28/10/2021 18:02
La hausse du niveau des mers et les violentes inondations mettent déjà des dizaines de millions de vies en danger au Bangladesh, mais elles apportent un autre problème : les terres gorgées d'eau et la forte salinité des cours d'eau et des sols tuent les cultures.
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Des légumes sont cultivés sur des potagers flottants, le 26 septembre à Mugarjhor, au Bangladesh.
Photo : AFP/VNA/CVN

Selon l'indice mondial des risques climatiques, le Bangladesh se classe au septième rang des pays les plus touchés par les phénomènes météorologiques extrêmes au cours des deux dernières décennies. Les cyclones de plus en plus fréquents, la montée du niveau de la mer, les inondations, l'érosion, la sécheresse et les pluies imprévisibles ont déjà déplacé des millions de personnes, dans les bidonvilles des mégapoles ou à l'étranger.

Ceux qui restent n'ont d'autre choix que de s'adapter, de l'utilisation de lits de semences flottants au développement d'un riz résistant au sel. "Il y a encore 25 ans, nous pouvions cultiver tout au long de l'année. Mais ensuite, l'eau a commencé à rester ici sept mois. Nous ne savions pas comment survivre", explique Altaf Mahmud, agriculteur.

"La plupart des agriculteurs ici sont pauvres et les terres sont rares. Mais si nous ne pouvons rien cultiver pendant sept mois, nous allons mourir de faim", ajoute son voisin Mohammad Mostofa. Avec d'autres agriculteurs de Mugarjhor, une région située à 200 kilomètres au sud de la capitale Dhaka, ils ont donc renoué avec une technique ancestrale utilisant des lits de semences situés au-dessus de l'eau.

Ils superposent des couches de jacinthe d'eau et de bambou liées par leurs racines pour créer un radeau de 60 à 120 cm de haut, sur lequel ils plantent des graines, en utilisant souvent des copeaux de bois et des fibres de coco comme engrais. Cela forme un potager léger et flottant, capable de monter et descendre avec le niveau de l'eau, dans lequel ils cultivent margoses, épinards et gombos.

Les communautés se sont emparées de ces initiatives. Dans certains villages, les femmes passent des mois à préparer les plants avant que les bateliers ne les transportent à travers les champs gorgés d'eau.

Goutte d'eau dans l'océan

L'Institut de recherche sur le riz du Bangladesh (BRRI) a créé de nouvelles variétés de riz qui peuvent pousser dans une eau dont le niveau de salinité est trois fois supérieur à celui du riz normal. "Le riz normal ne pousse pas dans l'eau salée. La salinité sape l'énergie des tiges de riz", explique le scientifique Alamgir Hossain. Cela a offert un "nouvel espoir" aux agriculteurs des régions côtières, où l'eau de mer empiète de plus en plus sur les terres.

Un agriculteur au milieu de ses potagers flottants, le 26 septembre à Mugarjhor, au Bangladesh.
Photo : AFP/VNA/CVN

Mais pour Saiful Islam, expert en climatologie à l'Université d'ingénierie et de technologie du Bangladesh, ces efforts ne sont qu'une goutte d'eau dans l'océan. "Nous devons dépenser des milliards pour élever et renforcer les digues le long de notre grand littoral. Nous devons créer des forêts de mangroves le long de la ceinture côtière pour qu'elles servent de barrières naturelles aux cyclones, aux affaissements et à l'élévation du niveau de la mer", énumère-t-il.

"Nous devons construire de nouvelles routes, préserver l'eau de pluie et créer des moyens de subsistance alternatifs pour des millions de personnes. Se contenter d'inventer des cultures ne suffira pas. Le Bangladesh seul ne peut pas le faire". Le pays, dit-il, n'a reçu "pratiquement rien" des 100 milliards d’USD proposés par les pays développés pour l'adaptation au changement climatique et l'atténuation de ses effets. "Nous devons trouver nos propres moyens de survivre", explique Lungi Jakir à Pakhimara, dans le Sud du Bangladesh.

Ancien ouvrier du bâtiment, il est devenu une légende locale après avoir construit avec des amis une digue empêchant l'eau de mer d'ouvrir une brèche dans un canal d'eau douce de 6,5 kilomètres qui alimente en eau 43.000 personnes. La digue doit être réparée en permanence, mais elle a permis de disposer de suffisamment d'eau douce toute l'année pour irriguer les cultures traditionnelles, et même en essayer de nouvelles.

"Je pourrais migrer vers les villes. Mais je sais combien il est difficile de vivre dans un bidonville", estime M. Jakir, qui dit avoir "appris de nouvelles techniques agricoles sur YouTube". L'initiative a connu un tel succès que la zone est passée de la culture de potirons et de lentilles à la fourniture de fruits et légumes à d'autres districts, et même aux travailleurs de la centrale électrique au charbon voisine.

Les autorités admettent que les agriculteurs leur ont montré de nouvelles possibilités face aux défis climatiques. "Nous pensions que la jacinthe d'eau était une mauvaise herbe et qu'il fallait la jeter hors des étangs, mais elle nous a ouvert de vastes possibilités d'agriculture", raconte Mohammad Shahidullah, ancien responsable gouvernemental de l'agriculture pour Mugarjhor.

"Les instituts de recherche de l'État n'y connaissaient rien. Nous avons appris des agriculteurs d'ici", ajoute-t-il. Certains membres de la famille d'Altaf Mahmud sont désormais recrutés par le gouvernement pour former d'autres personnes à cette forme d'agriculture sans sol. Mohammad Mostofa, le producteur de légumes, espère qu'ils pourront résister aux changements climatiques. "Maintenant, grâce à la ferme flottante, nous pouvons cultiver notre nourriture, dit-il, et aussi vendre le surplus".

AFP/VNA/CVN

 

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