18/05/2018 08:32
L'enquête sur l'attaque jihadiste au couteau perpétrée samedi soir 12 mai à Paris s'est accélérée jeudi 17 mai avec la présentation à un juge d'un ami de l'assaillant en vue d'une éventuelle mise en examen, et les interpellations de deux femmes dans leur entourage.
Des fleurs en hommage au jeune homme tué dans l'attaque au couteau du 12 mai, Ronan Gosnet. 
Photo: AFP/VNA/CVN

Armé d'un couteau de cuisine, l'auteur de l'attaque, Khamzat Azimov, un Français d'origine tchétchène (Russie) qui était suivi pour radicalisation, a tué un passant de 29 ans et blessé cinq autres personnes dans le quartier Opéra, avant d'être abattu par les forces de l'ordre. Le groupe État islamique (EI) a revendiqué l'attentat.

Un de ses amis, Abdoul Hakim A., âgé de 20 ans et arrêté dimanche 13 mai à Strasbourg, a été déféré jeudi 17 mai à l'issue de quatre jours de garde à vue et son placement en détention provisoire a été requis par le parquet. Il s'agit d'un très proche de l'auteur de l'attaque, dont la famille a vécu plusieurs années à Strasbourg.

"Les enquêteurs cherchent à savoir s'il a pu influencer dans sa quête jihadiste Khamzat Azimov, voire avoir eu connaissance du projet de ce dernier", a indiqué une source proche de l'enquête. Abdoul Hakim A. a contesté "une quelconque participation" ou "implication" dans l'attentat, a assuré le procureur de Paris François Molins, lors d'une conférence de presse.

Le procureur a également annoncé l'interpellation jeudi 17 mai à Paris de deux jeunes femmes "proches de Abdoul Hakim A. et de Khamzat Azimov", dans le cadre de l'information judiciaire ouverte notamment pour assassinat et tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste.

L'une d'elles, Inès Hamza, est une jeune Francilienne radicalisée qui s'était mariée religieusement avec Abdoul Hakim avant de tenter de partir en Syrie, a appris l'AFP de sources concordantes. L'autre femme est une de ses amies, selon une source proche de l'enquête.

En janvier 2017, Inès Hamza avait été mise en examen pour association de malfaiteurs à visée terroriste et placée sous contrôle judiciaire dans une instruction à Paris où trois autres femmes sont impliquées, selon des sources proche de l'enquête.

Lors d'une perquisition au domicile d'Abdoul Hakim A., sept téléphones ont été saisis mais le portable qu'il utilisait le plus souvent demeure introuvable.

Il a affirmé aux enquêteurs l'avoir perdu le matin même de son arrestation mais des investigations ont permis de déterminer qu'il avait envoyé à sa soeur, le soir de l'attentat, sur l'application de messagerie instantanée WhatsApp, "un chant jihadiste, souvent repris par l'(organisation) État islamique", a souligné le procureur de Paris.

Ce suspect travaillait depuis janvier en contrat à durée déterminée à l'accueil de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) à Strasbourg et son contrat avait été renouvelé jusqu'à décembre.

"Profil simple" 

Les enquêteurs avaient également placé en garde à vue dimanche 13 mai les parents de Khamzat Azimov mais ceux-ci ont été remis en liberté mardi 15 mai, en l'absence d'élément incriminant à ce stade.

Lors de sa conférence de presse, le procureur a par ailleurs précisé que l'attaque de samedi 12 mai avait fait 5 blessés, dont 2 graves, et non 4 comme indiqué jusqu'à présent. L'assaillant a occasionné "dix plaies" au jeune homme mort lors de l'attentat, Ronan Gosnet, dont l'une est "compatible avec une tentative d'égorgement", a ajouté M. Molins.

Mercredi 16 mai, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a décrit l'assaillant, qui n'avait pas d'antécédents judiciaires, comme "quelqu'un d'assez seul" avec un "profil relativement simple".

Cette attaque, qui a porté à 246 le nombre de personnes tuées dans la vague d'attentats jihadistes qui touche la France depuis 2015, a encore une fois relancé le débat autour du suivi des individus fichés S.

La présidente du Front National a ainsi dénoncé des fiches S qui "ne servent à rien", tandis que le parti Les Républicains (LR) a notamment proposé l'internement de manière préventive des fichés S "les plus dangereux".

"Aujourd'hui, ce n'est plus le haut du spectre qui passe à l'action, c'est-à-dire celles et ceux qu'on suivait de plus près. (...) Celui-là, par exemple, il passe à l'acte avec le couteau de cuisine de sa mère", avait rétorqué M. Collomb.

Au total, 51 attentats ont été déjoués depuis janvier 2015, a rappelé le Premier ministre, Edouard Philippe fin mars.

AFP/VNA/CVN
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