02/12/2019 10:54
Boris Johnson s'est engagé dimanche 1er décembre à instaurer des peines plancher et à abolir les libérations anticipées pour les personnes condamnées pour terrorisme, un engagement lui valant d'être accusé d'utiliser à des fins politiques l'attentat meurtrier de Londres commis par l'une d'elles, à dix jours des législatives.
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Le Premier ministre britannique Boris Johnson (centre) et la ministre de l'Intérieur Priti Patel (gauche) arrivent sur les lieux d'un attentat qui a fait la veille deux morts, le 30 novembre à Londres.                  Photo : AFP/VNA/CVN

Le Premier ministre britannique a aussi annoncé l'examen des cas d'"environ 74" condamnés pour terrorisme ayant bénéficié d'une libération anticipée, mesure qui a mené à l'arrestation d'un homme de 34 ans à Stoke-on-Trent (Centre), selon la police locale.

Cet homme est "suspecté de préparer des actes terroristes" et d'avoir "violé les conditions de sa libération", mais "rien ne suggère qu'(il) était impliqué" dans l'attentat de London Bridge et il ne présentait "pas un risque immédiat pour la sécurité du public", a précisé la police des West Midlands.

D'après la presse britannique, il s'agit de Nazam Hussain, condamné avec l'assaillant Usman Khan, 28 ans, pour des infractions terroristes en 2012.

Photo non datée d'Usman Khan, alors âgé de 20 ans, qui a tué deux personnes à Londres lors d'une attaque terroriste au couteau.
Photo : AFP/VNA/CVN
Dans son expédition meurtrière vendredi 29 novembre, ce dernier a poignardé Jack Merritt, 25 ans, et Saskia Jones, 23 ans, deux diplômés de l'université de Cambridge, lors d'une conférence de son programme de formation et de réhabilitation de prisonniers à laquelle il participait.

Boris Johnson a accusé les travaillistes - aujourd'hui dans l'opposition - d'être à l'origine d'une loi ayant permis sa libération anticipée automatique en 2018, six ans après sa condamnation pour des infractions terroristes.

"Ce système doit prendre fin", a plaidé le dirigeant conservateur dans une tribune publiée par le Mail on Sunday, en pleine campagne pour sa réélection aux élections anticipées du 12 décembre.

"Si vous êtes condamné pour une infraction terroriste grave, il devrait y avoir une condamnation obligatoire minimum de 14 ans, et certains ne devraient jamais sortir", a-t-il poursuivi.


"Pour toutes les infractions terroristes et extrémistes, la condamnation prononcée par le juge doit être effectivement purgée : ces criminels doivent purger chacun des jours de leur peine, sans exception".

La rédemption, pas la vengeance 

De telles mesures auraient permis d'éviter l'attaque sanglante revendiquée par le groupe jihadiste État islamique, a assuré le Premier ministre.

Mais il s'est immédiatement attiré les foudres de ceux qui pensent qu'il veut politiser le drame.

La désapprobation la plus forte est venue de la famille de Jack Merritt. "Jack ne voudrait pas que cet événement terrible et isolé soit utilisé comme prétexte par le gouvernement pour introduire des peines encore plus draconiennes pour les prisonniers ou pour maintenir en prison des gens plus longtemps que nécessaire", a-t-elle souligné dans un communiqué.

"Jack vivait selon ses principes, il croyait à la rédemption et à la réhabilitation, pas à la vengeance, et il prenait toujours parti pour les plus faibles", a-t-elle ajouté. Il voulait faire carrière "en aidant les personnes dans le système pénal".

Ex-étudiante de Cambridge animée par "une soif de savoir formidable", Saskia Jones voulait, elle, rejoindre la police, "désireuse de se spécialiser dans le soutien aux victimes" et "généreuse au point de toujours vouloir voir le meilleur chez les gens", a confié sa famille.

"Le meilleur des gars" 

Le chef adjoint des libéraux-démocrates, Ed Davey, a mis en garde de son côté : "En plein milieu d'une élection, il ne faudrait pas capitaliser politiquement sur une tragédie, et c'est ce qu'il fait".

Pour le leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, il ne faut "pas nécessairement" emprisonner les condamnés pour terrorisme en jetant la clé : "Cela dépend des circonstances".

"Aucun gouvernement ne peut empêcher toutes les attaques" mais "le gouvernement peut agir pour rendre de tels actes terroristes moins probables", a-t-il argumenté ultérieurement lors d'un discours de campagne à York : l'accent doit être mis sur la police, les services de probation et sociaux.

Les hommages aux victimes se multipliaient aussi sur Twitter, notamment de la part du rappeur Dave, dont l'album "Psychodrama", récompensé par le prestigieux Mercury Prize, est inspiré par la réhabilitation dont a bénéficié son frère emprisonné pour meurtre. "Jack Merritt était le meilleur des gars", a-t-il tweeté.

Selon l'université de Cambridge, un membre de son personnel figure également parmi les trois personnes blessées, dont l'une a pu quitter l'hôpital. Les deux autres restent hospitalisées "dans un état stable", a précisé la police.

Le London Bridge, qui enjambe la Tamise dans le centre de Londres, avait déjà été le théâtre en 2017 d'un autre attentat revendiqué par le groupe EI, qui avait fait huit morts.

AFP/VNA/CVN

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