08/07/2018 11:40
Dans son œuvre Thuong kinh ky su, Hai Thuong Lan Ông, un grand médecin traditionnel vietnamien, a raconté ce qu’il avait vu lors d’un voyage à la capitale quand, arraché dans sa retraite, il fut convoqué à la Cour royale pour prodiguer des soins au prince héritier.
>>Hommage à Hai Thuong Lan Ông, grand nom de la médecine traditionnelle vietnamienne
>>Fête Hai Thuong Lan Ông, patrimoine culturel immatériel national

Hai Thuong Lan Ông ou Monsieur le Paresseux.
Photo: CTV/CVN
Hai Thuong Lan Ông (Monsieur le Paresseux de la région de Hai Thuong) est le pseudonyme de Lê Huu Trác (1720-1791), l’un des pères de la médecine traditionnelle du Vietnam. Outre ses œuvres médicales, il nous a laissé un “Voyage à la capitale” (Thuong kinh ký su), chroniques dans lesquelles il relate ce qu’il a vu à Thang Long (actuelle Hanoï) quand il s’y rendait pour soigner le prince héritier du seigneur shogounal Trinh Sâm.

Une vie oisive et luxueuse

L’extrait suivant nous donne une idée de la vie luxueuse et oisive de l’aristocratie dans un somptueux palais dont il ne reste plus de traces dans la capitale d’aujourd’hui.

Quand nous arrivons à la porte arrière du Palais, le mandarin chargé de la convocation me sert de guide. Après avoir franchi deux portes successives, nous prenons un chemin à gauche. Je lève la tête: arbres et arbustes tressent de tous côtés un feuillage où gazouillent des oiseaux. Des fleurs rares rivalisent de beauté et le vent apporte de célestes parfums. Des vérandas avec des balustrades de chaque côté communiquent entre elles. Des huissiers transmettant des ordres vont et viennent comme des navettes. À chaque porte du Palais, des gardes contrôlent entrées et sorties, exigeant la présentation des tablettes de laissez-passer.

Je me prends à songer: issu d’une famille de grands mandarins, j’ai passé mon enfance dans la capitale et connais à fond tous les coins de la Citadelle interdite. Mais je ne connais que par ouï-dire la vie dans le Palais seigneurial des Trinh. Aujourd’hui seulement, je pénètre en ces lieux et prends conscience des richesses et des honneurs des rois et des seigneurs.

Couverture de l’œuvre “Thuong kinh ky su“ de Lê Huu Trac.
Photo: CTV/CVN
[…] Après quelques centaines de pas, nous parvenons au poste permanent de la Cavalerie de l’arrière. Le poste s’élève au bord d’un lac bordé d’arbres rares et de rochers aux formes étranges. À l’intérieur, colonnes et balustrades d’un style d’une élégance peu commune s’entrecroisent. C’est ici le lieu de repos du Grand chancelier lorsqu’il revient de la Cour.

[…] On me laisse enfin passer (dans le Palais). Suivant une véranda à l’ouest, nous arrivons devant un édifice spacieux. De chaque côté attendent deux palanquins royaux. Ils sont entièrement peints en rouge et plaqués d’or. Au milieu, sur une estrade, se dresse un lit de camp royal recouvert d’or également et surmonté d’un hamac rose. Devant le lit, de chaque côté, sont disposées des tables supportant divers objets et accessoires peu communs. Je ne fais qu’y jeter un furtif coup d’œil et m’avance la tête baissée. Ayant franchi une porte ouverte dans le mur, nous atteignons une haute et vaste maison à étage. Toutes les poutres et les colonnes sont peintes en écarlate.

Les tentures se succèdent

J’interroge à voix basse le mandarin chargé de la convocation. Il me répond: "Nous venons de franchir le Grand Palais qui porte le nom de +Ramasser la Coniza+. Cette maison à l’étage nommée +Pavillon écarlate+ est réservée à son Altesse le Prince héritier qui a l’habitude d’y prendre le thé, d’où son surnom de +Chambre à thé+. En réalité, c’est la +Chambre à médicaments+, mais par crainte de prononcer ce mot, on le remplace par celui de +Chambre à thé+.

[…] Le repas à peine terminé, un eunuque arrive en courant inviter le Grand Chancelier et me prie de le suivre. Le Grand Chancelier, craignant que je m’égare, me recommande de le suivre pas à pas. Arrivé au lieu fixé, il ouvre des tentures de brocart et nous entrons. L’intérieur est si sombre qu’on ne peut y distinguer ni portes ni aucune issue. Les tentures se succèdent. À chacune d’elles, une bougie éclaire notre chemin. Ayant franchi quatre ou cinq tentures,  nous arrivons à une vaste chambre avec, au centre, un lit paré d’or. Sur le lit est le petit prince, de 5 à 6 ans, vêtu de soie rouge. Une grande bougie sur un support de bronze projette alentour sa lumière. Près du lit se trouve un fauteuil royal, sculpté de dragons, laqué rouge et plaqué d’or avec un coussin de brocart. Derrière une tenture en crêpe brochée d’or et d’argent, sont rassemblées les filles d’honneur du Palais. Visages de fard et robes roses se distinguent au travers du voile. Dans cette salle où flotte un parfum de fleurs et d’encens, je devine que son Altesse vient de quitter le fauteuil royal pour se retirer derrière la tenture afin que je puisse à mon aise prendre avec précision le pouls de son fils"
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Huu Ngoc/CVN
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