31/12/2018 14:42
La Première ministre du Bangladesh Sheikh Hasina a largement remporté les législatives de dimanche 30 décembre, selon les résultats officiels rejetés par l'opposition qui dénonce des fraudes, sur fond de violences ayant fait 17 morts.

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La Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, lors d'un meeting à Dacca, le 24 décembre 2018. Photo: AFP/VNA/CVN


La coalition de Sheikh Hasina a obtenu 288 des 300 sièges du Parlement monocaméral contre six seulement au principal parti d'opposition, a annoncé dans la nuit de dimanche à lundi le secrétaire de la Commission électorale, Helal Uddin Ahmed.


La tendance d'une victoire écrasante du pouvoir en place avait été révélée quelques heures plus tôt par la télévision.


"Nous appelons la Commission électorale à immédiatement annuler ces résultats", avait alors réagi Kamal Hossain, le "père" de la Constitution bangladaise, qui est à 82 ans l'une des figures de proue de l'opposition. "Nous exigeons que de nouvelles élections soient organisées dès que possible par un gouvernement neutre", avait-il ajouté devant la presse.
 

Sheikh Hasina, âgée de 71 ans et fille de Sheikh Mujibur Rahman, le premier président du Bangladesh, décroche ainsi son troisième mandat consécutif de cinq ans depuis 2008, et le quatrième depuis celui de 1996-2001, un record national.
 

 
Des électeurs attendent pour voter sous la surveillance de la police, à Dacca, au Bangladesh, le 30 décembre 2018. Photo: AFP/VNA/CVN


À l'instar de la campagne électorale, le scrutin majoritaire uninominal de dimanche, qui s'est achevé à 16h00 locales (10h00 GMT), a été marqué par des affrontements entre partisans de la Ligue Awami, au pouvoir, et du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), la principale formation de l'opposition, dans lesquels treize personnes ont péri. Quatre autres été tuées par balle dans des incidents séparés.
 

Le gouvernement avait annoncé avoir déployé 600.000 membres des forces de sécurité pour garantir le bon déroulement de ces législatives, les onzièmes depuis l'indépendance du Bangladesh en 1971.
 

Rivale en prison 
 

Sheikh Hasina reste très populaire en raison d'une période de forte croissance économique (plus de 6% en rythme annuel) et pour avoir débarrassé son pays de son image de nation miséreuse et accablée de calamités. Ce pays a également accueilli les centaines de milliers de Rohingyas ayant fui la Birmanie.


Mais les détracteurs de Sheikh Hasina la décrivent comme une autocrate en germe qui a fait emprisonner sa rivale emblématique Khaleda Zia -condamnée à passer 17 ans derrière les barreaux pour corruption- et réprimé la dissidence avec des arrestations en masse de militants de l'opposition, des disparitions forcées et des lois draconiennes qui musèlent la presse.
 

 
Des agents électoraux transportent une urne après la fermeture du scrutin, dans un bureau de vote de Dacca au Bangladesh, le 30 décembre 2018.
Photo: AFP/VNA/CVN
 

Des organisations internationales de défense des droits de l'Homme ont déploré samedi, dans un communiqué commun, des mesures répressives qui ont créé un climat de peur pouvant dissuader les sympathisants de l'opposition de se rendre aux urnes, Sheikh Hasina en démentant quant à elle l'existence.


L'ONU et les États-Unis se sont aussi interrogés sur la crédibilité du processus électoral.


Le BNP, qui avait boycotté le précédent scrutin en 2014, a de son côté affirmé que des membres de la Ligue Awami avaient agressé ses militants afin de décourager les électeurs.


Des responsables de bureaux de vote dans la capitale Dacca ont à cet égard évoqué une faible participation dans la matinée.


Fraude et intimidation selon l'opposition 


La coalition d'opposition dirigée par le BNP a assuré que des bourrages d'urnes et autres actions frauduleuses avaient été constatés.


Pour le porte-parole de ce parti, Syed Moazzem Hossain Alal, l'attribution de 221 des 300 sièges du Parlement est sujette à caution, des électeurs ayant notamment été empêchés de se rendre dans les isoloirs.


Le porte-parole de la Commission électorale, S.M. Asaduzzaman, a simplement reconnu auprès de l'AFP que "quelques allégations d'irrégularités", sur lesquelles des enquêtes avaient été ouvertes, avaient été portées à la connaissance de cet organisme, taxé, malgré ses dénégations, de partialité par des dirigeants de l'opposition.


Le parti de Khaleda Zia, l'ennemi juré de Mme Hasina, a en outre fait état de 15.000 militants emprisonnés depuis le 8 novembre.


D'après l'opposition, 17 candidats ont été arrêtés sur des accusations montées de toutes pièces et 17 autres opposants empêchés de participer aux législatives par des tribunaux.
 

 
Des électeurs dans une file d'attente devant un bureau de vote de la capitale bangladaise Dhaka le 30 décembre 2018. Photo: AFP/VNA/CVN


"Ce ne sont pas des élections libres et équitables. C'est plutôt une sélection contrôlée", a commenté un diplomate occidental sous couvert d'anonymat.


Le régulateur des télécoms avait ordonné aux opérateurs mobiles bangladais de couper la 3G et la 4G jusqu'à dimanche minuit, afin d'"éviter que des rumeurs ne se répandent", cependant que des responsables d'une des principales chaînes de télévision privées, Jamuna TV, ont annoncé qu'elle avait été retirée samedi soir, sans "aucune explication", des bouquets des grands opérateurs du câble.


AFP/VNA/CVN
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