07/11/2020 09:46
Un bûcher qui crépite, des cris étouffés... Dans les entrailles de la ville de Ribe, dans l’Ouest du Danemark, un drôle de musée consacré à la chasse aux sorcières fait revivre cette période de l’histoire négligée en Europe.
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Un crâne trépané exposé au musée de la chasse aux sorcières HEX! de Ribe, au Danemark.
Photo : AFP/VNA/CVN

Situé dans la demeure d’un ex-inquisiteur, au détour d’une rue pittoresque de cette bourgade médiévale longtemps considérée comme la capitale de la sorcellerie du royaume, il raconte les persécutions généralement oubliées des livres d’histoire et qui appartiennent à l’imaginaire collectif.

Y est dépeinte une société luthérienne très croyante et superstitieuse, où magie, peur et méfiance s’entremêlent pour ne pas s’attirer les foudres divines.

Dans la dizaine de salles d’exposition, balais, amulettes, poupées et autres têtes de mort alternent avec instruments de torture et reconstitutions animées des procès, au rythme d’une musique inquiétante. Rien de mieux pour se plonger à l’ombre d’Halloween dans les chasses aux sorcières européennes qui ont eu cours principalement au XVIIe siècle.

À cette époque en Europe, "100.000 (personnes) ont été poursuivies pour sorcellerie et 50.000 brûlées. Le Danemark dénombre 1.000 (condamnés à mort), ce qui est assez élevé quand on rapporte ce chiffre au nombre d’habitants", d’un million à l’époque, explique l’une des responsables du musée, Louise Hauberg Lindgaard, spécialisée dans l’histoire de la sorcellerie.

Louise Hauberg Lindgaard, une des responsables du musée HEX!
Photo : AFP/VNA/CVN

Un roi zélé

Selon l’historienne, la sévérité du royaume scandinave en la matière tient principalement à l’acharnement d’un roi, Christian IV (1577-1648). On lui doit, en 1617, la première loi contre la sorcellerie, laquelle envoie au bûcher les praticiens de magie noire. Dans les huit années qui suivent son adoption, les persécutions font rage et une personne soupçonnée de sorcellerie est brûlée tous les cinq jours.

Pour le monarque, comme beaucoup de ses contemporains, notamment son beau-frère Jacques Stuart roi d’Écosse puis d’Angleterre, autre champion des persécutions de sorcières, il s’agit d’assurer son pouvoir mais aussi de se montrer en bon chrétien, soucieux de ses sujets.

Au XVIe siècle, le philosophe français Jean Bodin "avait dit que si un roi ne persécutait pas les sorcières, il était exclusivement responsable de toutes les horreurs qui s’abattaient sur ces sujets donc (les souverains) voyaient comme leur responsabilité" de débarrasser le royaume des magiciens, rappelle Mme Hauberg Lindgaard.

À l’époque, tout pouvait être prétexte à une dénonciation, de la menace à l’emporte-pièce au charme suspicieux, et les accusés étaient présentés à un tribunal civil.

Ouvert fin juin, le musée a attiré près de 10.000 visiteurs dès le premier mois, à la faveur d’une météo estivale mitigée, mais aussi de la popularité du sujet.

Une représentation du Diable au musée HEX! de Ribe, au Danemark.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Les gens adorent voir et regarder tout ce qui a trait à la sorcellerie, des romans, films et séries télé et aussi les aspects plus historiques comme les chasses aux sorcières (...), nous voyons chez nos visiteurs le désir de comprendre +ce qui s’est vraiment passé+", assure la chercheuse.

Ainsi, explique-t-elle, ils apprendront que "majoritairement au Danemark et dans le reste de l’Europe, il s’agissait de femmes, mais contrairement à ce que beaucoup de gens croient, jusqu’à une sorcière sur quatre était un sorcier". "Le condamné était le plus souvent une femme âgée, célibataire qui vivait en marge de la société, assez pauvrement", complète l’historienne.

Pour Mathilda, une jeune Danoise de 21 ans, c’est l’occasion de découvrir une histoire ignorée et ses ramifications européennes. "C’est très intéressant d’entendre parler de ça, d’apprendre que non seulement ça s’est passé au Danemark mais aussi dans beaucoup d’autres pays", note-t-elle.

Entre les murs du musée, la petite histoire rejoint la grande. Le bâtiment a été construit à la fin du XVIe siècle par un notable dont le rôle fut déterminant dans sept procès de sorcières dont trois ont fini sur le bûcher.

Fondée à l’âge viking, Ribe est entourée de nombreuses légendes. "Par le passé, on pensait que c’était ici qu’on enseignait la sorcellerie. C’est aussi la ville danoise avec le plus grand nombre de procès de sorcières", explique Mme Hauberg Lindgaard.

En 1652, Anna Bruds, fut la dernière sorcière à y être brûlée.

AFP/VNA/CVN

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