23/01/2019 08:44
Une attaque revendiquée par les talibans contre une base des services de renseignement afghans a tué lundi 21 janvier au moins 65 personnes, majoritairement des recrues en formation, portant un nouveau coup dur à des forces de sécurité afghanes déjà confrontées à de lourdes pertes.
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Des véhicules des forces de sécurité afghanes sur les lieux de l'attaque talibane à Maidan Shar, le 21 janvier.
Photo: AFP/VNA/CVN

Le bilan de l'attaque a été communiqué dans une grande confusion. Alors que Kaboul est réputé pour minimiser les revers subis par ses troupes, au nombre de victimes "insoutenable" selon des experts, l'attaque de lundi 21 janvier menace de miner encore un peu plus leur moral déjà en berne.

Lundi 21 janvier, les autorités provinciales avaient initialement fait état de 12 morts et 20 blessés. Mardi 22 janvier en fin de journée, les services de renseignement afghans ont annoncé un bilan officiel de 36 morts et 58 blessés. "Nous avons sorti 65 corps des décombres", a cependant déclaré mardi 22 janvier Mohammad Sardar Bakhyari, adjoint du chef du conseil provincial de Wardak.

Une source sécuritaire de haut rang, qui souhaite rester anonyme, a pour sa part confié que l'attaque avait fait "au moins 70 morts". D'autres médias rapportent que plus de 100 personnes ont été tuées. Un véhicule militaire Humvee, volé et "rempli d’explosifs", a d'abord explosé à l'entrée du centre de formation des services de renseignement à Maidan Shar, chef-lieu de la province de Wardak, à 50 kilomètres au sud de la capitale.

"Puis trois hommes dans un véhicule qui suivait le Humvee sont entrés dans le camp", a détaillé Abdul Wahid Akbarzai, membre du Conseil provincial.

Un échange de tirs s'est engagé et les trois assaillants ont rapidement été tués. Mais la majorité des décès est survenue "lorsqu'un bâtiment s'est en partie effondré après la forte explosion", a indiqué le chef du Conseil provincial Akhtar Mohammad Tahiri, précisant que les assaillants portaient des uniformes des services de renseignement.

Les talibans ont immédiatement revendiqué l'attaque via la messagerie WhatsApp. Des riverains ont déclaré avoir entendu une "forte explosion". "J'ai vu de la fumée noire", a déclaré Sediqullah, un habitant de Maidan Shar. "L'explosion a brisé des vitres à l'intérieur de la maison", a-t-il dit, ajoutant que certains membres de sa famille avaient été blessés.

"Lourde perte" 

Malgré des pourparlers de paix en cours pour tenter de mettre un terme à 17 années de conflit, des combats se déroulent quotidiennement dans de nombreuses parties du territoire entre les insurgés et les forces de sécurité afghanes. L’attaque de lundi 21 janvier représente "une lourde perte", a concédé M. Tahiri, car "les forces des services de renseignements sont beaucoup mieux équipées et préparées que la police et l'armée".

Dans leurs communiqués respectifs, les deux camps assurent infliger de nombreux revers à l'ennemi mais cela reste difficilement quantifiable. Le gouvernement afghan a décidé de pas communiquer sur les pertes subies et n'est pas toujours considéré comme crédible lorsqu'il rend compte de ses opérations armées.

Au moins 65 corps ont été extraits des décombres d'un bâtiment soufflé par l'explosion d'une voiture piégée, à Maidan Shar le 21 janvier.
Photo: AFP/VNA/CVN

Fin 2018, le président afghan Ashraf Ghani avait dévoilé que 30.000 soldats avaient été tués depuis le début de l'année 2015, quand les forces afghanes ont pris le relais des troupes de combat de l'OTAN dirigées par les États-Unis. Le patron de l'Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, s'était déclaré en décembre "préoccupé" par le nombre élevé de victimes au sein des forces de sécurité afghanes.

Les États-Unis forment, avec 14.000 hommes, le plus gros contingent des forces de l'OTAN présentes en Afghanistan. Mais fin décembre le président américain Donald Trump, perdant patience face à cet interminable conflit, a annoncé son intention de retirer la moitié de ses troupes.

Cette dernière attaque au véhicule piégé, après celle ayant tué dimanche 20 janvier sept gardes du corps d'un gouverneur provincial, survient alors que l'envoyé spécial américain pour la paix, Zalmay Khalilzad, effectue une tournée régionale qui l'a amené en Chine, en Inde, en Afghanistan et au Pakistan.

Les talibans ont par ailleurs annoncé lundi 21 janvier avoir rencontré des représentants américains au Qatar, où ils possèdent un bureau politique. Les discussions devaient se poursuivre mardi 22 janvier, ont-ils ajouté. Washington n'a pas confirmé à ce stade cette entrevue. La dernière rencontre confirmée entre les deux parties s'était tenue à Abou Dhabi fin 2018.

Mardi 22 janvier à Davos, le chef de l'exécutif afghan, Abdullah Abdullah, a estimé lors d'une table ronde sur l'Afghanistan que "le principal obstacle aux pourparlers est le refus des talibans de discuter avec Kaboul" et répété que son gouvernement "est prêt à des discussions sans conditions préalables".

AFP/VNA/CVN

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