23/04/2013 17:41
Un séminaire sur les indications géographiques était organisé ce lundi 22 avril à Hanoi afin d'informer les acteurs du secteur, vietnamiens et européens, des enjeux de la protection des produits régionaux. Aujourd'hui, la copie de certaines denrées met à mal de nombreux producteurs.

Ce colloque, qui se poursuit aujourd'hui mardi à Hô Chi Minh-Ville, a été planifié alors que l'Union européenne négocie actuellement avec le Vietnam pour parvenir à un accord de libre-échange d'ici trois à cinq ans.

Lors du séminaire sur les indications géographiques, ce lundi 22 avril à Hanoi, avec au micro Laurent Lourdais, chargé des relations internationales ASEAN à la Commission européenne. 

L'objectif général étant de favoriser les échanges entre les deux régions, notamment commerciaux. "Nous devons faire des concessions mutuelles pour y parvenir et diminuer les droits de douane. Les voitures et la nourriture sont particulièrement concernées. Le troisième round des tractations a lieu ce mardi dans la capitale économique. Nous voulons en profiter pour conclure à moyen terme un accord général sur les appellations d'origine", a indiqué Laurent Lourdais, chargé des relations internationales ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) à la Direction générale de l'agriculture et du développement rural de la Commission européenne de Bruxelles. Et d'ajouter : "Le nom de nos produits n'étant pas protégé au Vietnam, les copies sont nombreuses, notamment sur le champagne. Ce dernier est importé en nombre sous l'appellation +Champagne+, mais il vient de partout sauf de France. Et la qualité du produit n'est pas garantie".

De fait, les bouteilles vendues dans le pays sont moins onéreuses que celles qui respectent les chartes de qualité, et le Vietnam n'a pas intérêt à protéger ce nom. "Le problème est le même pour la feta grecque. Elle est protégée depuis 2005 en Europe mais pas à l'international, et certains pays comme l'Australie considèrent son nom comme générique et l'utilisent à leur compte".

Améliorer les retombées économiques

Au-delà de l'argument qualité pour le consommateur, l'enjeu est bien sûr économique pour les producteurs qui vendront en général plus chère et en plus grand nombre une marchandise protégée. Prenons l'exemple du fruit du dragon de Binh Thuân (Centre) qui a obtenu son indication géographique en 2006. Il fait partie des 34 appellations du Vietnam qui a un système quelque peu différent de l'Europe.

Le fruit du dragon estampillé Binh Thuân a fortement augmenté sa part d'exportation depuis qu'il est appellation d'origine au Vietnam.

Ce chiffre est particulièrement faible au regard des quelque 1.100 appellations de l'UE, mais les conditions économiques de production du pays ne permettent pas toujours de respecter des chartes de qualité strictes. De plus, la législation européenne a instauré ces indications en 1992, et le Vietnam seulement en 2005. Les cultivateurs de la province de Binh Thuân doivent notamment respecter des teneurs en nutrition extrêmement précises : 0,89 g de protéines pour 100 g de fruit ; 17,4 mg de calcium ; 0,34 mg de vitamine C pour un kilogramme de fruit, etc.

Depuis 2005, le volume de tonnes produites par an dans la région a été multiplié par cinq, passant de 96.000 à 450.000 en 2012. La part des exportations, quant à elle, est passée de 56% à 80%, laissant une place de plus en plus faible au marché national. Les pays importateurs vont de la Thaïlande à l'Indonésie, en passant par la Chine, la France, la Hollande, la Grande-Bretagne et les États-Unis. "L'appellation d'origine ne suffit pas pour vendre à l'étranger. Nous avons d'abord cherché à bien comprendre les spécificités du marché vietnamien avant d'appréhender les niches à l'international. C'est un vrai travail marketing", a souligné Trinh Thi Canh, chargée du management en propriété industrielle dans la province de Binh Thuân, pour le ministère des Sciences et des Technologies.

C'est d'ailleurs l'un des messages qui ont été martelés, ce 22 avril, lors du séminaire de Hanoi, devant les quelques producteurs qui avaient fait le déplacement. "Les denrées sont vendues plus chères et il faut donc expliquer au potentiel consommateur les valeurs ajoutées de l'indication géographique pour les inciter à choisir ce produit plutôt qu'un autre. L'appellation ouvre des portes mais ça ne fait pas tout", a commenté Audrey Aubard, consultante en marketing.

Un accord mutuel d'ici cinq ans

La sauce de poisson de l'île de Phu Quôc, unique appellation d'origine enregistrée en Europe.

Aujourd'hui, l'objectif est donc de permettre aux Européens et aux Vietnamiens de protéger leurs noms respectifs dans la région de leur partenaire, afin de développer leurs exportations et de préserver leur propriété industrielle. Aujourd'hui, un seul et unique produit vietnamien est enregistré dans l'UE, il s'agit de la sauce de poisson (nuoc mam) de l'île de Phu Quôc, province de Kiên Giang, dans le Sud du pays, depuis 2006. Même si le respect de sa charte qualité a récemment été remis en question. De l'autre côté, plusieurs produits européens sont protégés au Vietnam, tel le cognac français ou le scotch anglais.

Si cet accord aboutit, il donnera l'opportunité à tous les producteurs déjà labellisés dans leur région d'exporter leur marchandise en leur nom propre, en valorisant leur appellation. "Il est bien plus facile de passer par cet engagement mutuel que de faire des demandes individuelles, car les procédures administratives sont très longues et n'aboutissent pas toujours. Il a fallu cinq ans à Phu Quôc pour obtenir son indication géographique", a ajouté Laurent Lourdais.

C'est pourquoi, ce séminaire avait également comme ambition d'inciter les cultivateurs vietnamiens à demander une indication géographique à leur pays, condition sine qua non pour être enregistrée à l'étranger. Pour l'Europe, cela permettra surtout de favoriser l'importation de bananes, de mangues, de nuoc mam et de café (le Vietnam est le producteur mondial de robusta). À l'inverse, les débouchés se trouvent surtout dans la vente de jambons, de fromages et d'alcool.

L'enjeu ensuite, tant pour les producteurs que pour les gouvernements, sera d'exploiter pleinement cette ouverture pour développer leurs investissements et leur économie.

Texte et photos : Éloïse Levesque/CVN

 
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