17/06/2012 11:01
À Hôi An (province de Quang Nam), tous les commerçants connaissent des rudiments d’anglais, appris dans la rue au contact des touristes. Palancheuses, conducteurs de moto-taxi et «cyclo drivers»... , tous s’y sont mis, avec plus ou moins de succès.

Mme Hoa, 60 ans, et ses amies, coiffées de leur indémodable chapeau conique, discutent avec un groupe d’une dizaine d’étrangers. Leur guide en reste bouche bée. «Elles prononcent bien, les grand-mères, ça m’en bouche un coin !», avoue-t-il avec surprise.

«Nous n’avons pas appris l’anglais à l’école. Mais il faut s’y mettre !, explique Mme Hoa, la bouche rougie de bétel. Comment sinon vendre nos produits aux touristes ou les inviter à une promenade sur la rivière. C’est dans la rue qu’on apprend, au contact des gens». Vivant autrefois de la pêche, Mme Hoa a changé de métier pour transporter les touristes sur la rivière Hoài. Bien plus lucratif...

Mme Quynh, 80 ans, vend ses sifflets aux étrangers dans le port. Photo : CTV/CVN


«Au début, je n’avais aucun client. Je ne comprenais pas ce qu’ils me disaient, et eux ne comprenaient pas ce que je leur disais ! Même pour le prix, nous avions du mal à nous entendre ! Et puis vous savez, les touristes, ils attendent autre chose qu’une balade silencieuse. Il faut aussi jouer le rôle de guide, leur expliquer telle ou telle chose sur la vie locale, les monuments. Ils sont curieux ces étrangers, vous savez !». N’ayant jamais été à l’école, la vieille dame était plutôt réticente à l’idée de s’inscrire à un cours. Et puis, à son âge, elle avait peur d’être ridicule. Ses amies lui ont alors conseillé d’aller dans la rue et de parler avec les Tây (Occidentaux). Et ça a marché...

«Quand je prononce mal, les touristes corrigent parfois mes fautes. Et je demande aussi à mes collègues de m’enseigner des mots, des phrases», confie-t-elle. Et d’assurer avec fierté que maintenant, elle peut présenter aux touristes les anciennes maisons et autres spécialités locales.

Mme Hoa n’est pas un cas unique. La plupart des commerçants de Hôi An sont capables de tenir une conversation en anglais, certes pas dans le plus pur anglais d’Oxford mais d’une façon telle qu’ils arrivent à se faire comprendre. À chaque fois qu’un touriste passe le long du port, les invitations en anglais fusent, accompagnées souvent d’un «good luck» s’il joue l’indifférend.

Alpaguer le client

Conducteur de moto-taxi depuis cinq ans, Nguyên Dinh Cang, 55 ans, engage la conversation avec ses clients dans un anglais très courtois. «Hello, can I help you ?». Quand ils ont mordu à l’hameçon, il leur propose de partir à la découverte de certains lieux ou certaines distractions très «typiques de Hôi An» : promenades en «thuyên thung» (bateau traditionnel en bambou, en forme de panier), journée dans les villages maraîchers à manier la binette. Ces découvertes font parti du tour intitulé «Un jour dans la peau d’un paysan» !

«À mon âge vous savez, apprendre l’anglais c’est difficile, confie-t-il. Et puis comprendre c’est une chose, il faut aussi faire comprendre, et donc bien prononcer». Il explique qu’il lui a fallu un an avant de pouvoir tenir une conversation et assure que certains de ses collègues jonglent allégrement avec 3-4 langues !

 Vente de souvenirs à des touristes français. Photo : CTV/CVN


Peaufiner son anglais

Bref, à Hôi An, on apprend d’abord l’anglais par obligation, «pour gagner sa croûte». Sans l’anglais, point de salut... Mme Quynh apprend pour vendre un dollar/pièce ses sifflets, Mme Ngoc pour inviter les touristes à manger du Mi Quang (plat local)…

Il n’y a pas que les commerçants qui apprennent l’anglais au contact des étrangers, les élèves et étudiants ne sont pas en reste. Pas pour gagner leur vie, juste pour parfaire leur pratique...

Tous les week-ends, Trân Quôc Hào, étudiant à l’Université Duy Tân Dà Nang, et son ami font à moto les 20 km qui séparent Dà Nang de Hôi An afin de rencontrer des touristes étrangers. «J’étudie l’anglais à l’université et je trouve que le meilleur moyen de progresser est de pratiquer avec des étrangers», partage Hào. Certains touristes bavardent des heures avec eux.

«Les habitants de Hôi An sont amicaux, et beaucoup apprennent l’anglais dans un but désintéressé, juste pour être capable de montrer leur chemin aux touristes égarés», conclut Vo Phùng, directeur du Centre culturel et sportif de Hôi An.

Hà Minh/CVN

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