 chaque mois", dit-elle.

Les victimes ont souvent trop peur pour appeler à l'aide, d'autant qu'il est mal vu de parler dans le métro au Japon, où les passagers ont les yeux rivés sur leur smartphone, souligne Mme Toyamine, mais "avec Digi Police, elles peuvent alerter les autres passagers tout en restant silencieuses".

L'activation déclenche un message vocal à plein volume ou l'apparition sur l'écran d'un message SOS visible des voisins de rame, disant: "Il y a un agresseur. Aidez-moi".

Près de 900 cas de ce type d'agression et de harcèlement ont été signalés en 2017 dans les trains et métros de Tokyo, selon les dernières données disponibles. "Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg", prévient toutefois Keiko Toyamine, précisant que les femmes concernées hésitent à se manifester.

Wagons spéciaux 

Les coupables d'un tel délit risquent six mois de prison et une amende pouvant aller jusqu'à 500.000 yens (4.000 euros). En cas de violence ou de menaces, la peine peut s'élever à 10 ans d'incarcération.

Yui Kimura, une jeune femme de 27 ans qui travaille dans l'île septentrionale de Hokkaido, n'est pas tranquille quand elle se rend dans la capitale. "J'ai tendance à être vigilante dans le métro de Tokyo car je sais qu'à tout moment, je peux me retrouver entourée d'hommes douteux", confie-t-elle.

Reina Oishi, une étudiante de 21 ans, est elle aussi très sensible au sujet et veut télécharger l'application. "J'ai été victime de frotteurs tellement de fois", dit-elle.

Des compagnies ferroviaires, conscientes du problème, ont déjà mis en place des wagons dédiés uniquement aux femmes pendant les heures de pointe et installé des caméras sur les lignes les plus exposées. Le sujet est aussi de plus en plus débattu sur des forums internet, où les femmes échangent des conseils.

Les "frotteurs" sévissent dans n'importe quelle ville du monde où l'affluence est forte dans les transports en commun, note Akiyoshi Saito, un travailleur social qui a accompagné quelque 800 de ces agresseurs dans le cadre d'un programme de réhabilitation.

Mais les mentalités sexistes restent profondément ancrées au Japon, et "cette idée que les hommes sont supérieurs aux femmes peut contribuer" au maintien de telles pratiques, souligne-t-il.

Et de saluer une application bienvenue pour les victimes "silencieuses", car "les prédateurs ciblent en priorité celles qui apparaissent timides et réticentes à porter plainte".


AFP/VNA/CVN

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